‹ Promenade dans l'Inde et a CeylanChapitre 15 sur 27 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

De Bombay à Madras. — Passage des Ghattes. — Pounah. — Le \izam. — Haïderabad, Secunderabad et Golconde. — Arrivée à Madras.

La distance de Bombay à Madras, par le chemin de fer, est de 1,275 kilomètres; le mail-train la franchit en quarante heures.

On part à deux heures et demie du soir. Pendant les cinquante-trois premiers kilomètres, que je connais déjà, la voie est commune avec celle de Calcutta. A Kalian" Junciion se trouve la bifurcation du Great Indian Peninsida; c'est là que les voyageurs pour Madras prennent la ligne du sud.

A cinq heures, nous arrivons à Kurjut, au pied de la chaîne des Ghattes, qu'il s'agit de franchir. La voie est double et très-bien construite; elle s'engage sur des pentes boisées, surplombe d'effrayants précipices, franchit douze tunnels et huit viaducs, et s'élève, tantôt en serpentant, tantôt au moyen de zigzags, jusqu'à Khandalla, au sommet de la montée. De ce point culminant, la vue s'étend sur des forêts impénétrables que dominent de hauts pics décharnés, plonge dans de profondes vallées et se perd dans le lointain sur l'immense plaine brumeuse que viennent battre les flots de l'Océan.

L'ascension, répartie sur une distance de 24 kilomètres, a duré une heure et demie; du niveau de la mer, nous sommes parvenus à une altitude de 650 mètres; la pente maximum a été de 1 sur 37. Le thermomètre, qui tout à l'heure marquait 32", s'est abaissé à 24".

Ce passage se nomme le Bhore-Ghaut; celui que j'avais franchi en venant d'Allahabad se trouve à 120 kilomètres plus au nord et porte le nom de Thull-Ghaut. Tous deux sont également dignes de leur réputation. Bien que la hauteur atteinte soit relativement peu élevée, il fiiut tonir compte des énormes difficultés que présentait la singulière configuration de cette chaîne de montagnes, presque de niveau avec les plateaux du Deccan , et se terminant brusquement à Touest par un escarpement prodigieux, d'oîi lui vient son nom de Ghauts ou Ghatles qui signifie, en langue indigène, escalier.

A Pounah, où nous arrivons à huit heures et demie, je quitte le train et vais me loger à l'hôtel Napier (prononcez Népir) y maison de fort bonne apparence tenue par un Parsi.

20 décembre. — La ville de Pounah, située à 192 kilomètres de Bombay , au bord de la rivière Monta , sur un plateau élevé de 600 mètres au-dessus du niveau de la mer et dans le voisinage des Chattes, jouit d'un climat sain et tempéré. Elle est peuplée de 80,000 habitants. C'est l'ancienne capitale des peichwahs , ou chefs de lu confédération mahratte, qui ne se rendirent indépendants de la domination musulmane que pour passer, en 1817, sous celle de l'Angleterre. Nana-Sahib, dont il a été ques-

tion à propos de Cawnpore, était le fils adoptif du dernier poichwah ; Tantia-Topi, qui joua un si grand rôle lors de l'insurrection de 1857, était également originaire de Pounah.

L'hôtel oii je suis logé possède une terrasse d*où Ton découvre une jolie vue sur la ville à demi cachée sous les grands arbres , au pied de la colline sacrée où s'élèvent les temples de Parvati, avec la chaîne des Chattes aux confins de l'horizon.

De jolies maisons européennes entourées de jardins, des casernes, un champ de courses, les clochers de quelques églises indiquent l'emplacement des cantonnements anglais traversés en tous sens par de larges routes bien entretenues. Pendant quatre mois de l'année, de juin à septembre, époque à laquelle des pluies torrentielles viennent fondre sur Bombay, le gouvernement se transporte à Pounah.

Ma première visite fut pour le Bund ou barrage de la Mouta. C'est un très-beau travail, exécuté aux frais d'un richissime Parsi, sir Jumsetji-Jejibhoy, dans le but de faciliter les irrigations dans les campagnes environnantes. Un peu en aval, un très-beau pont de pierre est jeté sur la rivière , fort large en cet endroit. Un joli jardin, entretenu par le gouvernement, forme terrasse au bord de l'eau.

La ville native, où je me rends ensuite , est divisée en sept quartiers, dont chacun porte le nom de l'un des jours de la semaine. Comme elle a été longtemps la capitale d'une dynastie brahmane, l'élément hindou y prédomine. Aussi y voit-on une infinité de pagodes, de chapelles

et de temples ornés de fresques bizarres ; à chaque pas on rencontre de grossières idoles barbouillées de rouge , dégouttantes d'huile et de graisse. Au pied des arbres, sur les places publiques, se dressent d'énormes lingaras couronnés de fleurs. Avec tout cela, Pounah ne renferme aucun monument d'un intérêt réel.

