‹ Promenade autour du mondeChapitre 82 sur 102 · LETTRE CLXI · texte numérisé non relu

LETTRE CLXI

De MoQte-Yideo.

Xu as lu vingt fois de ces relations étonnantes de courses merveilleuses exécutées au milieu des xléserts de l'Arabie, ou parmi les peuplades sauvages de l'Afrique, par des hommes audacieux, fuyant l'esclavage ou la mort. Ici, ces relations n'offrent rien d'extraordinaire. Tous les jours, les indigènes de ces contrées, que nous désignons sous le nom de Gaouchos , affrontent avec le plus grand succès des dangers aussi imminens, achèvent des voyages aussi miraculeux.

A l'aide de son expérience, un Gaouch intrépide^ monté sur un coursier dompté par lui, se jette au hasard dans des plaines immenses.... U s'éloigne, et bientôt des forêts profondes se présentent à ses yeux; il y pénètre, les parcourt dans tous les sens, et à une époque indiquée, il va aboutir au point précis qu'on lui a désigné. Qu'a-t-il a redouter? Il a son lacet. Que peut-il craindre? Sîià^bottes cachent deux couteaux tranchans. Sous son loiird manteau, appelé poncho ^ fabriqué dans le pays, et la tête couverte de son grand chapeau à Tomt IL 28

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larges bords^ il dëfic les ëlémens coalisa. Éprouvet-îl les atteintes de la faim ^ son instinct le guide aux lieux où des racines nutritives et des fruits sauvages le mettront a Tabri du besoin. La soif se fait-elle sentir? A un signal connu^ le cheval part au galop et guide son maître jusqu'à une source éloignée; un enoeim se présente^ cet ennemi est vaincu^ On a vu deux Gaouchos y Tun part;9m du Br^il , Tautre de Monte- Video, après s'élw donné rende»-vous a cent lieues y dans l'intérieur ^ une foret, du côté de l'Est ou de F Ouest du point du départ, se retrouver au lieu ni^rqué^ (çn ne ^e guidant que sur le soleil.

Et ces forêts, cependanty mon cher Battle, sont celles de l'Amérique, sont celles du Brésil, U est impossible à l'homme de les traverser sans faire des millions de détours qui Téloignent toujours de sa route (*)• Des étangs, des marais, dés lîaaes sei»rées, sont les obstacles les plus difiieiles à vaincre, et jusqu'à présent, quelques Paulistes seulemem pnt oaé , comme les Gaouchos, dont ils ont presqpie le Qostume et les mœurs, se hasarder dans ees vastes déserts , que rendent plus redoutables encore les scrpens et les l>etes féroces qui les peuplent*

* J^ai TVL cette année, 4 U grande eMfovidW des ttlAaavx, wc eau-forte d'une £orèt fierté du Bi'ési), dessinée par M* le Comte 49 Clarac, qui donne Tidée la plus exacte du pays. U fallait le talent df fauteur pour représ^ter ce pajs arec tant de rérité.

AUTOUR DU lilOffDE. 43|l

Tu croirais peut-être ^ mon ami ^ que ces hommes iftôhnaris dôhl ]é té pâri'é p'ÔSSèttettt tmtî physitmo* mie guerrière et des fonnes athlétiques; tu te tromperais ëtrîmgeméitt. Ri^ii éhc^ icctte classe d'individus n'annonce leur force et leur courage. L'habitude dil cheval leur a arqué les jambes; leur corps est sec, mais musclé; leurs bras sont velus oomme leur poitrine ; leUr teint est basané; et preér que tous ont un caractère de figure à-peurprés semblable: Sensibles au froid ^ ils bravent les plus fortes dhaleurs ^ sans paraître é{k*ouver la plus petite incommodité. Ils n'aiment point les filles^ ik fdient la société des homtnès. Leur demeure est le dé^rt. Plus il est sanvdge , plus il plaît à leur coeur iiidé|]ietH]ant. Le seul réduit où ils se reposent est Un tUneko '/ la terre leur sert de lit; une carcasse de cheval ou de bceùf est leur oreiller; ils 9'efidorment , et leur redoutable lacet ne quitte plis leurs mains; o'est leur arme, c'est leur vie; car qtièlqu'audaeieut que sôit un Gaôûchj ,cë n'est pmiaîs qu'un homme ; avec flon lacet, c'est on êtte surnaturel *.

* Cabane couyerte de diaume.

* Toni les historieiur 8''accoTèeht I dire qàe lei Gàbuàhûs, en passant an grand galop k c6té des retranefaeiiens fue firent le» £t|^agnols lors de la conquête de leur pajs , enleyaient les sentinelles ayec leur lacet. Aujourd'hui ce fait ne me surprend pas le moins du monde : e^est cfue je lei ai rus.

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