AVE C PRIVILEGE DV R O T
Médicis était encore bien calme et bien placide ! Il est vrai qu’elle n’était que nouvellement mariée !
« Il arriva, nous dit Louise Boursier, que la première femme de Môfieur le Préfidenl deThou fut malade dont elle mourut ; elle m'aimoit et cognoffoit dés longtemps, mèfmes m’avait tenu une fille fur les fonds ; après que la confultation de la maladie de Madame de Thou fut faite, elle demanda à Môfieur de Laurens comment il alloit de la fanté de la Royne, il luy dit que fort bien grâces à Dieu, mais qu’ils eftoient en grandpeine Môfieur de la Rivière et luy, touchant la fagefemme que le Roy défirait qui accouchaft la Royne, qu’ils fçavoient que la Royne ne l’avoit nullement agréable, et que néantmoins c’eft la principale pièce de l’accouchement que la fagefemme agrée à la femme qui accouche... ))
Aussi, ces messieurs décident-ils de chercher une autre sage-femme et de remercier la vieille Madame Dupuis. Pour cela, M. de la Rivière, premier médecin du roi, s’adresse aux docteurs alors en renom à Paris et demande leur avis, les priant de lui enseigner une jeune et (( qui entendit bien « fon eltat. )) Les « célébrités» interrogées étaient au nombre de cinq : M. du Laurens, MM. Malescot, Hantin, de la Violette et Ponçon. M. Hantin propose Louise Bourgeois, dite Boursier « difant qu’elle avoit plufieurs fois accouché fa fille, d’accouchements difficiles et en fa préfence. ))M. Malescot la propose également. M. de la Violette ne
la connaît pas, mais il en a entendu dire beaucoup de bien ; M. Ponçon va plus loin, il prétend qu’on ne pourrait pas mieux choisir. M. du Laurens est plus prudent, il demande à voir cette sage-femme, et M. Ponçon s'offre aimablement de l’accompagner chez elle.
(( Quand ie vis que fans iamais y avoir penfé, un tel honneur fe présentoit à moy, ie cru que cela venoit de Dieu, lequel dit ; ayde toi et ie t’ayderay. »
Aussi va-t-elle s’aider, notre brave sagefemme ! Elle va faire des pieds et des mains pour arriver à la réalisation de ce rêve entrevu. Elle va frapper à toutes les portes où elle sait trouver du (( piston )) ; elle va chercher partout des recommandations importantes. Par une de ses amies, (( elle fait parler )) à Mme de Loménie pour la prier de glisser un mot en passant à M. de la Rivière, premier médecin du roi (( qui logeoit devant/a porte, ce qu’elle fit de cœur. ))
Mais ce moyen un peu... concierge, ne lui suffit pas ; elle va trouver Mme la duchesse d’Elboeuf, une de ses anciennes clientes, à qui elle raconte l’affaire et qui lui promet de l’aider. Le point essentiel est de ne pas fâcher Henri IV qui tient à sa MadaméDupuis. Mmed’Elbœufenvoie présenter Louise Boursier par un de ses gentilshommes, à Mme de Nemours, sa tante. Cette noble dame promet à notre sage-femme que dès qu’elle pourra saisir l’occasion, elle n’y manquera pas.