La principale rue est presque européanisée; c'est un long boulevard , avec trottoirs > bordé de boutiques et de maisons de commerce dont les enseignes sont en anglais. 'J'y remarque un certain nombre de Parsis, presque tous charpentiers, loueurs et constructeurs de voitures. Les rues secondaires sont proprement tenues et assez larges pour une ville de l'Inde. Les maisons sont en bois, mais mieux construites qu'à Baroda. Je rencontre souvent des femmes occupées à étirer ou à plier de longues pièces de mousseline à franges d'or; il en faut au moins quarante mètres pour faire un turban ; les élégants en emploient bien davantage. C'est une opération très-compliquée que celle qui consiste à rouler cette étoffe, à entre-croiser ses plis et à lui donner la forme prescrite par l'usage. Les personnes riches entretiennent à cet effet un serviteur spécial. Mais tout le monde ne porte pas une coiffure aussi dispendieuse. Beaucoup se contentent, horresco referens, d'un simple bonnet de coton de fabrique européenne , ce qui jure singulièrement avec le reste de leur costume.

Le type du peuple de Pounah, celui des hommes surtout, est généralement beau. On voit souvent de grands et solides gaillards, admirablement bâtis, aux allures distinguées, à la démarche Gère.

NIZAM. 2n

Comme j'examinais, à l'angle d'un carrefour, les piliers fort joliment sculptés d'une bibliothèque indigène,' un babou qui se tenait sur le seuil m'invita poliment à entrer. Je me reposai quelques instants dans une grande salle, organisée à l'instar de nos cabinets de lecture. Les murs étaient tapissés de cartes géographiques ; sur une table étaient épars une quantité de journaux, en hindoustani, guzerate, tamonl et aussi en anglais. Un certain nombre de natifs lisaient tranquillement. Si je relate ce fait, sans importance par lui-même, c'est pour avoir l'occasion de faire remarquer que l'instruction est bien plus répandue parmi les indigènes qu'on ne le croit généralement. Tous ceux qui appartiennent aux castes élevées montrent le plus grand désir de s'instruire et sont parfaitement au courant des événements et de la politique européenne. Presque tous, outre leur langue maternelle, parlent et écrivent le persan et l'anglais. Dans toutes les villes de quelque importance, il existe des établissements dans le genre de celui dont je viens de parler, native Ubraries, à l'usage des indigènes. On y voit toujours un grand nombre de lecteurs.

Sortant de la ville par une route délicieuse, ombragée d'arbres gigantesques, je me trouve bientôt près d'un vaste étang au centre duquel est une île couverte d'une végétation exubérante. Sur les bords de cette pièce d'eau s'élèvent plusieurs temples hindous, une mosquée, et un curieux pavillon, ancienne propriété du peichvpah. De l'autre côté, en face, se dresse la colline sacrée de Parvati.

^l'i PhOWK,%ADE DASS I/IXDE ET A CEYLAX.

Pour y 'arriver, je traverse aa misérable hameau où de pauvres femmes sont occupées à pétrir la bouse de varbtf; afin de la convertir en galettes combustibles. J'observe, en passant, Tadresse avec laquelle elles lancent b'S boules malléables qui viennent s'aplatir contre les murailles, formant ainsi, quelquefois à une assez grande hauteur, des rangées symétriques et régulières de disqu( s qui en peu de temps, sous Finfluence des rayons solaires, se dessèchent et deviennent durs comme du bois.

In chemin pavé de quatre-vingts dalles inclinées, formant Pj^calier, conduit au sommet du monticule, où s'élèvent trois temples, dont le principal a été construit en 1749. On y voit, assez mal du reste, à cause de Tobscurité qui règne dans Tintérieur éclairé seulement par quelques lampes fumeuses, une statue en argent de Siva tenant sur ses genoux deux Cgurines que Ton dit être en or massif et qui représentent le dieu Ganesh et la déesse Parvali. Près de là se trouvent les ruines du palais du dernier souverain de Pounali; cet édiGce, par une coïncidtMicc sin;]ulière, fut incendié et complètement détruit par le feu du ciel dans la môme année qui vit la fin (le la puissance mahralto. On montre encore la fenêtre d'où le peicliwiih assista à la déroute de son armée, le I" novembre 1817.

,\c regagne lentement les cantonnements anglais par un chemin ombreux qui contourne le tank et serpente à travers de frais jardins arrosés selon la méthode indienne. I)eii\ b:enfs attachés h un cordage descendent un plan

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incliné dont la partie supérieure aboutit à l'orifice d'un puits, hissant par ce moyen une outre pleine d*eau qui, arrivée au niveau du sol, se déverse dans des rigoles ménagées à cet effet. Ils remontent ensuite la pente à reculons, pour la redescendre du même pas tranquille et lent.

