‹ Promenade aux Champs-ÉlyséesChapitre 3 sur 8 · PEINTURE DE GENRE · texte numérisé non relu

PEINTURE DE GENRE

Siamois , Gendarmes , etc.

Puisquela peinture degenre est celle qui fournit le plus grand nombre de tableaux , etpuisque en définitive c'est ce qui se trouve dans cette catégoriequiestle mieux réussi, nous commencerons par l'examen des tableaux appartenant à la peinture de genre. Il en est de bien jolis !

Quelques tableaux m'ont paru d'un classement difficile; et, par exemple, en considérant la peinture comme destinée à perpétuer le souvenir d'un événement mémorable , est-ce bien dans cette catégorie qu'il convient de ranger la /?^'<?^'/>tion des ambassadeurs siamois à Fontainebleau? Cette toile, dont les proportions sont assez exiguës , ofTre des aspects on ne peut pas plus pittoresques. Il est certain que M. Jérôme n'a fait que reproduire ce dont il avait été témoin, lorsqu'il a représenté les Siamois prosternés à la file et se dirigeant vers le trône un par un, comme des canards qui s'en vont à la mare. A dire vrai, ces quadrumanes sont plaisants! Qu'on y songe: si quelques-uns des spectateurs de cette eérémonie pouvaient voir les Siamois sous nni^

face tolérablo, en était-il de même pour ceux qui se trouvaient placés derrière les diplomates asiatiques? Uu tel spectacle, néanmoins, si réjouissant qu'il soit, porte avec lui un sérieux enseignement, car ces postures grotesques prouvent combien la pratique du servilisme amène les gens à se montrer sous deux faces différentes. Je goûtais médiocrement le sans-façon avec lequel se présentaient au public des Variétés les héros travestis de la guerre de Troie; et cependant, en observant dans le tableau de iM. (iérôme jusqu'à quel point s'aplatit Fétiquette siamoise, je me reporte avec un vif plaisir aux gambades folichonnes du grand Agamemnon, roi barbu — bu, qui s'avance !

Plus d'une fois M. Gérôme a donné le droit d'être exigent vis-à-vis delui-, ila mémeexposé cette année un tableau dont l'effet général a quelque chose de suave {la Prière); on est donc autorisé à dire à son égard ce qu'on croit être la vérité. Si dans V^ Réception des Siamois ila fait très-ressemblants, d'après ce que j'ai entendu affirmer, tous les personnages de la cour mis en scène, il a groupé d'une façon qui ne m'a point paru heureuse,les silhouettes de plusieurs dames blanches. Toutes ces dames ont beaucoup l'air d'avoir été blanciiies à la céruse ; cela a l'inconvénient de les faire paraître chlorotiques. comme semble l'être cette grande dame dont M. Marzochi a donné le portrait (1). Puis, est-il bien vrai que

(1) Portrait de la reine d'Espagne par M. Marzochi de ■ Bellucci.

les Siamois aient cru devoir ofTrir en cadeau autant de parapluies ? Monceau de riflards à droite, paquets de riflards à ^'auclio ; il y a là de quoi loger à l'abri des intempéries d'une saison plusieurs bataillons de la garde! Apparemment on aura dit aux naïfs Siamois qu'en France, et surtout à Paris, le temps se mettait facilement à l'orage et à la pluie; ils ont \oulu réunir l'utile à l'agréable dans les présents qu'ils offraient à la cour.

Du reste, M. Gérùme n'est point le seul peinire qui, cette année, ait recherché les effets de parasols et de parapluies. Aux numéros 998, 889, l]29, lO'ij, etc., les paysages étaient émaillés par d'énormes riflards déployés. Ce réalisme ma peu séduit ; j'aurais même préféré les paysages privés de la végétation de ces champignons gigantesques qui, rouges ou bleus, abritent des insectes fort laids. Le riflard est un meuble utile, Je n'y contredis point; mais les dimensions, les lignes droites des compartiments de cet ustensile, ont-elles vraiment quelques agréments artistiques? Vous figurez-vous le berger de Fabre d'Eglantine offrant à sa bergère, pour elle et pour ses blancs moutons, le secours d'un vaste paraverse?

Il pleut, il pleut, bergère, Mets-toi sous mon riflard !

Où le riflard se déploie, adieu la poésie ; il en est de ce meuble comme de celui que redoutait un gentilhomme limousin. Tenez-vous-le pour dit, messieurs les Réahstes.