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Vous croyez que c’est tout ! Vous croyez que Louise Boursier va maintenant dormir sur ses deux oreilles et attendre les événements. Non pas ! Elle apprend que, une ou deux fois par semaine, le roi et la reine vont dîner chez M. de Gondy, sans cérémonie, et avec quelques personnes familières. Or, M. du Hailly, parrain d’une des demoiselles Boursier, vient de se marier, il y a trois mois, avec la jeune fille de M. de Gondy. Vite ! Mrae Boursier ne fait qu’un bond chez cette jeune femme et la supplie de la présenter à la Reine, un soir, à table — entre la poire et le fromage — . Cette fois notre sage-femme a été un peu loin, et la jeune madame du Hailly lui fait remarquer (( qu’elle eftoit mariée depuis feulement trois mois et que cela ferait treuvé mauvais, qu’elle prit la hardiefle de préfenter une fage-femme à la Royne, au veu et fçeu de tant de dames âgées qui avoyèt eu plufieurs enfans. ))
Seulement, comme Mme du Hailly connaît beaucoup « la seignora Léonor Conchine », elle ménage une entrevue entre Louise Boursier et la future maréchale d’Ancre. Celle-ci, après une conversation très aimable avec la sage-femme, en parle à la Reine. Marie de Médicis, un instant silencieuse, finit par répondre : (( Que veux-tu que ie faffe ? Le » Roy m’en veut donner une qui ne me ploift pas, » mais il faut que ie pafïe par là ». Toutefois, elle fait avancer la sage-femme devant elle, la regarde... « le temps d’un pater », et s’en va.
Il faut croire pourtant que la première impression a été bonne, car peu de temps après cette entrevue plutôt froide et qui avait désespéré Louise Boursier, Marie de Médicis lui fait dire que (( iamais autre qu’elle ne me touchera ».
Le tout, c’est d’avoir l’acquiescement du roy. La reine va s’en charger, et nous allons assister à une petite scène de ménage (oh ! bien anodine !), peut-être le premier nuage qui vint obscurcir un instant le ciel encore bleu de ces deux illustres époux.
(( La veille dont le Roy partit, il dit à la Royne ; et bien, ma mie, vous sçavés où ie vois demain, ie retourneray Dieu aydant affés à temps pour vos couches. Vous partirès après moy pour aller à Fontainebleau, vous ne manquerès de rien qui vous foit néceffaire, vous aurès Madame ma fœur, qui eft de la meilleure compagnie du monde... Vous avès Madame la Ducheffe de Nemours, grande Princeffe fuperintendante de voftre maifon, Madame la Marquife de Guerche-Ville voftre Dame d’honneur, Madame Conchine voftre Dame d’atour, Madame de Montglas qui fera gouvernante de l’enfant que Dieu vous donnera, vos femmes de chambre ordinaires. .. Vous avès Môfieur du Laurens, voftre premier Médecin, le Seigneur Guide, voftre Médecin ordinaire, Madame Dupuis, voftresage-femme ?... La Royne commença à branler la tefte et dit : la Dupuis, ie ne veux me fervir d’elle! Le Roy demeura fort eftonné, comment ma
mie avès vous attendu mon defpariement pour me dire que vous ne vouliès pas Madame Dupuis, et qui voulès-vous dôc ; ie veux une femme encor affès ienne grande et allègre, qui a accouché Madame d’Elbœuf, laquelle i’ay veuë à l’Hoftel de Gondy. ))
Henri IV n’est pas content, il tenait à Mme Dupuis. Il mande auprès de lui M. du Laurens qui lui raconte l’affaire et lui parle de Louise Boursier. Le roi lui dit d’aller chez cette sage-femme, de lui demander les noms d’une douzaine de femmes de qualité qu’elle ait servies et qui en soient contentes. Louise Boursier, fière de sa nombreuse et noble clientèle, cite au Médecin trente noms, — dans le quartier — « dont il y avait Madame Arnault, l’intendante, Madamoifelle Perrot, la confe il 1ère, niepce de Môfieur de Frefne, fecrétaire d’Eftat, Madamoiselle le Meau, femme de l’intendant de Môfieur de Rheims, Madamoifelle de Pouffe-mote, femme d’un fecrétaire du Roy, Madame Freffard... »
Bref, tout s’arrange, et Louise Boursier part avec la Reine pour Fontainebleau, mais sans toutefois avoir été présentée au Roi.