J'ai déjà eu Toccasion de parler de la familiarité des animaux; c'est l'une des choses qui frappent le plus l'étranger nouvellement arrivé dans l'Inde. Ainsi, pendant que j'écris, de jolis pelils écureuils descendent des arbres du jardin et viennent jouer sur le sable, au seuil de ma porte. Tout près de moi, dans ma chambre, un corbeau se tient perché sur Pappui de la fenêtre ouverte, pendant que trois ou quatre moineaux , à peu près pareils aux nôtres, voltigent sur les meubles sans se préoccuper autrement de ma personne. Ce matin, dans la salle à manger, ils étaient au moins une douzaine, picorant sur la table, prélevant leur part sur les plats qu'on nous servait et venant effrontément becqueter jusque dans mon assiette.

21 décembre. — J'ai quitté Pounah hier soir à neuf heures. Dans le compartiment où j'ai pris place se trouvaient déjà un certain nombre de voyageurs, Parsis, Hindous, Portugais et Anglais. Un pareil mélange de races est fort rare dans le Bengale, oii les natifs ne voyagent guère qu'en troisième classe. Mais dans la présidence de Bombay les mœurs paraissent différentes ; les indigènes sont moins serviles et ont plus de tendance à contracter des habitudes européennes.

A la station de Dhood , la plupart des voyageurs descendent pour prendre la ligne nouvellement ouverte, qui rejoint par Ahmednuggur le chemin de fer de Calcutta, évitant ainsi à la fois un grand détour vers Touest et le double passage des Chattes.

Je lie conversation avec le seul compagnon qui me reste, un Anglais qui a quitté Londres le 30 novembre dernier. Demain matin il sera à Madras; en vingt-deux jours, il aura traversé toute TEurope de Calais à Brindisi, la Méditerranée, le canal de Suez, la mer Rouge, Tocéan Indien et toute la péninsule de THindoustan, de la côte de Malabar à celle du Coromandel.

A cinq heures du matin , arrêt à Sholapour, 52,000 habitants, importante station. C'est là que le voyageur désireux de visiter Tune des plus étonnantes curiosités de rinde devra quitter la voie ferrée pour se rendre à Bijapour, ancienne capitale d'un royaume musulman fondé en 1489 et conquis par Aurengzeb en 1636. Il aura quatre-vingt-douze kilomètres à faire en tongaj mais il sera amplement récompensé de ses fatigues par la vue étrange d'une ville abandonnée, dont les mosquées, les palais et d'innombrables édifices sont encore dans un état parfait de conservation. Cette splendide métropole, où s'agitaient autrefois plus d'un million d'habitants, en compte à peine 10,000 aujourd'hui. Malheureusement le temps me manquait pour faire cette intéressante excursion.

Nous traversons un immense plateau qui s'étend à perte de vue avec de légères ondulations ; la campagne

est triste et monotone; les arbres y sont clair-semés. C'est le Deccan , terme générai sous lequel on désigne habituellement le vaste territoire compris entre la Nerbudda, le fleuve Kistnah, et quelquefois aussi, par extension , tout le reste de la péninsule jusqu'au cap Comorin, par opposition avec THindoustan proprement dit, dont le nom s'applique plus spécialement aux provinces du Nord.

A huit heures, on aperçoit sur la gauche une agglomération de djùnies et de blancs minarets ; nous sommes à Goolburga, première station du Nizam. Ce titre, porté par le souverain d'Hiiïderabad , sort égalemient à désigner le teiTitoire soumis à son gouvernement.

Une heure après je quitte à Shahabad, 403 kilomètres de Pounah, le train, qui poursuit sa route vers Madras. La ligne d'Haïderabad, d'une longueur de 206 kilomètres, appartient au Nizam; le matériel en est fourni par la Compagnie du Grand Péninsulaire indien, chargée de son exploitation.

Pondant toute la journée nous roulons lentement, par une température de 30°, à travers une contrée aride et presque déserte. Les rares villages que Ton aperçoit sur la route sont tous fortiGés; quelques plantations de pa'miers interrompent seules la monotonie du paysage. Une heure avant d'arriver à Haïderabad, la nature change d'aspect; le terrain devient accidenté; des rochers dénudés se montrent à la surface du sol, de longues traînées de blocs granitiques apparaissent, curieusement empilés /es uns sur les autres, et affectent les formes les plus bizarres.

Au pied de ces monticules pittoresques, serpontenî, de frais vallons, dont le fond est occupé par une nappe d'eau limpide; sur les pentes gazonnées, le riz est cultivé en terrasses. Après avoir suivi pendant quelque temps les contours d'un grand lac artificiel , le chemin de fer s'engage sur une chaussée que les eaux viennent battre de chaque côté, et, regagnant la terre ferme, s'arrête peu après devant une station monumentale, de style indo-arabe, toute badigeonnée de blanc et aux vastes quais ornés d'une multitude de pots de fleurs. Au loin, à travers un fouillis d'arbres, on distingue les hautes murailles de la vieille cité musulmane.