A plus (le titres que bien d'autres , deux tableaux pourraient être rangés parmi les peintures d'histoire : ce sont ceux de M. Bataille, représentant les combats de deux héros contre un bœuf en colère et contre un braconnier. Allez vous mettre en face de ces peintures, vous qui pourriez douter de la somme de courage et de vertus civiques que peut recouvrir le tricorne d'un gendarme ! — Xon, tie tels guerriers, vrais redresseurs de torts, n'ont pointtoujours le loisir d'apprécier si le temps est beau pour la saison, et devant les fragments d'une épopée réelle , j'en suis fâché pour M. Nadaud, tout persiflage inconsidéré s'évanouit. Ecoutez :

Enfants, voici les bœufs qui passent , Cachez vos rouges tabliers !

Un indomptable taureau , à moins que ce ne soit une vacbe enragée, se livrant à une course insensée, fend des flots de poussière: son front large est armé de cornes menaçantes, ses longs mugissements font trembler le village. Les femmes, pâles d'effroi, pressent leurs nourrisons sur le sein maternel ; la marmaille, les canards, les oies éperdues, tout fuit ! Mais au milieu de ce grand désarroi, Pandore lui seul, digne fils de quelque héros, ajustant sa carabine, pousse au monstre. — Son brigadier déjà a mordu la poussière, et un gros dogue muni d'une rangée formidable de crocs est le seul citoyen du village, qui, se dévouant encore pour le salut public,

vienne prêter gueule-forte ù Tautorité : à quoi servirait la fourche du poltron quis'estmisàralui derrière le dos de Pandore? — En di-pit d'une pose qui accuse un sanii-froid admiral)le. notre héros n'a point l'air deviser juste, et toutefois, grâce à ce gendarme dont la caral)ine récidivei-a à coup sûr, et grâce au mâtin qui lui vient en aide, le triomphe de Tordre parait assuré. .Mais permettez-moi de ne point négliger un épisode de cette lutte magnanime : ah 1 que j'ai eu l'esprit rasséréné par Tentente cordiale qui . dans ce village, unit l'autoriié militaire et Fautorité religieuse !

Je vous l'ai dit, sans respect pour la sardine hlanche, la vache a jeté bas le général en chef de Pandore; mais on voit le bon Samaritain de Fendroit voler au secours du l)rigadier blessé. Dieu soit loué ! les contusions perpétrées par une corne malfaisante vont être lotionnées par une main pieuse : M. le curé en personne apporte au bon gendarme du vinaigre des quatre-voleurs. Le gendarme sera vite ranimé; calmons donc nos émotions î

Voyons maintenant ce dont il s'agit dans l'autre épisode de 'la vie des gendarmes. Tout au fond d'un grand bois, dans un taillis obscur, un braconnier vient de décharger son arme prohibée sur une pièce de gibier ; la bourre du fusil fume encore par terre, pièce de conviction ! — Hélas! la joie d un lièvre et d'un faisan déjà abattus empêchaient Finfortuné de songer qu'il existait

«lesgondarnips. — Ils étaient là ! C'était un Jx'au ilimaucht'. Doux gendarmes clievauchaient le long d'un sentier. Entendre le coup de fusil, descendre de cheval, courir sus. empoigner l'homme en contravention, ce fut l'affaire dïni clin d'œil. Tandis que Pandore, bravant le danger, attaque de face son ennemi naturel , qui ose résister, son supérieur en grade, prudent et cauteleux, tel (jue doit l'être un Mars de caserne époux et brigadier, fait son attaque sournoisement et par derrière. Ses longs bras enlacent le malfaiteur, comme feraient les replis tortueux d'un serpent. Kn agissant de cette sorte, Brigadier , on voit ((ue vous aviez raison , car c'est grâce à vous cette fois que force restera à la loi.

La vue de ce tableau a inspiré de jolis coupletsàM. Léo de Mark, collaborateur d'un journa' de province. Il suppose deux gendarmes passant devant les toiles de M. Bataille , et il rend leurs impressions. Voici l'un de ces couplets :

(lest bien nous dans cette peinture !

Je reconnais exactement Mon air, ma taille et ma tournure, Ainsi que mon équipement ; Cependant, je voudrais encore Plus de brillant sur mon galon !

■ — Brigadier, répondit Pandoi-e, Brigadier, vous avez raison !

Et pour en terminer avec ces tahleaux, disons que, s'ils sont dignes d'être appréciés par le corps des gendarmes, ils sont dignes aussi, par le dessin et par la couleur, des éloges delà critique.