Il nous faut maintenant avouer qu’une fois dans la place la sage-femme tient consciencieusement son rôle ; elle s’acquitte de sa charge avec sincérité ; elle s’efforce de faire honneur â ses bienfaiteurs. Elle ne quitte pas la reine, couche à côté de sa chambre, l’examine tous les matins avant son lever, la suit à la promenade, à lâchasse,
car Marie de Médicis suit la chasse en litière.
(( le voyois la Royne fi belle et avec un fi bon teinct, l’œil fi bon que félon les préceptes que tiennent les femmes, ce devoit eftre un fils. ))
(( le redoutois en moy-mefme que la Royne n’euft des coliques en accouchant, à cause que l’on m’avoit dit qu’elle avoit mangé tout une quantité de glace, melons, raifins, alberges et pavis. le fupplie fa Majefté de ne plus manger de melons, elle me le promit, pourvueu que l’on neluy en fervit plus. »
Après un mois d’absence, Henri IV arrive à Fontainebleau, et le lendemain matin, au lever de la reine, on lui présente la sage-femme. Le cœur de Louise Boursier battait à se rompre, tant elle avait peur de ne pas plaire au roi ; mais il faut croire qu’elle n’était pas mal, car aussitôt Henri IV, fidèle à ses traditions, se met carrément à lui faire la cour: (( Le Roy arriva qui demanda à la Royne, ma mie, eft cecy voftre fage-femme ? Elle dit qu’ouy, le Roy me voulât gratifier, ma mie, ie croy qu’elle vous fervira bien, elle m’a bonne mine ; ie n’en doute point, ce dit la Royne. Mademoifelle de la Renoüillère dit au Roy, la Royne l’achoifie ; ouy dit la Royne, ie l’ay choifie et diroy que ie ne me. trompay iamais eu chose que i’aye choifie... Le Roy me dit, ma mie, il faut bien faire, c’eft une chose de grande importance que vous avès à manier : ie lui dis, i’efpère, Sire, que Dieu m’en fera la grâce ; ie te croy, dit le Roy,
et s’approchât de moy, me dit tout plein de mots de gaufferie, à quoy ie ne luy fis aucune refponce ; il me toucha fur les mains, me difant, vous ne me repôdez rien ! le luy dis : ie ne doute nullement de tout ce que vous me dites, Sire. C’eftoit qu’eftant en couches de Madame la Ducheffe, Madame Dupuis vivoit avec une gràde liberté auprès du Roy : le Roy croyoit que toutes celles de cet eftat fufsêt femblables. ))
Mais nous sommes au 25 septembre, le moment critique approche. Louise Boursier ne quitte pas la reine d’un pas ; elle monte dans la voiture de Mme la Duchesse de Nemours quand la reine se promène dans le parc de Fontainebleau, de peur que les premières douleurs ne la prennent en voiture. La nuit, les femmes de chambre s’amusent à réveiller en sursaut la sage-femme, dès qu’elle dort un peu profondément. (Quel respect pour un membre du corps médical !)
Enfin : (( La nuict du vingt-feptième feptèbre, à minuit, le Roy m’envoya appeller pour aller voir la Royne qui se trouvoit mal... Le Roy dit : Venès, venés, fage-femme, ma femme eft malade, recognoiffès fi c’eft pour accoucher, elle a de gràdes douleurs ? ce qu’ayant recogneu, ie l’affeuray qu’ouy. >)
Les douleurs augmentent. A chaque crise, • Henri IV tient sa femme et demande s’il est temps d’aller chercher les princes, car il est absolument nécessaire qu’ils assistent à la naissance de l’en-
fant. A uneheure du matin, foud’impatience, etcraignant que l’accouchement ne se termine brusquement, il envoie chercher MesSeigneurs de Conty, de Soissons et de Montpensier. Ces messieurs arrivent à deux heures, restent une demi-heure à regarder souffrir la malheureuse reine, et comme la sage-femme assure au roi qu’il y en a encore pour longtemps, Henri IV les renvoie chez eux, mais en leur recommandant bien de se tenir prêts à revenir, dès qu’on les enverra chercher. En attendant, le corps médical arrive : M. de la Rivière, premier médecin du roi, M. de Laurens, premier médecin de la reine, M. Hérouard, médecin du roi, le seigneur Guide, second médecin de la reine, M. Guillemeau, chirurgien du roi. (Que de médecins pour ne rien faire!) Ces messieurs contemplent un moment la parturiente et se retirent dans une salle voisine.
