CHAPITRE XIII
MiiDRAS Madrat. — Bangalore. — Le Blysore.
Madras a longtemps passé pour la cité la plus populeuse de rinde; cependant le recensement de 1871 ne lui donne que 400,000 habitants. Bien que dépassée par ses heureuses rivales, Calcutta et Bombay, beaucoup plus avantageusement situées pour le commerce, elle conserve encore le premier rang sous le rapport de .l'étendue. Du nord au sud, la ville se développe en ligne droite le long de la côte, depuis le faubourg d*Attapuram jusqu*à la rivière Adyar, sur une longueur de quinze kilon êtres avec une largeur moyenne, de Test à J'cuest, d'environ six kilomètres, par 13® 4' latitude nord et 78" 33^ longitude est.
Au centre, sur le bord de la mer, s'élève le fort Saint* George, séparé de la ville par une immense esplanade autour de laquelle s'étendent divers quartiers formant autant de cités distinctes. C'est d'abord Black-Town (la ville noire) avec son église catholique, ses boutiques portugaises, et son interminable ligne d'ofCces et de magasins se déroulant le long du rivage. Puis la ville hindoue, avec ses rues étroites se coupant à angle droit, ses huttes de boue entassées les unes sur les autres, et ses bazars
OÙ s*agîte constamment tout un peuple bronzé et à demi nii. Du côté opposé se trouve TripKcane^ grand village mahométan, avec ses mosquées et ses maisons basses abritées par les cocotiers. Entre ces différentes villes natives, et tout autour d*elles, s'étendent les quartiers habités par les Européens. Ce sont de larges avenues plantées de beaux arbres et bordées de jardins au milieu desquels on aperçoit des églises, des constructions monumentales, des colonnades grecques et une foule de maisons qui, chez nous, passeraient pour des palais.
Il n'y a pas plus de 4,000 Européens à Madras. On estime le nombre des Eurasiens ou métis portugais à 12,000, et celui des musulmans à 60,000. La partie restante de la population, soit un peu plus des trois quarts du chiffre total, est hindoue.
La fondation de Madras remonte à Tannée 1639. A cette époque, les Anglais achetèrent d'un rajah un ter» ritoire d'une lieue carrée, sur lequel ils établirent un comptoir et construisirent le fort Saint-George. La ville comptait déjà plus de 100,000 habitants lorsqu'elle fut prise, en 1746, par les Français commandés par la Bourdonnais. Deux ans après, le traité d' Aix-la-Chapelle la rendit à l'Angleterre.
Elle est le chef-lieu d'une présidence divisée en vingt et un districts, comprenant une superficie de 3,683 myrîamètres carrés et 31 ,500,000 habitants. Trois États natifs, Travancore, Cochin et Poudoucottah, sont en relation directe avec elle. L'administration civile est entre les mains d'un gouverneur assisté d'un conseil de treize
membres et subordonné au gouverneur général des Indes.
Madras ne possède qu*une rade ouverte où la mer, en fout temps, bat la côte avec violence. Les navires mouillent à trois kilomètres au large. Le débarquement y est encore plus difOcile qu'à Pondichéry, surtout pendant la mousson du nord-est, qui dure d'octobre à mars. On emploie à cet effet des massoulas, bateaux de pèche d'une forme particulière, et lorsque le temps est mauvais, il est prudent de se faire accompagner de plusieurs catimarons destinés à recueillir les passagers en cas d'accident. Nous avons déjà parlé de ces radeaux insubmersibles, seuls capables de tenir la mer en ces parages. Par un temps calme, le ressac se fait sentir à cent mètres de la côte, avec une vague de un mètre seulement. Mais lorsque le vent souffle de l'est, la lame commence à se briser à trois cents mètres et atteint une hauteur de quatre à cinq mètres. Il est toujours plus dangereux d'aborder que de gagner le large. Des trois lames que Ton a à franchir pour atteindre le rivage, la dernière est de beaucoup la plus formidable.
Pour remédier en partie à ces inconvénients, on a construit un magniCque embarcadère, dont la charpente en fer repose sur d'énormes blocs de béton. En ce moment on travaille à créer un port, au moyen de l'établissement d'un brise-lame destiné à se prolonger en mer jusqu'à un point situé hors des atteintes du ressac. Par ces travaux gigantesques, on espère attirer le commerce maritime. A l'époque de mon passage, huit ou dix navires seulement étaient au mouillage.
Malgré cette situation défavorable, Madras communique avec Calcutta, TËurope et Fextrême Orient, au moyen de plusieurs services réguliers de bateaux à vapeur dont les principaux sont la Compagnie française des Messageries maritimes et la Péninsulaire anglaise. Deux fois par mois « les steamers de la British-India traversent le golfe de Bengale entre Madras et Moulmein, desservant les principaux ports de la côte des Circars et de la Birmanie.