— M. Jolyet a représenté des conscrits de la Bresse allant tirer au sort. Heureusement ces conscrits-là ne fourniront aucun épistode nouveau à l'épopée des gendarmes ; ils ne seront point réfractaires. Sous un ciel surchargé de céruse, ils cheminent insoucieux et gais. Je le crois bien ! ils n'ont pas d'ombre, ils ont perdu leur ombre, ils sont tous dans le cas de ce pauvre Peters Schlemil dont Hoffman et Gliamisso ont si bien décrit les peines cruelles. Eux, comme ils sont contents ! Des spectres sans ombre ne pourraient avoir la prétention d'avoir dans leur giberne le l)ùton de maréchal, et tous ces conscrits seront déclarés évidemment impropres au service par des magistrats pourvus de reflets. Passe encore pour les petites dames que M. Tissot aétendues sous des amandiers dont les fleurs sont bien singulières , des merveilles de fleurs ! On sait combien les femmes sont légères, chacun a eu plus ou moins à souffrir de l'inconsistance de ces douces sylphides; il n'y a donc pas lieu de s'étonner beaucoup d'en voir quelques-unes privées de leur ombre.

Une avalanche de viande humaine vient s'engloutir dans la Mansarde de M. Michaud. Voici comment je m'explique cet étrange tableau : l'homme que, sombre et rêveur, on entrevoit au fond de cette mansarde n'est pas autre chose qu'un ogre à jeun et dans la débine ; un jN'écroman charitable envoie à cet afî'amé une forte provision de chair fraîche. X^nrayonjaune^

— ol —

— quejo suppose fourni par M. Sainte-Beuve, autre Enciianteur très-serviable, on le sait , — passe parla fenêtre, et sur ce rayon àQsvoluplts enlacées, des enfants, des femmes, surtout beaucoup de femmes roses, tombentdanslamansarde, et tout cela sera consommé : c'est à faire venir la chair de poule !

Dans cinq compartiments réunis sur une planche dorée, M. Schlesinger a logé les Cinq Sens. Mais par qui croiriez-vous que M. Schlesinger a fait représenter les sens ? Par des demoiselles qui, généralement parlant, ne possèdent guère le bon sens et le font perdre à d'autres. Ce sont de jolies Espagnoles de la rue Bréda. Ces pauvres filles expriment les sens comme elles sont susceptibles de le faire. Une charmante espiègle aspire avec délice l'odeur de la cigarette qu'elle fume, et sa compagne, plus délicate, se détourne avec dédain: ceci est pour Yodorat. Une autre déguste une glace tout en émiettant des plaisirs: voilà pour le goût. Une gracieuse personne tourne vers le ciel un petit télescope, étudiant le cours d'une étoile filante. Sa compagne a l'air de lui dire: « Anne, ma sœur, ne vois-tu rien venir ? » Mais ce n'est pas des régions éthérées que dans les boudoirs descendent des êtres charmants et pourvus de fines moustaches! Voilà pour la vue. Voule est figurée par l'oreille d'une dilettante , et dans cette oreille délicate une malicieuse enfant injecte les gammes criardes d'un flageolet ! Quant au toucher^ une

— 5^2 amio cliaritable et quelque peu experte tàte le pouls d'une jolie malade atteinte de la fièvre j»rocurée par le désir de quelque hijou. Tout cela est charmant , c'est coquettement peint, finement dessiné, la touche en est délicate: mais n'est-ce point du talent gaspillé? Où trouveront place ces tableaux qui feraient le motif de cinq lithographies enluminées dignes de figurer entre quelques glaces, dans un boudoir coquet? Est ce dans un musée que l'on accueillerait des travaux aussi peu sérieux, quoique si bien exécutés ?