Pendant ce temps, on prépare la grande chambre ovale de Fontainebleau. Des ouvriers avaient déjà dressé un grand lit de velours cramoisi accommodé d’or; on mit à côté un petit lit de travail. On tendit deux pavillons : un grand en belle toile de Hollande, tendu aux quatre coins par quatre gros cordons comme une tente et qui avait vingt aunes de tour ; et un plus petit de pareille toile, sous lequel on mit le petit lit de travail où la reine fu^ couchée en sortant de sa chambre. On apporta sous le grand pavillon une chaise, des sièges pliants et des tabourets pour le roi, Mme sa sœur, et
Mme de Nemours. « La chaise pour accoucher fut aussi apportée qui était couverte de velours cramoisy rouge )) .
L’accouchement va mal et tire en longueur. A quatre heures du matin, la reine qui a perdu les eaux depuis minuit souffre énormément sans que le travail avance... Au contraire, elle est prise de telles coliques que l’on appelleles médecins. Ceux-ci s’avancent, examinent la malade, se concertent, et... finissent par demander à la sagefemme ce qu'il faut faire, ce qu’elle ferait si elle était seule auprès d’une femme quelconque. Louise Boursier propose une formule que l’on envoie tout de suite à l’apothicaire. Mais celui-ci est italien, il sait la profonde affection de Marie de Médicis pour tout ce qui est italien, et il envoie un remède italien. Et les médecins, loin de réclamer contre cette substitution, s’empressent de le faire prendre à la malade. Il fallut même administrer plusieurs autres remèdes dans le courant de la journée, car les coliques continuaient toujours, et l’enfant n’avançait pas. Quels furent ces remèdes? Nous l’ignorons, mais nous pensons qu’ils ont dû singulièrement retarder les- contractions de l’utérus.
Pour calmer ces insupportables douleurs, on alla même plus loin, (aux grands maux les grands remèdes) :
« Les Reliques de Madame Saincte Marguerite eftoient sur une table dans la chambre et
deux Religieux de Saint-Germain-des-Prés, qui prioyent Dieu fans ceffer. ))
Dans le courant de la journée, un enfant de sept ans entre dans la chambre : c’est le petit duc de Vendôme, le fils d’Henri IV et de Gabrielle d’Estrées que tout le monde avait oublié et qui s’ennuie dans son coin, tout seul. Il s'approche de la sage femme et lui demande si la reine va bientôt accoucher et de quel enfant? (( le luy dis que ce feroit ce que ie voudrois : et quoy, dit-il, n’eft il pas fait, ie luy dis qu’ouy, qu’il eftoit enfant, mais que i’en ferois un fils ou une fille, ainfi qu’il me plairoit. Il me dit, sage-femme, puis que cela dépend de vous, mettès-y les pièces d’un fils ! )) *
A cette époque, il n’y avait déjà plus d’enfants !
Qu’on se représente cette pauvre Marie de Médicis, souffrant depuis vingt-deux heures, tordue par la douleur sur sa chaise (( en velours cramoisy )), sur laquelle elle veut accoucher, se retenant de crier malgré les prières de la sage-femme et du roi qui ne l’a pas quittée un seul instant, parce qu’elle a honte des princes et des princesses qui sont en face d’elle, sous le grand pavillon, et des deux religieux de Saint-Germain-des- Prés !
Louise Boursier est assise à ses pieds, sur'un petit tabouret.