La saison des pluies commence en juillet et finit en décembre. Mai et juin sont les mois les plus chauds; janvier et février, les plus frais. Pendant toute Tannée la température ne varie guère de 28*^. à 35% sans s^abaisser jamais au-dessous de 23<* et s^élevant rarement au-dessus de 40**. Le climat y est sain, et les chaleurs moins étouffantes qu^à Calcutta.
Je passai trois jours entiers à, Madras. Ce temps est bien suffisant pour se former une idée générale de cette ville immense et en parcourir les principaux quartiers.
J'avais retrouvé avec plaisir la cuisine et le service français dans le petit hôtel MalaTsoff, bien connu de tous les capitaines de notre marine marchande. Ce modeste établissement , avantageusement situé dans la ville noire, en face des beaux arbres de Fesplanade et à proximité de la mer, se recommande en outre par la modération de ses prix. Sa propriétaire, madame de Doncker, est originaire de Pau ; elle aime à rendre service à ses compatriotes ; plus d'un a reçu chez elle une hospitalité désintéressée. Moyennant la modique somme de deux
302 PROMENADE DANS L'iNDE ET A GEYLAN.
roupies par jour, j*avais à ma disposition le garry de la maison, et j'en usai largement. Je vais esEayer de résumer en peu de mots ce que j'ai vu de plus intéressant daps mes différentes courses.
Pour se rendre au fort Saint-George, il faut traverser Tesplanade et passer au pied du phare, helle construction de granit qui s'élève, en forme de colonne dorique, jusqu'à la hauteur de quarahte mètres. Le fort est un polygone irrcgulier, imitant un demi-cercle dont le diamètre s'étendrait du nord au sud, faisant face à la mer sur une longueur de cinq cents mètres. Sur toute cette étendue, les flots viennent battre un rempart de pierre à l'épreuve de la violence du ressac. Du côté de la terre, les fortifications sont également formidables. Dans l'intérieur se trouvent des casernes pouvant loger mille soldats avec leurs officiers. On y voit aussi une église, une imprimerie, la trésorerie, l'arsenal, et la plupart des bâtiments de l'administration civile et militaire. Au milieu d'une place, devant le palais des membres du conseil, s'élève la statue de marbre de lord Comivallis, qui fut deux fois gouverneur général des Indes. Dans une île formée par la rivière Kuam entre le fort et les jardins du gouvernement, on remarque la statue équestre en bronze de sir Munro, homme d'État distingué, mort en 1827.
Non loin de là se trouve le palais des nababs du Carnatic, intéressant spécimen de l'architecture musulmane, et dans un grand parc voisin, la résidence du gouverneur de Madras, qui n'a de remarquable que sa belle colonnade en style gréco-romain.
La cathédrale, dédiée à saint George, vaut la peine d^élre vue. Elle est située au milieu d*un vaste terrain planté de beaux banians, et renferme plusieurs monuments de marbre, œuvres du sculpteur anglais Chantrey. Une famille hindoue visite Téglise en même temps que moi ; le gardien oblige les hommes à quitter leur turban, bien que déjà, en signe de respect, ils aient laissé leurs chaussures à la porte.
Attenant au mur d'enclos, sont les jardins de la Société d'horticulture, de peu d'étendue, mais fort intéressants par la diversité des plantes et des arbres magnifiques provenant en grande partie de Madagascar , de Java et de l'Amérique équinoxiale. Sous le climat humide et chaud de Madras, tous ces végétaux semblent se développer avec autant de vigueur que dans leur pays d'origine.
Tandis que je prends quelques instants de repos sous Tombre épaisse d'un bosquet de bambous, un jongleur à demi nu vient s'accroupir à mes pieds et, avec une habileté incroyable et sans autres accessoires qu'un petit sac et un mouchoir, exécute pour moi seul plusieurs tours d'adresse dans le genre de ceux que j'ai déjà vus il y a quelques semaines, lors de mon passage en rade de Madras. Avec une petite pièce blanche, je le renvoie satisfait.
Mount-Road est la principale rue du quartier européen. C'est un immense boulevard, très-large, planté de tulipiers et de multipliants, et qui s'étend en ligne droite sur une étendue de plusieurs kilomètres depuis l'espla-
nade jusqu'à Lony^Tank, C^est là que sont les plus beaux magasins et les plus jolies villas. Le club de Madras, magniGque établissement, parfaitement aménagé, véritable modèle du genre, se trouve dans les environs. Il paraît que Ton peut s'y loger et y vivre à des prix trèsmodérés.
Le Musée est assez riche en antiquités , sculptures et bas-reliefs hindous. On y voit aussi une curieuse série d'armes et de monnaies anciennes. Plusieurs salles sont consacrées aux objets d'histoire naturelle, dont le nombre s'accroît de jour en jour. J'y remarque une collection très-complète de poissons aux formes les plus bizarres et les plus hideuses, variés à l'inHui et provenant tous de la côte du Carnatic.