Le terminus de la ligne est à dix kilomètres plus loin , dans les cantonnements anglais de Secunderabad. Je trouve à la gare un Parsi qui me conduit à son hôtel , maison d'assez pauvre apparence, où nous arrivons à la nuit tombante.

22 décembre. — J'ai fait la connaissance hier soir, à table d'hô(e, d'un jeune Anglais qui parle français très-couramment. Je lui ai proposé de m'accompagner dans l'excursion que je compte faire à Haiderabad et à Golcondc , ce qu'il a accepté. A six heures du matin, le garry que nous avons retenu la veille vient nous prendre à r hôtel.

11 faut une autorisation spéciale pour visiter la capitale des États du nizam, ville de 350,000 à 400,000 âmes, habitée par une population musulmane ignorante et fanatique qui, à l'exception des seuls Hindous, ne tolère au milieu d'elle la présence d'aucun infidèle. Mais je ne dois

rester qu un jour ici, et jusiement ce jour est un dimanche ; je ne puis donc songer à demander au résident anglais une lettre de recommandation pour sir Salar-Jung, ministre de Sa Hautesse. J'avais été prévenu à Thôtel qu'il n'était pas prudent de s'aventurer dans l'intérieur de la ville, surtout à pied et sans escorte, et que pour le moins je m'exposais à être insulté par la populace; on m'avait cité l'exemple de plusieurs Européens qui avaient failli être massacrés et qui, ayant porté plainte à l'autorité britannique , n'en avaient obtenu que cette réponse : « Vous saviez qu'il n'était pas permis d'aller à Haïdefahad. Qu' alliez-vous y faire ? Nous ne pouvons rien pour vous; cela ne nous regarde pas. Il fallait rester à Secun^ derabad; là, nous répondons de vous. » Malgré ces renseignements peu rassurants et qui confirmaient bien tout €6 que j'avais déjà lu ou entendu dire, je résolus de me passer de la permission et de tenter l'aventure, encouragé, du reste , par la présence d'un compagnon au fait des usages du pays et en parlant couramment la langue.

La route que nous suivons est large et bien entretenue; elle passe sur la digue de l'étang d'Housaïn-Sagur, petit lac de douze kilomètres de circonférence, et domine des terres irriguées, parsemées de rochers de granit. Après avoir traversé un long faubourg, nous arrivons à un beau pont jeté sur la Mousi. Les eaux sont basses; dans le lit de la rivière , une nombreuse population fait sa toilette matinale, pêle-mêle avec toutes sortes d'animaux domestiques. Le coup d'œil que l'on a, du milieu du pont, sur toule cette multitude est extrêmement pittoresque, La

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Mousi contourne les hautes murailles de la grande cité musulmane; par-dessus ses tours et ses créneaux, émergent au milieu des élégants palmiers les dômes arrondis et les blancs minarets des mosquées.

A peine avons-nous franchi les portes de la ville qu'un homme, sortant d'une échoppe, nous apostrophe en ricanant. Mon compagnon me traduit ses paroles : ce. sont de grossières injures. Mous passons outre, comme si nous n'avions rien vu ni entendu ; dans les circonstances où nous nous trouvons, c'est le meilleur parti à prendre. J'oublie bien vite cet incident, le seul, du reste, de cette espèce, qui signala notre visite à Haïderabad, à la vue du spectacle intéressant que présente la grande rue. Pour n'en perdre aucun détail, nous donnons à notre cocher l'ordre de marcher au pas. A chaque instant nous rencontrons des éléphants, magnifiques animaux de parade, richement caparaçonnés ; puis viennent des soldats du nizam , fantassins ou cavaliers , également remarquables par leur bonne tenue et leur tournure martiale. De nobles personnages, au teint presque blanc, vêtus de longues robes de soie serrées à la taille par une large ceinture dorée, s'avancent gravement soit à cheval, soit en palanquin, ou en chaise découverte, précédés par une troupe de bravi àu brillant costume ; deux pages, portant leurs armes, se tiennent aux côtés du maître ; une escorte de domestiques ferme la marche.