Enfin, à dix heures un quart, l’enfant est expulsé. La sage-femme l’enveloppe dans les langes
et le met dans son (( giron », sans que personne sauf elle n’ait vu le sexe du bébé.
« le regarde l’enfant au visage et ie vois une grande faibleffe de la peine qu’il avoit endurée. le demande du vin à Môfieur de Loseray, un des premiers valets de chambre du Roy, il apporte une bouteille, ie luy demande une cuiller, le Roy, prit la bouteille qu’il tenoit ; ie luy dis: Sire, fi c’eftoit un autre enfant, ie mettrois du vin dans ma bouche et luy en donnerois, de peur que la faibleffe ne dure trop. Le Roy me met la bouteille contre la bouche et me dit : faites comme à un autre. l’emplis ma bouche de vin et luy en soufflay, à l’heure mefme il revint, et favoura le vin que ie luy avois donné. »
Le Roi ne savait pas encore quel était l’enfant ; il ne lui avait vu .que le visage, et soit crainte, soit parce que la sage-femme n’avait rien dit de suite, il pensait que c’était une fille. Aussi se retira-t-il tristement dans un coin .
Or, quelques jours avant, Louise Boursier s’était entendue avec MUe de la Renouillêre pour lui dire la première le sexe de l’enfant, afin que celle-ci puisse aller l’annoncer au roi. Le signal convenu, si c’était un fils, était : « Ma fille chauffez-moi un linge. » Aussitôt, MIle de la Re~ nouillère va s’incliner devant Henri IV et lui annonce la bonne nouvelle. Celui-ci n’en veut croire ses oreilles ; il s’approcha de la sage-femme et lui parle tout bas, et Louise Boursier (( déve-
loppe un petit Môfieur le Dauphin el luy fis voir que c’eftait un fils. )) Et le bon Henri est si content que « les larmes luy couloyèt fur la face, auffi groffes que de gros poids. )) Il avertit doucement la reine, qui joint les mains, remercie le ciel, pleure et... tombe en syncope.
Pendant qu’on remet le Dauphin à Mme de Montglas sa gouvernante, le roi qui ne s’est pas aperçu de la syncope de la reine et qui ne se tient plus de joie, embrasse les princes, embrasse les princesses, ouvre les portes, appelle tout le monde et la chambre est envahie aussitôt de plus de deux cents personnes. C’est à peine si on peut porter la reine dans son lit. Louise Boursier s’en plaint, et craint pour la santé de l’accouchée. Mais (( le Roy m’entendit qui me vint frapper sur l’efpaule et me dit, tais-toy ? tais-toy ? fage-femme, ne te fafche point, cet enfant eft à tout le monde, il faut que chacun f’en refiouiffe.. . Il eftoit io heures et demi du soir le lundy 27 septembre 1601, jour de Saint Cofme et Saint Damian, neuf mois et quatorze jours après le mariage de la Royne ( 1 ). »
Enfin, on s’occupe du Dauphin ; Louise Boursier et M. Herouard, médecin du roi, le lavent dans du vin et de l’eau et l’emmaillottent, pendant que la joie éclate partout, que tout le monde se fé-
(1) Louise Boursier toucha pour cet accouchement, en plus de ses 300 écus de pension annuelle, 500 écus de la part du Roi et 200 écus de la Reine.
licite et s’embrasse, et que, dans tout le bourg de Fontainebleau et les environs, les feux de joie s’allument, les tables se dressent et les tonneaux se vident à la santé du roi, de la reine et du Dauphin.
Le lendemain, on laisse les médecins examiner le bébé et dresser son observation. Voici le portrait du futur Louis XIII que nous avons reproduit d’après le manuscrit de Jean Herouard, médecin du roi, et d’autres manuscrits de l’époque.
A sa naissance, l’enfant est grand, il possède une forte ossature, est bien musclé et très vigoureux.
Coloration rougeâtre.
Tête normale, couverte de poils noirs.