Je visitai aussi le People's-Park, qui s'étend sur les bords du canal Cochranc avec de vastes pelouses entrecoupées de massifs et de jardins oii sont disséminés des pavillons rustiques et des enclos grillagés où vivent, dans une dcrai-libcrté , une foule de quadrupèdes et de volatiles particuliers à l'Inde. J'y ai vu des tigres de toute beauté et d'une taille véritablement extraordiniire. An milieu du parc s'élève un kiosque entouré d'un parterre de fleurs et de plantes grimpantes. Presque tous les soirs on peut y entendre la musique des cipaycs. C'est là que j'eus l'occasion unique de voir un natif en état d^'vresse; il ne larda pas, du reste , à être expulsé par ses propres compatriotes. En outre , un surveillant anglais lui admî« nistra une sérieuse volée, qu'il reçut en pleurnichant comme un enfant.
. Deux compagnies de chemin de fer desservent la présidence de Madras et ont leur terminus dans Tintérieur de la ville. La plus importante est le Madras^Railway , dont la gare monumentale s*élève sur Tesplanade à proximité du parc et de la ville noire. La ligne, après un parcours de soixante-sept kilomètres directement à Touest, se bifurque en deux branches, dont Tune, se dirigeant an nord-ouest, se soude, ainsi que nous Tavons déjà dit, au Grand-Péninsulaire, tandis que Tautre, inclinant au sud-ouest, traverse toute la péninsule et vient aboutir à Beypore, sur la côte de Malabar, après un trajet total de six cent cinquante-trois kilomètres^
L^autre compagnie est le South- Indian^ Railway . La voie , en quittant Madras , se dirige au sud , à peu près parallèlement à la côte de Goromandel , passe à Porto- Novo, Tanjore, Trichinopoly, et aboutit au port de Tuticorin, voisin de la pointe méridionale de Tlnde. C'est sur cetle ligne principale que se rattachera Tembranchement de Pondichéry, actuellement en construction.
Ces deux compagnies exploitent en outre d'autres voies secondaires qui les relient entre elles et les mettent en communication avec les points les plus importants de la présidence.
Pendant presque tout le temps démon séjour à Madras, le ciel resta chargé de nuages. Une agréable brise de mer rafraîchissait l'atmosphère , et le thermomètre se maintenait, de jour comme de nuit, aux environs de 28". Cette température, en somme très-supportable, me permit de faire quelques promenades à pied. Habitué comme
je l'étais à ne me risquer au dehors que sous la double protection de mon casque et de mon parasol, j'éprouvais un plaisir extrême à sortir la canne à la main, sans avoir la préoccupation constante d'éviter les rayons d'un soleil impitoyable.
Dans une de mes courses à travers les quartiers indigènes, oii j'aimais particulièrement à errer à ma fantaisie, à la recherche de scènes intéressantes, j'arrivai par hasard, sur les bords d'un étang, devant l'entrée principale d'une grande pagode. Sur les gradins de pierre, une foule de personnes des deux sexes faisaient en commun leurs ablutions. Je m'étais arrêté pour contem-> pler ce spectacle, lorsque survint un éléphant sacré portant, soigneusement peint sur son vaste front, l'emblème des adorateurs de Vichnou, c'est-à-dire deux lignes obliques de couleur blanche, se rejoignant par le bas en forme de V, avec un trait rouge tracé perpendiculairement au milieu. L'énorme animal fait halte devant moi en balançant sa trompe. Je savais ce que cela voulait dire. Tirant de ma poche un païssa, je le lui présente; il le prend de mes mains, mais pour le rejeter presque aussitôt à terre en me soufflant légèrement au visage en signe de mépris. Les Indiens présents à la scène se mettent à rire, et l'un d'eux m'explique que, mon offrande étant trop faible, l'éléphant l'avait trouvée indigne de lui. Je lui tends alors une petite pièce de deux annas en argent; il la saisit délicatement, et la donne à son mahout; puis il me fait un beau salant, Icvaiit à trois reprises sa trompe en l'air, secouant ses larges oreilles et
me montrant sa gueule béante, ce qui est, paraît-il , sa manière de remercier.
J'aimais aussi à me promener le long de la plage, sur le sable fin où les vagues déferlent sans relâche avec un fracas épouvantable. Là je passais des heures entières à observer les manœuvres hardieâ des catîmarons. Je ne pouvais me lasser d* admirer ces hommes à moitié amphibies qui, toujours debout et calmes au milieu des flots déchaînés, paraissent marcher à la surface de la mer, et dirigent d'une main sûre, à travers tous les obstacles, la poutre mal équarrie qui seule les sépare des abîmes de rOcéan. Je regardais aussi les grosses massoulas avec leurs dix ou douze rameurs, hurlant et battant la mer en mesure. Je m'étonnais de les voir franchir sans accident la triple ligne du ressac. Trois fois la barque, plongeant de l'avant, disparaissait sous l'écume pour reparaître un instant après au sommet d'une nouvelle montagne liquide. Puis, lorsque l'embarcation venait définitivement s'échouer sur le rivage, des femmes, ces malheureuses bêtes de somme de l'Inde, aidaient à décharger d'énormes blocs de glace, provenant des vastes flancs d'un navire américain mouillé au large. Elles allaient ensuite en longue file, transportant sur la tête leur pesant fardeau à plus d'un mille de distance. Sur leur corps nu l'eau glacée ruisselait, se mêlant à la sueur. En retour de ce pénible labeur, les infortunées créatures recevront quelques sous à la fin de la journée.