Les Anglais n'ont jamais occupé Haïderabad. L'habitude de porter les armes , aujourd'hui à peu près entièrement disparue du reste de l'Inde, existe encore ici comme

au temps des empereurs mogols. Toute la population mâle est armée jusqu'aux dents. Ces gens qui vaquent aux soins du ménage ne sortent pas de chez eux sans leur inséparable mousquet à mèche et tout un arsenal de poignards, de pistolets et de cartouchières à la ceinture. Voyez, sur le devant de leur porte, ces deux citoyens causant tranquillement de leurs petites affaires : sur répaule de Tun repose un énorme tromblon à gueule évasée; l'autre a le dos couvert d'un bouclier de cuir orné de clous dorés, et tient à la main un arc et des flèches. En voici un troisième qui revient du marché avec toute une charge de fruits et de légumes; il n'en porte pas moins en bandoulière un long fusil à crosse d'argent, et sous le bras un grand sabre recourbé. Les enfants, les mendiants eux-mêmes sont armés.

Cette étrange exhibition de tous les engins portatifs de destruction connus, anciens et modernes, ferait la joie d'un collectionneur. Hier, j'avais déjà vu une foule de voyageurs s'empilant, sous leur harnais guerrier, dans les wagons de la troisième classe. On les eût pris pour des bachi-bouzoucks partant en guerre ; malgré leur raine farouche , ce n'étaient probablement que de bons bourgeois inoffensifs.

On voit peu de femmes dans les rues, et presque toutes celles qu'on y aperçoit appartiennent à la plus basse classe. Les musulmanes de distinction porlent des pantalons collants et s'enveloppent d'une pièce de coton blanc qu'elles ramènent sur leur tête. Leur visage est strictement voilé, ou bien protégé par un grillage en ûi de métal qui leur permet de voir sans être vues.

Haïderabad, comme beaucoup de villes de Tlndo, est bâtie en croix. Les deux rues principales, au-dessus desquelles s'élèvent de distance en distance de hautes arcades, sortes d'arcs de triomphe d*un effet majestueux, se coupent à angle droit sur une place oii s'élève !e Char^ Minar, grand bâtiment carré flanqué de quatre minarets et percé sur chaque face d'un portail donnant accès à une fontaine centrale. Non loin de là est la Djama- Musjid ou grande mosquée, qu'il n'est pas permis de visiter.

Nous allons voir ensuite, dans un autre quartier de la ville, un caravansérail et un bazar; pour revenir, il nous fallut passer dans une rue tellement étroite, que je vis le moment oii nous allions être forcés d*y abandonner notre voiture. Il eût été alors bien facile à la population de nous faire un mauvais parti; mais je dois lui rendre cette justice, qu'elle se contenta de nous témoigner la plus parfaite indifférence.

Nous aurions voulu prolonger cette visite intéressante; mais, devant le mauvais vouloir de notre cocher, qui, à peine entre en ville , voulait déjà retourner en arrière et qui refusa absolument, je ne sais pourquoi, de nous conduire au palais du nizam, nous prîmes, à mon grand regret , le parti de revenir sur nos pas, et nous sortîmes par la même porte qui nous avait livré passage deux heures auparavant.

A quelque distance de la ville, sur la route de Secunderabad, se (rouve la Résidence anglaise, située au milieu d'un jardin oïL croissent de beaux figuiers multipliants.

C*est un vaste édifice de style grec , avec colonnades , portiques, sphinx et escaliers de granit.

Nous visitons ensuite un jardin public entouré de murs élevés, à la crête régulièrement découpée. On y trouve de Tombre et de Teau, des arbres et des fleurs, et aussi une ménagerie assez complète.

Aux environs de la station , nous prenons quelques instants de repos chez un Parsi qui cumule les fonctions de loueur de chevaux et d'épicier. Une boîte de conserves que nous découvrons dans sa boutique, et une bouteille depale-ale, forment tout notre déjeuner. Notre hôte nous fait un triste tableau du pays ; chaque jour, dit-il, il y a des assassinats, et les Européens n'y sont pas en sécurité. Dans la classe élevée, les nobles musulmans, qui sont fort civilisés et amis des Anglais, déplorent un pareil état de choses. Le gouvernement est plein de bonne volonté, mais parfois impuissant à réprimer les excès d'une multitude brutale et fanatique. Cependant de grands progrès ont été réalisés depuis quelques années, sous Fadministration éclairée de sir Salar-Jung, qui exerce le pouvoir suprême au nom du nizam encore mineur, et si la situation générale laisse encore beaucoup à désirer, elle est cependant infiniment meilleure qu'auparavant.

Dans l'après-midi, nous prenons un nouveau cheval pour nous rendre à Golconde.

Cette antique cité s'élevait à dix kilomètres au nordouest de l'emplacement actuel d'Haïderabad. Il n'en reste plus à présent qu'un mur d'enceinte à demi ruiné qui court sur les pontes d'une colline rocailleuse et déserte

et un vieux fort dans lequel nul Européen ne peut pénétrer. On dit que c'est là que sont conservés, dans les souterrains, les plus précieax joyaux de la couronne du nizani.

