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LETTRE XCIV

D'Agagna (lie de Crubam) .

U N navire amcricain , parti ^Atoaî * il y a qvielques annëes, et se dirigeant sur Guham, se perdit à Agrigan, île très-fertile des Mariannes, mais continuellement agitée par des tremblemens de terre , causés sans doute par les volcans qu'elle nourrit dans son sein. Les passagers se sauvèrent; et comme dans les malheurs généraux les rangs sont rapprochés et l'autorité souvent peu respectée , quelques hardis matelots, méprisant les ordres de leur ancien capitaine, réparèrent une* embarcation qui s'était échouée, et, ne consultant que leur audace, s'abandonnèrent aux vents et cherchèrent un nouveau pays. Les vents ne les ont pas protégés sans doute, car on ignore jusqu'à ce jour ce qu'ils sont devenus.

Les autres, trop satisfaits d'avoir échappé a un danger si imminent , s'occupèrent sagement d'embellir leur nouveau séjour 3 ils cultivèrent quelques

* Dans Farchipel des Sandwich.

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cruelles atteintes; vous comptez leurs cicatrices, et leur nombrC' ne peut satisfaire votre rage; vous êtes les plus forts, et cette puissance vous a rendus barbares. Les supporterie^vous comme eux ces fers pesans dont vous les accablez? Ah ! cruels ! que l'aspect de tant de misère desarme votre bras, s'il n'at^ tendrit pas votre cœur. Que votre intér^, du-moîns, ralentisse votre foreur. Dès qu'elle aura ëpuisë leurs forces dëja presque éteintes, qui vous servira avec ce zèle? Qui vous écoutera avec cette obéissance ? Qui supportera tant de tourmens sans murmurer ,

sans conspirer peut-être contre votre sûreté ?

Choisircz-vous vos esclaves parmi ces pauvres hideux et débiles qui pullulent dans ce pays qu'on aurait dû vous arracher? Asserviresfr-vous toute la colonie à votre ambition, a votre caprice? Craignez, craignez que le moment du désespoir ne soit celui de la révolte. Les outrages seront rendus alors, et vous gémirez doublement, et du poids de vos souffrances, et de la haine et du mépris que vous aurez pour vos bourreaux.

Les femmes sont beaucoup moins à plaindre que les hommes. D'abord , comme les maîtres les font servir à leur libertinage, les valets, qui partagent avec eux ces faciles conquêtes, craignent de se compromettre par une cruauté peu politique. Ensuite , c'est que les travaux auxquels elles sont

assujëties étant moins pénibles^ leurs murmures sont plus rares , ou leur activité moins découragée. Nous ne tarderons pas à établir la différence qui existe entre des honnumes avilis ^ pour ainsi dire , par les souffrances, et les mêmes individus affranchis de chatnes honteuses et livrés à eux-mêmes, ou plutôt a la nature.

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