Le long de la jetée, des enfants pèchent à la ligne. Je les vois prendre de gros crustacés, ou bien des pois-
sons de forme étrange, aux plus brillantes couleurs.
Un jour, sur une partie de Tesplanade avoisinant la ville noire, mon attention fut attirée par des étendards bariolés flottant au sommet d*une douzaine de mâts reliés entre eux par des guirlandes et des festons d'étoffes de couleur. Je me rendis sur le lieu de la fête; une foule compacte, composée en grande majorité d'indigènes, en garnissait les abords. C'étaient tout simplement des réjouissances organisées par les écoles chrétiennes de Madras à l'occasion de Noël. Il y avait là plusieurs centaines d'enfants des deux sexes sans distinction de couleur, mais tous vêtus à l'européenne. J'eus le spectacle d'un concours de gymnastique , de courses libres, à pieds joints, à cloche-pied, au sac; de luttes et de jeux d'adresse, etc. Garçons et filles paraissaient tour à tour sur l'arène sous la conduite de leurs professeurs ou de leurs maîtresses, qui ne dédaignaient pas parfois de prendre part aux exercices de leurs élèves, ce qui prouve combien est grande l'importance que l'on attache en pays an<]lais à l'éducation physique de l'enfant et à tout ce qui peut contribuer à développer la force corporelle. Tous faisaient preuve de beaucoup d'émulation. La foule bronzée qui assistait à ces exercices paraissait également y prendre un vif intérêt.
En quittant Paris, je m'étais muni d'une lettre circulaire du Comptoir d'escompte m'ouvrant un crédit sur ses succursales de Calcutta et de Bombay, et sur la banque do Madras. Il me restait environ cinq cents roupieç en noies de Bombay, que la banque de Madras devait
m^échanger au pair. Mais, lorsque je me présentai dans les bureaux, je trouvai la maison vide. Du 24 décembre au 2 janvier, les Anglais célèbrent le Christmas ou fêle de Noël. Les offices sont fermés, et tous les employés reçoivent congé pendant cette période de dix jours; il est alors impossible de conclure aucune affaire. J*avais en outre quelques renseignements à demander, au sujet de mon retour par Ceylan, aux bureaux des Messageries maritimes et de la Brittsh-Indm.P arioui je trouvai porte close. Les changeurs hindous proGtent de la fermeture générale des banques pour élever leurs prétentions ; je ne pus me défaire de mon papier de Bombay qu^avec une perte de 1 pour 100. D'autre part, je trouvai un prix très-avantageux de mon or anglais ; le souverain valait alors 12 roupies et 13 annas. A ce taux, la roupie me revenait. seulement à 1 fr. 97.
J'avais pris un boy de Thôtel pour m'assister dans ces diverses opérations financières et m^accompagner dans quelques courses. Mais je fus peu satisfait de ses services. Rien n'égale Fàpreté au gain de tous ces officieux, véritable plaie du voyageur, engeance voleuse, détestable, et encore plus rapace à Madras que dans toute autre ville. Jamais ils ne se montrent rassasiés. Tout ce que vous leur donnez ne fait que les exciter à demander davantage. Avec ces gens-là il faut toujours avoir la canne à la main et la menace à la bouche. 11 n'y a sorte de ruses qu'ils n'inventeront pour chercher à capter votre confiance.
Pour n'en citer qu'un exemple, voici ce qui m'arriva le jour même de mon arrivée, à ma sortie de rhôtcl. Un
grand diable de coolie passait à mes côtés; tout à coup, il s'affaisse en pleine rue comme frappé à mort. Les passants le regardent avec indifférence, sans lui porter aucun secours. Cependant le malheureux paraît sur le point de rendre Tâme : sa maigre poitrine est soulevée par des hoquets convulsifs; ses yeux se tournent; Técume lui sort de la bouche; ses dents craquent affreusement. Je m'arrête, saisi de pitié. Peu d'instants après, le prétendu moribond se soulève à demi , fixe sur moi ses regards et me demande le bakchiz. Comme je Tai appris plus tard, tout cela n'était qu'une comédie; cet homme, bien connu dans les environs , avait la spécialité d'exploiter de cette façon la charité publique. Mais la pièce avait été si bien jouée, les contorsions du saltimbanque avaient été si horribles, que, sur le moment, je m'y étais laissé prendre, et que je lui donnai en m'éloignant une petite pièce d'argent. Le plus fort de tout ceci, c'est que les quelques curieux indigènes que ce spectacle avait attirés, se mirent aussitôt à me suivre, mus comme par un sentiment instinctif, et me tendant la main pour leur propre compte. Leur apparence n'indiquait nullement la misère. Je voulus voir jusqu'où irait leur manque de dignité ; dans la menue monnaie que j'avais sur moi, je choisis les plus infîmes pièces de cuivre; à chacun j'en donnai une seule. Mon cadeau fut très-bien accepté et empoché immédiatement. En général , la race à Madras est plus belle qu'à Calcutta. Les femmes sont petites, mais gracieuses; elles savent admirablement se draper dans un costume des plus simples; leurs dents sont blanches et bien rangées.