Dans les environs, à quelques centaines de pas de la route, on visite le cimetière qui contient les tombeaux des anciens rois de Gulconde. Ces mausolées, au nombre de douze ou quinze, sont tous construits sur le même plan et ne diffèrent guère les uns des autres que par l'ampleur des proportions et la richesse de Tornementation.

Sur une plate-forme carrée, soutenue par des piliers massifs formant une série d'arcades ogivales , s'élève en retrait le monument principal, également carré et décoré au sommet, comme à la terrasse inférieure, d'une élégante balustrade ornée de petits clochetons et flanquée d'un minaret à chaque angle. Un énorme dôme, en forme de poire aplatie, type si souvent reproduit par les architectes arabes^ surmonte le tout et ajoute grandement à la beauté de rédifîce. Le plus élevé de ces monuments atteint une hauteur d'environ 40 mètres. Dans l'intérieur, un sarcophage en marbre noir, d'une extrême simplicité, occupe le centre de la salle principale , blanchie à la chaux et dépourvue de tout ornement.

Quelques-uns de ces tombeaux portent encore la trace de belles mosaïques émaillées aux plus vives couleurs, mais qui , malheureusement , sont fort mal conservées. Deux ou trois d'entre eux paraissent complètement abandonnés; des arbustes croissent jusque sur les coupoles arrondies ; de hautes herbes ont envahi les terrasses ; les

racines des arbres ont disjoint les escaliers de granit ; des troupeaux de buffles errent mélancoliquement sous les arcades et souillent le marbre qui recouvre la cendre des sultans.

Cependant le plus grand nombre de ces lombes est en assez bon état ; il en est de même des petites mosquées voisines. Les jardins environnants sont bien entrelenus, ornés de fleurs et plantés d'arbres fruitiers. L'eau courante y circule à profusion. ^

Le silence qui règne dans ces lieux solitaires, Taspect étrange de cette campagne désolée, semée de rochers fantastiques, la sauvagerie du site , tout contribue à augmenter Fimpression profonde causée par la vue de ces monuments grandioses, derniers vestiges d'une antique splendeur. Un cimetière royal et quelques fortifications délabrées, voilà tout ce qui subsiste aujourd'hui de Golconde la Superbe, de la fameuse capitale dont les richesses inépuisables ont rendu le nom célèbre dans l'univers entier !

L'importance de Secunderabad ( la ville d'Alexandre ) s'est beaucoup accrue depuis l'ouverture du chemin de fer. C'est là que sont cantonnées en partie les troupes du contingent du nizam, commandées par des officiers anglais. Comme dans tous les points occupés par les Européens, on y voit de jolis cottages, de vastes pelouses et de beaux ombrages. Partout les routes sont magnifiques ; de belles pièces d'eau existent dans le voisinage. 11 y a aussi un champ de courses et un jardin public où vient jouer la musique mililairc. Secunderabad renferme

une population de 40,000 habitants; son élévation est de 600 mètres au-dessus du niveau de la mer ; le climat y est sain, quoique très-chaud pendant Fêté.

Le royaume du Nizam, situé entre IB"" et 21« de latitude nord, 73« et 79"* de longitude est, occupe la partie centrale du Deccan. Il est entouré de tous les côtés par les possessions anglaises. Sa plus grande longueur est de 624 kilomètres , sur une largeur moyenne de 400 ; sa superGcie, de 247,000 kilomètres carrés, égale à peu près la moitié de celle de France. C'est le plus considérable des États tributaires de Tlnde.

On évalue sa population à 10,700,000 âmes, non compris les 2,200,000 habitants des cinq districts du Bérar, administrés par un commissionership sous Tautorité du résident d'Haïderabad. Le Bérar est la plus fertile province du Deccan et Tune des plus riches de Flnde entière; le quart de son territoire est cultivé en coton. On y trouve aussi des mines de sel et de charbon.

Au commencement du quatorzième siècle, le pays où s'étend actuellement la domination du nizam fut conquis par les musulmans sur les rajahs hindous. Plus tard, il Gt partie de Tompire d*Aurengzeb, qui nomma un de ses officiers vice-roi du Deccan , avec le titre de nizam. Pendant toute la seconde moitié du dix-huitième siècle, rhistoire d'Haïderabad est intimement liée à celle de la France. Dupleix, alors gouverneur général des possessions françaises dans Tlnde, profitant avec habileté des guerres civiles qui désolaient le pays , avait réussi à établir TinQuence de la France d'une manière prépondérante

sur la plus grande partie du Deccan. Cet homme supérieur rêvait pour son pays le rôle politique que les Anglais, alors uniquement préoccupés des affaires commerciales , devaient jouer plus tard avec tant de succès. Le marquis de Bussy, son digne auxiliaire , commandait un corps de troupes choisies, et était tout-puissant à la cour du nizam. Les Anglais , voyant leur fortune compromise , ne négligèrent aucun moyen pour faire échouer les projets grandioses de Dupleix. A la suite d'intrigues ténébreuses, ils arrivèrent à leurs fins en faisant rappeler ce dernier au moment où son système allait triompher définitivement, à la veille du jour où ce génie incompris allait donner un vaste empire à son ingrate patrie. Sur un ordre parti de Versailles, nous dûmes évacuer tous les territoires conquis; un simple trait déplume nous contraignit à déposer sans nécessité et sans espoir de retour un pouvoir qui s'étendait sur plus de 35 millions d'âmes.