Ouel besoin avait M. Jundt d'expliquer sur le livret que les gens qu'il a peints revenant d'un concours régional, le faisaient j)ar ?/n temps de hrouillarcH Les personnages de ce tableau sont enfoncés dans une brume ('-paisse et blanche: on les devine là dedans plutôt qu'on ne les voit : c'est àpeine si l'on distingue le groin d'un gros porc qui veut se dégager d'une si lourde atmospliére. Au fait, on a bien agi en nous prévenant qiril s'agissait d'un brouillard, car on aurait pu croire que tous ces braves gens étaient ensevelis sous du plâtre comme leshabitants d'Herculanum sous les cendres du Vésuve. M. Jundt me paraît, du reste, affectionner les effets de brume, car il va également de telles vapeurs dans la chambre où une Jeune McD'lée tyrolienne fait sa toilette, que ce qui s'y trouve, meubles et gens, n'est point très-distinct. Lestons nuageux, les nuances éteintes ont, du reste, cela de commode qu'en estomjjant mollement les contours, ils dispensent

du dessin. Mais ce n'est pas M. Euiiène Isabey que l'on peut accuser de jeter des !)rouillards sur ses tableaux : il a d'autres moyens de se dispenser du dessin. Au Salon de cette année, il a exposé un .l/r/[/?»/.s;/qilutot ébauché quepeint, plutôt esquissé que dessiné. Et cependant, j'en conviens volontiers, à mesure que Ton s'éloii^ne du tableau, on voit prendre des formes distinctes à ce qui, de très-près, semble n'être qu'un baiiolage lîrotesque, un salmis papillottant composé de toutes les couleurs qui peuvent se trouver sur une palette bien iiarnie. .le n'aime iiuère ces tableaux où reiïet remplace le dessin : cela sort des principes et des règles de l'art dans racce])tion sérieuse de ce mot; c'est du décor, ce n'est point de la vraie peinture. Et cette manière a e;é adoptée par plusieurs peintres, même par de très-bons peintres, qui arrivent à d'incontestables succès. On peut observer l'exécution de cette nii'tliode notamment dans un tableau de M. V. lluguet, représent nt une Halle sous 1rs murs (le Cunstantine.

D'autres, tels que M. (iustave Doré, par exemple, se passent du mérite de la couleur et u.n pcuausssi de celui du dessin 1). Voir la (iituim et le Tobie exposés cette année.) Ceux-ci ne sont point en cause ici ; leurs tableaux servent à ])rouver que l'on peut faire déborder resi)iit. la

(I) Une petite chose ailée ([ui serait presque imperceptibles! eUe n'était d'un blanc cru se détachant surde l'azur uni. repr^'t-enle vn fO)f/c. dan^ l'un de ces tableaux.

Yorvo, la faniai?io, dans les milliers de vignettes des plus beaux livres illu.sU-rs^ et ne pas précisément être un grand peintre.

Certains procédés, les empâtements et autres cliics d'ateliers, tolérables dans le paysage, sontils admissibles dès que des personnages figurent sur un tableau? Je ne le pense pas. Le dessin reste (1), tandis que la couleur peut perdre tout son cbarme. Pourquoi admire-t-on toujours certains tableaux, des anciens maîtres dont les teintes se sont effacées. Parce que les figures sont bien dessinées et que ce dessin reste un cbef-d'œuvre après que le temps a décomposé les tons les plus délicats, a fait disparaître les glacis, et que, dans son ensemble, toute la peinture a poussé au noir.

— M. Janet-Lange a représenté une Chasse à tir à la Faisanderie de Conipiitgne. Vrai Dieu ! quel massacre des innocents ! Je ne saisis point en quoi peut consister le plaisir de ceux qui tirent sur du gibier groupé, massé par des cbiens et des valets, dans un espace très-restreint: c'est une tuerie , ce n'est point une cbasse. Moins encore je comprends ce que vont faire là autant de crinolines recouvertes de soie, etc. Comment les belles dames que Ton voit au milieu de nom-

(I) Sans compter que ce dessin peut être reproduit par le ])urin et se perpétuer au moyen de la gravure. — Il fut un t<'mps où les peintres préparaient leurs couleurs eux-mêmes, où la chimie industrielle ne se mêlait pas de leur en fournir d'exécrables; dans ces comliLious, les couleurs restaient toujours à peu près telles que le peintre les avait déposées sur la toile: mais aujourd'hui !

hi'pux Adonis, n'ont-olles pas lo cœur soulovc' ])ar la vue de ces oiseaux saif^nants, de ces IxHes ]nnlelantes, qui , par centaines , frisent sur le sol, etc. ? Je sais Ijien que le lieau sexe, fort amateur de distractions de toute espèce, ne dé- (Ifïigne nullement, faute de mieux, le coup iPœil de la cour d'assises , et même de la guillotine le cas échéant; mais ce n'est point le sanu' versé ([ui fait aller en cliasse de charmantes amazones; leur enthousiasme n'est là ni plus sincère ni plus vil" qu'en face du turf-, mais qui néglij^erait de se montrer en piquants atours , et de dire ù des jalouses: « J'y étais! »