leurs cheveux lisses et briliai)ts; elles ne se voilent presque jamais le visage. Quant aux hommes, ils sont beaucoup moins vêtus que dans le nord de Flnde; un grand nombre ne portent que Fétroit et indispensable langouti retenu autour des reins par une simple ficelle. Ils sont grands et bien faits , quoique ayant peut-être les extrémités un peu grêles. Dans le kaléidoscope vivant que présentent les rues de Madras, toutes les couleurs, toutes 4es nuances de peau sont représentées , depuis le rouge cuivré jusqu*au beau bronze noir.
La langue parlée à Madras est le tamoul, qui s'écrit avec des caractères spéciaux et qui, par la grammaire comme par le vocabulaire, est absolument étranger au sanscrit. Le canara, le télongou et les autres idiomes en usage chez les différents peuples du midi de Tlnde, ne sont que des dérivés du tamoul. Tous ces langages procèdent par agglutination ; on en a formé une famille spéciale, désignée sous le nom de dravirienne.
Il se fait à Madras une grande consommation de cigares, du reste peu estimés, provenant de Trichinopoly, de Cocanada ou de Birmanie. Ces derniers sont les moins mauvais ; mais il est difficile d'en acheter sans être t|*ompé. Dans les boutiques indigènes, c'est le vol organisé; chaque objet est surfait de quatre à cinq fois sa valeur. Il est impossible à un étranger de connaître le prix réel des choses. Vous croyez avoir fait une bonne affaire en payant une roupie pour une centaine de petits cigares birmans; et l'instant d'après vous apprenez que vous n'auriez dû donner que quatre annas (0 fr. 50 c). On
trouve aussi des cigares passables, fabriqués à Pondichéry ; ils sont gros, bien faits et, de plus, bon marché; car Facheteur au fait des usages du pays ue les paye pas plus d'une roupie les deux cent cinquante.
28 décembre, — Rien ne me retenant plus à Madras, je prends, à sept heures du matin, le train à destination de Bangalore, ville principale de FÉtat de Mysore : durée du trajet, 12 heures; distance, 349 kilomètres.
Je suis le seul Européen dans mon wagon; j*ai pou^ compagnons de route un Indien catholique, deux Hindous et un raahométan, ce dernier employé du chemin de fer. Tous parlent anglais; entre eux ils se servent même assez fréquemment de cette langue. Je remarque, encore une fois de plus, que soutenir une conversation en anglais avec des natifs m'est inGniment plus facile que si j'avais affaire à de véritables Anglais. Nous nous comprenons bien mieux. Mes voisins m'accablent de questions toutes personnelles sur le but de mon voyage, le genre de mes affaires, mes moyens d'existence. Lorsque je leurs réponds que si je parcours leur pays, c'est unîrquement pour mon plaisir, et que je ne suis nullement payé pour cela, ils se mettent à sourire et, d'un commun accord, déclarent la chose inadmissible. Tout en causant, nous nous faisons beaucoup de polilesses et d'offres réciproques de cigares et de fruits. A la fin, ils me demandent chacun une roupie, qu^'ls conserveront, disent-ils, en souvenir de notre heureuse rencontre. Naturellement je prends la chose en plaisantant. Toutefois^ à la jonction d'Arconum, je ne suis nas fâché de voir descendre tous
ces gens-là, qui commençaient à devenir un peu trop familiers.
Un embranchement de trente kilomètres, partant de la station d*Arconum, conduit à Conjeveram, ville sainte dont les pagodes hindoues jouissent d*une grande célébrité.
Arcot est la deuxième station suivante. C^est une ville forte, peuplée de 54,000 habitants et construite sur une éminence granitique dominant la rive droite du fleuve Palar, dont le lit, pendant la saison des pluies, atteint une largeur de huit cents mètres. Elle était autrefois la capitale des rajahs du Carnatîc. En 1751, elle fut prise par lord Robert Clive. L'illustre fondateur de la puissance anglaise aux Indes, Theureux rival de Dupleix, alors simple capitaine, y soutint victorieusement avec une poignée de soldats un siège mémorable contre une armée de 10,000 hommes. Reprise en 1758 par les Français commandés par Lally, Arcot tomba de nouveau, en 1760, au pouvoir de FAngleterre.
