MAHÉ
observée à Ceylan, aux environs de Pointe-de-Galle.
Une circulation très-active règne sur ce chemin, qui n*est pour ainsi dire qu'un long faubourg où piétons et voilures à bœufs se croisent sans cesse.
Sur toute cette partie de la côte du Malabar, ainsi que dans TEtat de Cochin et dans celui de Travancore, qui s*étend jusqu'au cap Comorin, les femmes, jeunes ou vieilles, riches ou pauvres, ont le buste complètement nu. Pour tout vêtement elles portent, roulée autour des reins, une pièce d'étoffe qui leur descend à peine jusqu'aux genoux. Quelquefois leur poitrine nue est littéralement chargée de bijoux; à leur cou brillent de superbes colliers d'or ; leurs jambes et leurs bras sont entourés d'auneaux et de bracelets. Les hommes que je rencontre sur le chemin se servent d'un large parasol en feuilles de latanier^ qui les abrite à la fois de la pluie et du soleil. Dans les autres contrées de l'Inde, cet accessoire paraît être réservé exclusivement aux hommes de caste élevée; le bas peuple le remplace par une simple feuille ou une branche d'arbre. Je vois aussi beaucoup de gens coiffés d'un chapeau de paille dont la partie supérieure, large de plus d'un mètre, forme toiture au-dessus de leur tête.
Le bungalow de Galicut, où j'arrive à quatre heures, est très-bien situé sur l'un des côtés d'une vaste pelouse où campent en ce moment des troupes anglaises. Tne douzaine d'éléphants rangés en ligne sont occupés à broyer sous leurs puissantes mâchoires des branches de cocotier. Leurs mahouts, pour flatter leur gourmandise, y ajoutent de temps en temps quelques débris de
caoTies à sucre, dont ces animaux se montrent très-friands.
Calicut (ou Kolikod) est le premier port indien où ait abordé un navigateur européen. Le 11 mai 1498, Vasco de Gama, après avoir doublé le cap de Bonne-Espérance, y arriva dix mois après son départ de Lisbonne; c'est également de Calicut que fut expédié pour TEurope le premier navire chargé des produits de la contrée. Douze ans plus tard, Aibuquerque brûlait la ville et pillait le palais du rajah; mais bientôt après il fut obligé de se réembarquer avec de grandes pertes . Cependant, dès 1513, les Portugais obtinrent par un traité le droit d'y élever une factorerie fortifiée. En 1616, les Anglais s'y établirent à leur tour. Ravagée à deux reprises par Haïder-Ali et Tippoo-Saëb, la ville ne se releva de ses ruines qu'en 1792, époque de sa cession définitive à l'Angleterre.
Calicut, bien que déchue de son ancienne importance, est aujourd'hui une cité industrieuse et commerçante, peuplée de 50,000 âmes, et chef-lieu du district du Malabar. Les steamers de la côte y font régulièrement escale, et son port, bien que comblé en partie, exporte une quantité considérable de bois, surtout en Arabie, Un tiers de ses habitants sont des métis d'origine portugaise, et professent la religion catholique. La France y possède encore une loge; mais elle est occupée seulement par un gardien. C'est de Calicut que fut exportée pour la prcjnière fois l'espèce particulière de toile de coton qui, en raison de son origine, a reçu le nom de calicot.
La ville se déploie au bord de la mer sur une étendue de plus d'un kilomètre. C'est là que se trouvent la douane.