Yeux (( tannés ».
Nez un peu enfoncé à la racine, épaté et relevant du bout.
Oreilles moyennes, bien ourlées.
Bouche très belle, petite, « relevée » — (( le dessus du milieu » de la lèvre supérieure, « fort cannelé », ainsi que la portion correspondante de la lèvre inférieure.
Le menton est (( fourchu » et le tout (( fait comme d’un trait ».
Le bas du visage est très arrondi ; le cou gros et fort, les épaules larges et la poitrine relevée.
Les bras sont grands, les mainsgrandes et d’une blancheur (( naïve ».
Les jambes sont droites et grandes.
Les pieds sont grands, très larges au bout
et très rétrécis au talon qui est pointu ; les orteils sont égaux et prenants.
Le médecin Herouard réjouit même singulièrement Henri IV en faisant remarquer que l’enfant avait exactement le pied de son père.
Les organes génitaux sont en rapport avec l’ensemble (i).
Signes particuliers. — Entre les deux sourcils côté droit, tache ronde et rougeâtre de la grosseur d’un demi-denier (( attribuée à une envie de betterave. ))
Deuxième tache semblable sur la nuque, à la racine des cheveux, de la grandeur d’un « rouge double. ))
Troisième tache plus petite à l’entrée de la narine gauche.
Le jeune prince a trois poils noirs sur le sjommet du cartilage de l’oreille gauche. (Encore comme son père, fait remarquer le docteur Herouard, toujours courtois !)
(( Le croupion est tout velu ».
L’enfant a d’excellents poumons. Il ne vagit pas comme les autres enfants ordinaires, mais pousse des cris retentissants au moment de sa première toilette, dans un mélange « de vin et d’huile (2). »
(1) Mme la Duchesse de Bar trouva en riant que Louis XIII est « bien parti » pour ce qui est de ces organes.
(2) Jean Herouard est là en contradiction avec la sagefemme qui prétend que ce premier bain fut « d’eau et de
On le confie alors à une nourrice et l’enfant tète en une fois comme d’autres en trois fois. Il tête à grandes gorgées ; il est même difficile de l’assouvir malgré plusieurs changements de nourrices. Il tête même pendant un certain temps le lait de deux femmes, ayant « mis à sec» sa nourrice titulaire.
Malheureusement, dans le courant du mois de novembre, l’enfant éprouve des difficultés pour téter. Bien entendu, on attribue cela (( au filet »; et le 20 novembre 1601 , M. Guillemeau, chirurgien du roi, le lui coupe et s’y prend à trois fois. Le 22 décembre, on parle de recommencer, et après consultation, on finit heureusement par n’en rien faire.
L’opération est-elle mal faite, ou existe-t-il une malformation congénitale ? Toujours est-il que la langue de l’enfant semble volumineuse ; il lui arrive de se mordre la langue dans des moments d’impatience ; il est atteint de bégaiement, affection qui contribuera dans une large part à donner dans la suite au futur Louis XIII ses crises de silencieuse mélancolie (1).
vin ». Cela n’a d'ailleurs pas grande importance, de l’eau pure aurait largement suffi ! !
(1) M. de la Rivière, médecin du roi, qui était en même temps professeur d’astrologie judiciaire, fit, devant Henri IV, l’horoscope du jeune dauphin :
« Sire, votre fils vivra homme, et régnera plus que vous ; mais vous et lui serez d’inclinations, d’âge et d’hu-
meurs différents. — Il aimera ses opinions et fantaisies, et quelquefois celles d’autrui. — Plus penser que dire sera de saison. — Désolations menacent vos anciennes sociétés.
— Tous vos ménagements seront déménagés. — Il exécutera choses fort grandes, sera heureux en ses desseins et fera parler de lui dans la chrétienté. — Toujours paix et guerre.
— De lignée il en aura, et après lui, les choses empireront. »
io.
Christine de Suède
et Bourdeiot