Vellore, où nous passons ensuite, est aussi une place forte. Sa population est de 38,000 habitants. La chaleur, réverbérée par les flancs dénudés des montagnes voisines, y est excessive. C'est là qu eut lieu en 1806 une sanglante insurrection de cipayes, que les Anglais réussirent à étouffer dès ses premiers débuts.
Je suis très-satisfait de n'avoir pas suivi le conseil qui m'avait été donné, de voyager la nuit, sous prétexte qu'il n'y avait rien à voir sur la route. Du reste, en pays nouveau, je n'ai recours à cette extrémité que lorsque je ne puis faire autrement. S'il n'y a rien d'intéressant, j'ai du
moins la satisfaction de Favoir constaté par moi-même. Mais dans un pays comme celui-ci, à quelque point de vue qu*on se place, il y a toujours matière pour qui veut voir. Aux souvenirs que rappellent ces noms d'Arcot et de Vellore, si souvent mêlés à Thistoire poignante de nos luttes au dix-huitième siècle avec TAngleterre, vient s'ajouter le spectacle de la nature, des hommes et de ces mille petits riens qui passeraient inaperçus en Europe, mais qui, dans une contrée si difFérente de celle que nous habitons, excitent la curiosité de l'observateur qu'un long séjour dans Tlnde n'a point encore blasé.
Le pays que je parcours aujourd'hui diffère essentiellement de tout ce que j'ai vu précédemment. Ici, de nombreux bois de palmiers et de cocotiers donnent au paysage un aspect franchement tropical. L'eau courante, provenant de vastes réservoirs artificiels, répand la fertilité sur son passage; elle circule partout en abondance, arrosant des champs de riz qui présentent les divers degrés de la maturité. Un grand nombre de travailleurs sont occupés dans la campagne; les uns promènent la charrue dans la boue ; d'autres piétinent le terrain humide pour y enfoncer la graine, tandis qu'à côté la récolte du voisin est déjà en épis. Pas une pièce d'eau qui n'ait son contingent de b.ûgneurs des deux sexes. Dans un marais stagnant, voici des pêcheurs qui font la chasse aux poissons; leur tête seule s'élève au-dessus des grands nénufars aux jolies fleurs roses ; plus loin, des femmes et des enfants, plongés dans l'eau jusqu'aux épaules, récoltent des châtaignes aquatiques. Une double chaîne de montagnes rocheuses
encadre rhorizon. Les agaves qui bordent la voie ferrée se préparent à entrer en floraison; leurs tiges énormes^ semblables à de gigantesques asperges dont la base serait grosse comme le corps, s*élèvent déjà à la hauteur de cinq à six mètres.
J'étais d'autant mieux placé pour ne perdre aucun délail de la route, que je Tai faite en grande partie sur la machine elle-même. Le mécanicien en chef était un Français; j'avais fait sa connaissance au buffet d'Arconum, et il m'avait invité à monter avec lui sur sa locomotive.
Nous arrivons à deux heures à Jollarpett-Junction, où l'on quitte la ligne principale pour prendre l'embranchement de Bangalore. Il me reste à franchir une distance de cent quarante-sept kilomètres.
La voie, se dirigeant au nord-ouest, s'engage dans la montagne, qu'elle gravit en une heure et demie par une pente assez roide serpentant au milieu de maigres taillis. Au sommet s'étend un plateau nu , rocailleux , parsemé d'étangs et paraissant peu habité. La végétation tropicale a f lit place à des broussailles où dominent une espèce d'euphorbe aux branches Gliformes et de grands opuntias épineux chargés de fleurs et de fruits; l'air est devenu plus vif; la chaleur a sensiblement diminué. Ces divers changements trouvent leur explication naturelle dans l'altitude de la contrée, qui est en moyenne de 1 ,000 mètres au-dessus du niveau de la mer.
Les stations sont fort éloignées les unes des autres. On y perd beaucoup de temps. Une foule de mendiants en encombre les abords. A l'une d'elles, un brahme danii
316 PROME^JADE DANS L*INDE ET A GEYLAN.
toute la force de Tàge, bien nourri, gros et gras, attire mon attention par i^air de componction vraiment comique avec lequel il étend vers moi ses deux mains jointes. La noblesse de sa caste est indiquée par la couleur claire de sa peau. Le saint homme est dans un état de nudité presque complet; sa tête est rasée à Texception d'une seule mèche ; son corps, frotté d^huile, est soigneusement peint de larges raies blanches horizontales. Cest probablement quelque personnage influent de la localité, puisqu'on lui a permis de venir jusque sur les quais de la gare exercer son industrie en sollicitant les aumônes des voyageurs, tandis que le pauvre peuple est sévèrement consigne hors des barrières.
