LETTRE CLX
De MoDte-Vlaèo.
\luE nous sommes à notre aise ! que le coup-d*œil dont nous jouissons nous plaît et nous anime ! de quel contraste heureux sommes-nous frappés! Naguères, au milieu d'une solitude affreuse, en proie aux angoisses d'un avenir incertain, tourmentes par le souvenir de tant d'efforts infructueux, d'un zèle si constant^ et couronne par un si triste désastre, nous n'osions pas espérer un retour si prompt , dos récompenses si peu éloignées
Aujourd'hui tout nous sourit. Nous parlons de notre vieux pays à des cœurs qui nous entendent; des détails qui nous remplissent d'un noble orgueil nous arrivent de toutes parts. Une constitution sacrée^ des troubles appaisés, des fautes oubliées, des proscrits rappelés , des méchans livrés a la vindicte publique, le bandeau de l'erreur déchiré, de gothiques préjugés abolis, tout nous rassure, tout nous invite à nous rapprocher de nou*e sol ennobli; et après une absence si longue et si douloureuse, nous reprenons ime nouvelle existence.
AUTOUR pXS MONDE. 43l
Tu vois que , quoiqii'éloîgnës de notre patrie de près de trois mille lieues, nous en recevons aisé^ ment des nouvelles, et tu vois aussi que la vérité ihmchit les mers, et pénètre jusqu'aux pays les plus reculés.
Nou« descendons à terre ; et dans les visites que nous faisons au brave géiéraljE^f or*, commandant de la place, et à FAmiral, chef de la province, nous acquérons la certitude qu'on nous verra ave<^ plaisir.
Le général Brayer , dont l'Europe et l'Amérique ont connu la bravoure et les nobles sentimens^
est ici j il regrette une patrie sa patrie le
rappellera '.
La ville est petite , mais propre 5 les rues sont tirées au cordeau,, et courent toutes Nord et Sud, Est et Ouest. Une grande solennité appelle les fidèles à l'église ; nous y allons. Quel bruit ! quel mouvement! Toutes les femmes, armées d'éventails , les agitent avec élégance et coquetterie de mille manières diflFérentes. On m'assure que ce sont autant de rendez-vous qu'elles adressent à leurs amans, et que ces évolutions et ces passes légères sont des réponses aux missives amoureuses. Elles justifient bien l'empressement des jeunes gens. Il
* Je ne sui» pas bien sur de Forthographe de son nom. Le général Brayer est actuellement à Paris.
43a PROMENADE
est difficile de trouver une réunion de plus jolies personnes.
Le commerce est nul à Monte-Video , et plusieurs armateurs français^ arrivés depuis peu', ont été forcés de vendre jusqu'à leurs navires pour payer les frais du voyage et des douanes.
Notre relâche sera courte j et quoiqu'afîamés de repos, nous partirons avec plaisir, puisque nous nous rapprochons de notre patrie.
Rien n'est triste comme les environs de la ville* A-peine deux ou trois arbres se voient-ils dans une plaine de plus de six lieues de diamètre. Ua navire part demain pour Londres; je ferme mon paquet, et je te l'adresse. Adieu.
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