Il serait trop long de rappeler ici les exploits des de Bussy et des Raymond, et tous les faits héroïques qui signalèrent cette triste mais glorieuse époque. Une pareille énumération n'entre pas dans le cadre de ce récit.

Le nizam, abandonné par la France, eut à soutenir de longues guerres contre les Mahrattes et les Anglais. Tombé sous la domination de ces derniers, il les aida dans la lutte contre le Mysore et Tippoo, et conserva, en retour, la majeure partie de ses États.

En 1857, le gouvernement d'Haïderabad resta toujours le fidèle allié de l'Angleterre . L'habileté de sir Salar-Jung, l'homme d'État distingué qui préside encore aujourd'hui

aux destinées du Nizam , parvint à calmer Teffervescence populaire et à éviter toute crise sérieuse. S*il en eût été autrement, si les cipayes insurgés du Bengale avaient trouvé un appui actif dans la population guerrière et fanatique du Deccan , on peut affirmer que les présidences de Bombay et de Madras, jusque-là hésitantes, eussent été entraînées par Texemple ; les Anglais , alors , auraient été infailliblement balayés du sol de Flnde.

Aussi TAngleterre n'oublie pas le service que le nizam lui a rendu à cette époque difficile, et bien qu'aujourd'hui sa puissance soit établie d'une manière indiscutable , elle tient à ménager son ancien allié, en lui laissant toutes les apparences de l'indépendance. Le nizam a son chemin de fer, ses douanes; il émet des timbres-poste et frappe monnaie. La roupie de Sa Hautesse ne vaut que les trois quarts de celle qui porte l'effigie de la reine Victoria ; la fabrication en est peu soignée. Quant à la monnaie de cuivre , elle se compose de petits carrés découpés grossièrement dans une plaque de métal d^une épaisseur de cinq millimètres.

23 décembre, — Ce matin , en réglant la note que me présente mon mailre d'hôtel parsi , mes yeux se portent sur l'annotation suivante, imprimée en tête du bill: » On est prévenu que, faute de payement dans le délai de trente jours, les sommes dues porteront intérêt à raison de 12 pour 100 par an.n Je remarque aussi que le tarif imprimé de l'hôtel vient d'être surchargé, très-probablement à mon intention . Tout en félicitant mon aubergiste sur son habileté à faire fructifier ses valeurs, je lui donne en

payement un billet de dix roupies qui dépasse de deux ou trois roupies la somme que je lui dois. Comme toujours, j^éprouve la plus grande difficulté à rentrer dans mes avances; mon hôte n*a point de monnaie; il en cherche vainement chez ses voisins. Cependant Fheure presse ; mais ce n^est qu*à la station du chemin de fer , et au moment même du départ, que je touche enfin mon reliquat de compte. Je me garderais de citer ce fait , s'il ne s'était reproduit plusieurs fois dans des circonstances analogues. J^ai peine à m'expliquer cette pénurie de numéraire que j*ai constatée souvent, même dans des établissements commerciaux d*une certaine importance.

Il n'y a qu^un seul train par jour sur le chemin de fer du nizam , et encore ne marche-t-il qu'à raison de vingt- quatre kilomètres à l'heure. C'est exactement la vitesse moyenne des paquebots des Messageries maritimes. A Shahabad, où j'arrive à trois heures du soir, il me faut attendre Tunique train de Madras, qui ne part que demain.

Je vais me loger à un petit hôtel nouvellement créé par un babou , à peu de distance de la gare et à proximité d'un jardin public où je fais une abondante récolte de graines de fleurs et d'arbustes. La station est établie en rase campagne ; il n'y a absolument rien à voir aux environs. A dire vrai, je n*en suis pas fâché; après la vie si active que je mène depuis longtemps, j'éprouve quelque bien-être à prendre une demi-journée de repos. La soirée est calme, le coucher du soleil splcndide. Pendant ma promenade sur la route , je rencontre une cavalcade de bébés anglais ; leurs poneys sont guidés par des dômes-

tiques indigènes. Rien de comique comme le sérieux de ces petits personnages , dont le plus âgé n'a pas plus de cinq ans.

