LETTRE CLXIII
De Rio-Janeiro.
J E vois un pays nouveau , mon cher Battle. Ce n'est plus le Brésil de 1817, c'est le Brésil de 1820 que je retrouve en Amérique. Tous ces hommes qui s'agitent dans les rues sont des Brésiliens; tous ces cultivateurs qui défrichent les terres et leur demandent des richesses sont encore des Brésilii^ns; tous ces soldats généreux qui luttent déjà contre les fatigues^ qui s'exercent aux ccwnbats, et qui rougissent d'obéir a un Anglais^ ce sont toujours des Brésiliens. Est-ce qu'ils ont pressenti leur indépendance^ ou bien ne sont-ce plus les mêmes honmies? ...
J'ai des amis à Rio; vite, allons les consulter: Oh ! qu'un pays conmie celui-ci a de droits aux vœux de prospérité qu'on fait pour lui!
Où est le Roi? — A Saint-Christophe. — Qu'y fait-il? — Entouré d'hommes puissans, il les écoute, les étudie , et place au gouvernement des affaires ceux qui ont le plus de droits à sa confiance. U veut, il demande le bonheur de ses sujets. Que
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demandent-ils à leur tour? — -Une constitution? S'il la promet, il saurU la maintenir.
. Ou est le prince royal? — Auprès de son père. Son noble cœur médite de grands projets, sa tête active les raisonne, son jeune frère écoute ses leçons. . . . Il sait déjà qu'un fils de Roi ne doit pas savoir seulement qu'il est fils de Roi.
Où est la princesse Léopoldine? — Dans ses appartemem. Elle étudie la nature du pays, elle ordonne des courses lointaines, elle collecte des plantes, des minéraux , des animaux curieux 5 elle en enrichit le cabinet de son père; et par son ïèle et l'attrait qu'elle trouve aux recherches dont elle s'occupe, elle fait partager aux dames qui l'entourent spn goût et son amour pour les sciences naturelles.
, Les autres filles du Roi ne sont plus enfans^ et elles voyent déjà dans le bonheur de leur pèf ç le bonheur du peuple qu'il gouverne.
Dans tous les pays de la terre., si les provinces se guident sur les capitales, les capitales prennent exemple de la cour. Juge donc de la différence que j'ai remarquée entre les Brésiliens d'aujourd'hui et ceux de 181 7! Est-il possible que troisans seidement opèrent un changement si remarquable ?
L'architecture des maisons nouvelles est gran-
diose et d'un bon goût. M* Grandjean , at^chitecte français^ a bâti une bourse magnifique^ et tm vaste amphithéâtre sur la place Sainte-Anne^ où fréquemment ont lieu des courses de taureAut ; mais * il est a remanquer qu'en général lë^ Portugais, difierens en cela des Espagnols , nViment pas beaucoup ces sortes de plaisirs^ achetés toujours par la mort de deut ou trois gladlatetirs;
Je n'ai pas envie de te reparler èéè QOti^Hms: loujour» le même dësOttlre, toujoui^ là mêfht paresse; dons le principal^ toujours le itiâmë scandale.
. Je vais voir, dans leur jolie propriété , ftt auprès de la belle cascade de Tijiika, MM. lés frà^ Taunay. Hélas! ils m'apprennent que le goût des arts commence k peine à se faire sentir k Rio, èî cme leurs peintures et leurs statues n'y sont pas appréciées : tant pis pour les Brëèilîens.
Adieu, mon ami; songe qu'en lisant cette lét^é, Ui feras bien de te disposer k me recevoir) car licnia partons sous peu de jours , grâce k la tàt$ activité de notre Commissaire y qui préfixe les rép»* ration» du navire. Reçois d'avaiu» mm adcolâdc oiicale.
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