A sept heures du soir, nous arrivons à Bangalore. C'est là que s'arrête aujourd'hui la voie ferrée destinée à être prolongée plus tard à cent trente-sept kilomètres plus loin, par Seringapatam , jusqu'à la ville de Mysore (prononcez Maïssour), capitale de la province du même nom. Un garry me conduit aussitôt à Cubbon-Hotel , à deux kilomètres de la station, au milieu des cantonnements anglais. Cet établissement passe pour Tun des meilleurs de la présidence de Madras.
29 décembre, — L'État de Mysore, enclavé dans les possessions anglaises, occupe une superGcie de 700 myriamètres carrés , avec une population de 5 millions d'àmcs.
Le climat est sain et tempéré. Le pays produit beaucoup de soie et de café ; on y cultive aussi sur une large échelle le coton , le riz et la canne à sucre. Sur le revers
oriental des Ghattes, croissent de vastes forêts où Ton recueille un bois de sandal très-estimé.
Dans les guerres que la France eut à soutenir pendant la seconde moitié du dix-huitième siècle, le fameux Haïder-Ali, premier sultan mahométan de Mysore, fut toujours notre fidèle allié. A sa mort, survenue en 1781, son (ils Tippoo-Saêb lui succéda, héritant à la fois de son trône et de sa haine contre les Anglais. A la tête d'une armée bien disciplinée, commandée par des ofQciers français que son père avait attirés dans ses États, il remporta d'abord de brillants succès. Plus tard, il eut à lutter non plus contre les Anglais seuls, mais contre leurs forces réunies à celles du nizam et des Mahrattes. Ses ennemis coalisés finirent par triompher de sa résistance héroïque. Vaincu, désespéré, abandonné par la France, voyant son territoire envahi et ses places fortes tomber les unes après les autres, il s'enferma dans Seringapatam, où il se fit tuer en défendant la ville, le 4 mai 1799, après un siège de deux mois.
Les Anglais placèrent alors sur le trône un jeune maharajah, descendant de Tancienne famille régnante hindoue ; ils lui imposèrent un tribut, et tinrent garnison dans les forteresses. Depuis lors, l'Etat de Mysore est resté de nom indépendant, mais de fait complètement soumis à l'influence anglaise.
Le maharajah actuel est né en 1862; il est élevé i l'anglaise, et on le dit très-fort au jeu de cricket. En attendant qu'il ait atteint l'époque de sa majorité , le colonel Malleson exerce par délégation le pouvoir suprême.
BaDgalore est la ville la plus importante de la province; sa population est de 143,000 habitants. Elle est renommée dans rinde entière pour la salubrité , la douceur et la beauté de son climat. On y jouit, pour ainsi dire, d'un printemps perpétuel; dans Tété, le thermomètre y monte rarement au-dessus de 29^. Les productions des zones tempérées y réussissent parfaitement bien. Pour s*en convaincre, il sufGt de faire une visite au marché, où tous les fruits et les légumes de FEurope et de TAsie semblent s^étre donné rendez-vous : pommes et poires s*y rencontrent avec les oranges, les mangues et les ananas. Le pécher y donne deux récoltes par an. Dans des jardins toujours fleuris, les arbres, les arbustes et les plantes de nos pays croissent côte à côte avec les palmiers, les bananiers et les autres végétaux des tropiques. C'est à son heureuse situation au centre d'un plateau élevé, à une distance peu éloignée de la mer, à Test, au sud et à Touest, que Bangalore doit ces précieux avantages.
Il existe peu de jardins comme le LâUBagh, dont la création est due à Haïder-Ali. C^est un remarquable spécimen de Fart indigène. Les fleurs, selon la mode du pays, y sont groupées par massifs de la même espèce, les roses avec les roses, les jasmins avec les jasmins, et ainsi de suite. Le sol, disposé en terrasses, est revêtu de larges dalles ; les sentiers sinueux qui circulent au milieu des parterres constamment arrosés sont également pavés» On peut se promener dans de charmantes allées sous Tombre épaisse des glycines en fleur et d'une infinité d'autres plantes grimpantes soutenues par une double
rangée de colonnes de granit. On y remarque aussi de belles avenues de cyprès droits et sombres, arbres favoris des Orientaux , et dont le nom est pour eux synonyme de grâce et de noblesse.
Dans rinde, une ménagerie est le complément à peu près indispensable de tout jardin d'une certaine importance . Le Lâl-Bagh ne fait point exception à la règle. Les tigres que j'y vis étaient bien inférieurs à ceux de Madras. Toutefois , j'y rencontrai un animal que je n'avais pas encore eu l'occasion d'observer, et qui me parut si curieux, que je crois devoir en dire quelques mots. C'est un petit singe sans queue, appartenant à la famille des sajous et connu sous le nom vulgaire de « trembleur » . Il n'est pas plus gros qu'un jeune cbat ; sa timidité est vraiment fort drôle» 11 y en avait deux dans la même cage ; à mon approche , ils se cachaient l'un derrière l'autre de la façon la plus comique. Leurs gros yeux ronds , jaunes et très-rapprochés, témoignaient d'une frayeur indicible. Tons leurs mouvements sont mesurés et exécutés avec une lenteur extraordinaire.