Le tableau de M. Janet-Lange est très-supérieur à VHouruari de M. de Viviers, où se meuvent de tout petits chiens de carton; au Casino de M. Boudin, animé par de Jeunes premières du théâtre des Marionnettes, et aux diverses Courses de Longchamps owfVEpsom^ qui prouvent combien ces exercices équestres sont peu propres à inspirer un artiste. Cela n'est pas plus heureux que la peinture ofiicielle dont nous constaterons la médiocre réussite dans un portrait qu'a exposé M. Cabanel. Si vous avez pour l'épinard une antipathie prononcée, éloignez-vous de ces tableaux où sont llgurées des Courses^ vastes plats d'épinards saupoudrés de menus chevaux et de très-petits personnages.

11 est plusieurs peintres dont le pinceau s'applique avec une minutie extrême aux pastiches du Moy(>n-Age. Os imitations sont loin d'être

ih'nui'cs (rniiTPiiKMit ; elles accusent heauc()ii|) (le talent dans leur exécution ; mais , sauf en quelques circoustances, quelle est l'utilité d'un talent consacré aux reproductionsd une façon île ])eindre où les demi-teintes sont à peu près com- ])Iètement exclues? Ce iienre admet volontiers les tons vifs, les nuances cliatoy;intes : mais il snp]jose cliez les spectateurs une naïveté d'esj^rit aujourd'liui absente. Oue diriez-'-ousd'un homme qui. api'ès avoir donné des preuves (ju'il ])Ossède les facultés d'un ijrand orateur, se mettrait à bé\irayer, à zézayer gracieusement connue un enfant? Et c'est là précisément ce que veulent faire faire a l'Art ceux (fui imitent les vieux jieintresdu Moyen-Aire (1). Ces réllexions ne me sont point seulement suggérées j.ar la ]'i/lr- (/iatuir /hiirnUiip de M. llaussoulier. mais plusieurs autres tal)leaux sont dans le même cas. notamment ceux de M. Alma-Tadema. Cet artiste, d'un grand talent d'ailleurs, pousse le goût de rarcliaïsme à outrance: mais il semble faire de l'artplutijt pour quelquesantiquaires que pour le public. Il agit en peinture absolument comme -M. Leconte de Lisle la fait en poésie. Il y avait, cette année au Salon deux tableaux de M. Almaïadema : Frnl'-gondc et Prête rtat, et les Fcinmrs (InUo-iomaincs. Je tiens à parler encore d'un

'1) On comprendra que nous ne disions rien des irailaleurs de la peinture chinoise . tels ((ue M. \\'liifsler. ihiïis la Princesse du paifs de lu porcelaine : teux-l;i devraient-ils ctre admis an Salun ailleurs .pi'à f'rkiu?

tableau de M. \ll)i'rt Laiultron . la \ierf/(' d l'Enfant Jrsu.s. I.u Vierge est tout de bhuu' vêtue ; elle est étendue sur un gazon d'un vert luiifornie : une couche croutienier remplace le ciel. Autour de la Madone , une foule d'oiseaux voltigent dans lazur : il y en adel)leus, de roses, et d'autres qui ont un pluFnage d'or; un écureuil gros comme un petit oiseau, nue gazelle grosse comme un petit écureuil , circulent parmi les volatiles de ce paradis, et tout en ])as, près du cadre du tableau , se détache . ailes éployées, une blanche colomhequi, je l'ai supposé, repn''sente le Saint-Esprit. Cette iieinture curieuse n'est |;oint sans grâce; on dirait une chromolithograpbie innnense: dans des proportions plus réduites, cela ferait merveille au milieu de recueils tels que hs Arts sornpluaircs au moycnd'/c, de M. F. Séré ; au Salon, l'effet n'en est point très-heureux à côté des |)ioductions de l'Art moderne. C'est à peu près dans celte manière encore qu'ont été peints deux tableaux de M. Viry, enregistrés sous ce titie ; Cliassfin-setrnr Faniillc. ¥m\ regardant bien, on voit que les chasseurs sontde /a Famitle. Et que de candeur dans cette Fanullc aimable et vertueuse 1 Le père porte lui-même entre ses bras le bébé qu'il con- IcMnpleavecamour, ce qui est d'un excellentexem- |de. Et puisquelle])udicitéquasi-vii-ginale ! ((uelle paix anuoncent les yeux baissés d(^ tous les memhres de cidte famille ! Pas un seul n'ose lever sa paupière ! Ouel contraste font tous ces braves