24 décembre. — Je partage le déjeuner de la table d'hôte avec un missionnaire américain et sa femme. Leur présence à Thôtel m'explique la découverte que j'ai faite ce matin , près de la porte de ma chambre, et au milieu des plantes grimpantes qui garnissent la véranda, de diverses petites brochures bibliques. Si l'œuvre de prosélytisme du saint homme se borne , comme il est permis de le supposer, à cette innocente distribution, elle n'a rien de bien pénible, surtout lorsque dans l'accomplissement de sa mission on a la chance d'être aidé par une compagne aussi charmante que la sienne. Cependant le jeune couple parait avoir besoin de réparer ses forces : les plus coriaces côtelettes, les quartiers de buffle les plus rétifs, rien, sauf le pain, ne trouve grâce devant leur appétit vraiment phénoménal.

Départ de Shahabad à neuf heures et demie du matin. Distance de Madras, 681 kilomètres.

A la station de Yedagherry, château fort, curieusement perché sur un rocher à pic. Peu après, beau pont sur ' le Kistnah. En cette saison, tous ces grands fleuves de l'Inde se ressemblent. Les eaux sont fort basses; le courant se fraye un passage tortueux au milieu d'immenses bancs de sable.

llaichore y où nous arrivons à une heure , est le point de jonction du Great îndian Peninsula avec le Madras- Railtvay. Les wagons de cette dernière Compagnie offrent

moins de confortable que ceux des autres lignes. It est juste d'ajouter que le tarif en est moins élevé, et que le prix des places en seconde classe ne représente que les deux cinquièmes de celui des premières. Il n'y a plus que trois classes au lieu de quatre.

La rivière Tongabudra , que nous traversons ensuite , marque la limite entre les possessions du nizam et «le territoire directement soumis à T Angleterre. Même aspect que le Kistnah : lit à moitié desséché, et peu d^arbres sur les rives. Les grands roseaux au panache argenté , si communs dans le Nord et d'un si charmant effet, ont disparu depuis quelque temps. De chaque côté de la voie, règne une haie continue de beaux agaves aux feuilles acérées. •

A Goundacul, un embranchement de cinquante et un kilomètres conduit à Bellary, ville de 50,000 âmes, cheflieu des Ceded-Dislricts , qui faisaient autrefois partie de l'Etat de Mysore. Tout ce pays vient d'être ravagé par une affreuse famine.

Arrêt d'une demi-heure à Tadputri , pour le dîner. Sur le chemin de fer de Madras, on délivre dans les principales stations des tickets pour les repas à prendre dans les buffets de la ligne. Le voyageur qui a eu la précaution de s'en procurer à Tavance obtient une réduction d'une demi-roupie sur le prix du tarif.

A Guddapah, petite ville de 16,000 habitants, un juge indigène vient prendre place dans mon compartiment. La conversation ne tarde pas à s'engager. Il m'accable de questions sur l'Europe en général et la

France en particulier, et paraît prendre un vif intérêt aux renseignements que je lui donne. Je l'interroge à mon tour sur les hommes et les choses de son pays. Il m'apprend que ses fonctions lui rapportent deux cents roupies par mois. C^est un brahme. Il me montre le cordon signe dislinctif de sa caste , et qu'il porte en bandoulière sous ses vêtements , de l'épaule gauche à la hanche droite. Ce cordon se compose de trois petites ficelles roulées ensemble et formées chacune de neuf Ois. Le coton qui sert à sa fabrication doit être récolté par un brahme ; de plus , il doit être filé et cordé par des personnes de cette tribu , de manière à ne pas contracter de souillures en passant par des mains impures. Lorsqu'un brahme est marié , le cordon qu'il porte doit se composer de neuf ficelles au lieu de trois.

25 décembre. — Celte nuit a été moins fraîche que les précédentes. Le thermomètre ne s'est pas abaissé audessous de 26\

Au point du jour, la campagne a complètement changé d\aspect. Pendant toute la journée d'hier, nous avions voyagé au milieu d'une contrée assez triste et à peu près complètement dépourvue d'arbres; à un plateau rocailleux , oii s'élevaient çà et là des monticules isolés , composés de blocs énormes entassés en désordre , comme par suite de quelque gigantesque éboulement, succédait une vallée resserrée entre deux rangées de basses collines de formation granitique. Le sol ne retrouvait sa fertilité que de loin en loin , aux alentours des réservoirs artificiels destinés à l'irrigation des terres. Aujourd'hui, nous tra-

versons une plaine entrecoupée de canaux, dont les riches cultures , d*un vert éclatant, s'étendent à perte de vue , entremêlées de bois de palmiers.

A six heures et demie, nous sommes en gare de Madras. Je suis fort étonné de ne point trouver le soleil exact au rendez-vous matinal. Pour la première fois depuis mon départ de Calcutta, le ciel m' apparaît touvert de nuages.

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