Dans la journée, j'allai visiter, sur les bords de l'étang d'Ulsour, une pagode en ruine construite au sommet d'un monticule de granit. Aux environs s'élèvent plusieurs églises et de ravissantes villas. Un peu plus loin sont les baraquements de la cavalerie européenne et le champ de courses, accessoire obligé de toute ville de garnison anglaise.
Je me rendis ensuite au fort, qui renferme l'ancien palais de Tippoo-Saëb. On en a converti une grande
partie en bâtiments d'administration ; le reste , faute d'entretien, tombe en ruine. C'était une vaste construction de bois, fort compliquée, avec une quantité de couloirs et de galeries conduisant à des salles peintes à fresque et ornées de piliers. On voit encore les appartements du sérail. Ces dames étaient bien mal logées; leurs chambres, petites, basses et obscures, ne recevaient d'autre lumière que celle qui leur arrivait par la porte ou bien par une étroite ouvi'rture d'à peine un pied carré.
Dans une cour voisine, on remarque de curieux débris ayant appartenu à d^anciens temples. Quelques colonnes monolithes étonnent par la grandeur de leurs proportions. Du reste, dans ce pays, la roche schisteuse est si commune et se travaille si facilement, que partout j'en vois des blocs longs et étroits qui servent de clôture pour les champs, de tuteurs pour les arbres, ou bien encore de poteaux pour les lignes télégraphiques.
Du haut des remparts de la forteresse on jouit d'une fort belle vue sur la campagne et le quartier indigène de Pettah, dont les maisons basses, construites en boue et couvertes de tuiles rouges , sont dominées par une forêt de cocotiers d'une hauteur extraordinaire.
Autrefois, on ne pouvait pénétrer dans le fort qu^en franchissant successivement cinq portes échelonnées de manière à former quatre cours carrées flanquées d'énormes bastions crénelés. Aujourd'hui, cette entrée est abandonnée et remplacée par une seule porte qui donne directement accès à l'intérieur.
Le Musée, récemment construit au centre du CubboH"
Park, mérite d'être visité ; il renferme de curieuses sculptures, antiques débris de Fart hindou , et des collections d'histoire naturelle. Le palais du gouvernement lui fait face; c'est une fort belle construction avec colonnades, portiques et statues.
Je termine cette journée par une intéressante promenade à pied dans les principales rues de la ville native. La population est en fête à l'occasion de l'approche de la nouvelle année. Une interminable procession se déploie lentement aux sons d'une musique bizarre; derrière elle s'agite une multitude compacte; dans cette fourmilière humaine, le blanc et le rouge sont les couleurs dominantes. Le cortège se dirige, à l'extrémité d'un faubourg, vers un grand terrain vague oh les musulmans ont élevé des tentes et des baraques servant à abriter des modèles réduits de mosquées en carton peint et en papier doré. Des marchands de limonade, de gâteaux et de sucreries, vont et viennent au milieu de la foule, qui circule paisiblement sur cette espèce de champ de foire et semble prendre grand plaisir à considérer les préparatifs du feu d'artiGce qui sera tiré cette nuit.
Quel contraste entre cette joyeuse animation et la morne solitude qui règne dans les cantonnements anglais ! Le temps est magnifique; la température délicieuse. Une teinte dorée illumine les sommets des grands arbres , et les pelouses resplendissent sous les derniers rayons du soleil couchant. Quel beau ciel et quelle lumière incomparable! Tout semble inviter à la promenade, et pourtant pas une voiture , pas un cavalier , pas même un pié-
ton, ne (rouble le silence des avenues désertes. Cependant la colonie anglaise est nombreuse à Bangalore , et les somptueux équipages n*y font pas défaut. Mais c'est aujourd'hui dimanche, et de plus un sunday doublé de Christmas, et ce jour-là le rigorisme anglais condamne chacun à rester confiné dans son aristocratique demeure. Près de lui, tout un peuple, obéissant également à des sentiments pieux, se répand tranquillement au dehors en quête d'innocentes distractions. L'Anglais seul reste à la maison. Lequel des deux est le plus logique? Dans la soirée du même jour, je quittais à regret ce charmant pays de Bangalore, qui , sous tous les rapports, s'était montré à moi digne de sa réputation. Je ne porterai pas le même jugement sur le Cubbon-Hotel, que l'on m'avait si fort vanté : je n'y trouvai de remarquable que l'élévation de ses prix. On aura peine à me croire lorsque je dirai que , dans ce paradis terrestre de l'Inde, où abonde le gibier de toute sorte , à quelques centaines de pas d'un marché abondamment pourvu des productions les plus variées des deux mondes, pas une salade, pas un légume, pas un fruit ne parut sur la table. En revanche, le sempiternel mouton y trônait sous plusieurs formes, toutes aussi insipides les unes que les autres.