— r;8 — •riMis avec le Hainlct trùs-laid de M. Laurens, qui écarquille ses prunelles, ou avec les firos yeux que fait au public la Conscience de M. Jobbé- Duval, qui, du reste, semble avoir des tètes de recbauLie : est-ce bien le fait de la Conscience d'avoir deux visages à sa disposition ? Et ne croyez pas que ce soit Féclat trop vif de ce qui les entoure qui clôt les paupières de cette famille candide: elle est grise elle-même, et tout ce qui l'environne est grisâtre. Et combien je préfère pourtant ces tableaux à celui de M. Vallon repi'ésontant rintcrieni- crunc Cuisine. — J'ai dit ce que m'inspirait le jxntrail piMut par M. Courbet 1 — Oui donc souffrirait cliez soi, même en peinture, une maritoriie aussi décidément malpropre que Test celle qui lave sa vaisselle dans cet IntcficurdQ cuisine? c'est à ôter l'appétit à un Igolin renfermé dans sa tour. Elle est noire, elle est sale, elle récure un cbaudron et ferait beaucoup mieux de se récurer elle-même. Cent vilenies complètent l'agrément; de la viande pendue à un croc, des trognons de cboux, une crucbe verte comme Test une couroime que j'ai remarquée à l'Exposition. Cette couronne est pêchée dans le fond de la mer par des tritons noirs et crépus;ils la portent en triompbe au-dessus des flots , et on la distingue au milieu de cette débauche d'outremer que M. Cudin a nommée: Entrée de l'Empereur à Gênes. La Cuisinière dont je parlais tout à l'heure n'est pas la seule qui soit assez effrontée pour montrer au public

le désordre de sua intérieur ; il est tels de nos peintres aujourd'hui, qui, s'ils eussent vécu du temps (le Vitellius et ({u'ils eussent été admis dans le palais de ce goinfre couronné, en auraient certainement choisi les latrines pour les peindre; c'est où conduit le réalisme.

M. Henner a exposé une Chaste Suzaïuir qui, hien qu'elle soit contemplée par les vieillards obligés, de vieux gai-çons abrutis,- n'est pas beaucoup plus agréable que TalTreuse souillon dont nous venons de parler tout à l'heure ; toutefois elle est blanche et plus propre.

Puisque nous en sommes aux choses drôlati- ((ues , — est-ce bien un paysage qu'a prétendu peindre M. Léon Saint-François ? n'est-ce pas plutôt quelque chose tenant le milieu entre la peinture de genre et la peinture historique ? On est en face d'une sombre forêt ; mais des arbres on ne voit absolument que les troncs. Au milieu des troncs se trouve un billot dans lequel le taillant d'une iiache s'enfonce. Cette hache a l'air de fonctionner sans aucun moteur humain. L'elTet des troncs n'a rien d'agréable, mais lahaclieest merveilleuse , et voici pourquoi je l'admire. Puisque M. Saint-Franrois a trouvé des haches qui font la besogne toutes seules , peu importe qu'il s'établisse une grève jusqu'au fond des bois ! C'est fort heureux , car si les bûcherons chômaient, on risquerait de ne pas voir de bûches î

peinturf: de genre.

Les Enfants.

Si incdioLTo ([UL'lle soit , une peinture n'est point coinplètementdénuéede charmes lorsqu'elle est iininK'C pur de joyeuses petites ligures d'enfants. Les artistes , comme les poètes , trouvent toujours devant les enfants quelques inspirations heureuses. Deux pièces , hi Marraine, et PAngr et l'Enfanl, sulllraient. au besoin , pour que le uom de Jean lleboul ne tombât point dans l'oubli . et Victor lluL!0 lui-même n"a pas beaucoup de pièces su[)ér;eures à celle qui porte pour titre la Prière pjur loas^ et à cette autre où on lit :

Jlest si beau , lenfant avec son doux sourire , Sa douce bonne foi , sa voix qui veut tout dire. Ses pleurs vite apaisés .

Laissant erier sa vue étonnée et ravie , Offrant de toutes parts sa jeune âme à la vie Et sa bouche aux baisers 1

M. de Lai)rade aussi, poète et penseur austère s'il en fut, a trouvé pour Tenfant des V(>rs pleins de tendresse et de douceur émue :

Lentant-est roi parmi nous

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