‹ Promenade dans l'Inde et a CeylanChapitre 21 sur 27 · MAHÉ · texte numérisé non relu

MAHÉ

les magasins et les plus belles maisons des Européens. La rue principale est coupée par une in6nité de ruelles étroites et tortueuses, bordées de jardins plantés de cocotiers élevés qui donnent à la cité elle-même Taspect d*une forêt.

J'eus tout le temps de faire une intéressante promenade en ville. Après avoir visité le quartier portugais, qui s'étend dans la partie nord, je suivis, toujours sous un dôme de verdure, une route au sol rougeâtre et bien battu qui me conduisit au bord de la mer. Là, sur le sable fin du rivage, je m'amusai à observer les curieuses évolutions des bandes innombrables de corbeaux peu farouches, picorant sur la plage les insectes et les petits crustacés rejetés par la mer. Lorsque la vague se retirait, ils s'avançaient aussitôt en lignes serrées, pour se replier en bon ordre dès que le flot reprenait son mouvement ascen* sionnel.

Cependant la nuit est venue, et je reprends lentement le chemin du bungalow. Dans les bazars musulmans, les rues sont illuminées; je revois les mosquées en papier doré, les mêmes mascarades et jusqu'aux hommes-tigres de ces jours derniers. Une foule nombreuse se presse autour des échoppes de marchands de sucreries, des manèges de chevaux de bois et des jeux de dés et de roulette. Chemin faisant, je me suis un peu égaré, et ce n'est qu'à la clarté des immenses feux de joie allumés sur la pelouse que je parviens à retrouver mon bungalow.

A huit heures, je remonte en garry. La fête est de plus en plus animée. C'est à la lueur étincelante des fusées

et au bruit des pétards que je dis adieu à Galicut. Pen^ dant quelque temps encore je suis une route au-dessus de laquelle on a suspendu de distance en distance des guirlandes de feuillage illuminées de verres de couleur. Peu à peu tout retombe dans le silence, et mes bœufs cheminent lentement sur une voie déserte éclairée par les seuls rayons de la lune. Ce nVst qu'à dix heures que j'arrive à Yellatour (15 kilomètres de Galicut), sur les bords d'une large rivière canalisée.

Là, j'échange ma voiture contre une étroite pirogue creusée dans un tronc d'arbre. En un clin d'oeil, deux Indiens disposent ma couverture et mon oreiller sur la natte qui en garnit le fond; ils adaptent sur les bords un léger couvercle en feuilles de palmier tressées ; puis^ se tenant debout chacun à une extrémité de la pirogue^ ils pagayent en cadence et m'entraînent rapidement sur les eaux tranquilles. Un seul voyageur peut prendre place dans cette frêle embarcation, et encore ne doit-il faire aucun mouvement, sous peine de la voir chavirer.

Après la brûlante chaleur du jour, la fraîcheur relative de la température me semblait délicieuse. Aussi confortablement couché que dans le meilleur lit, je n'avais qu*à étendre le bras pour plonger ma main dans une eau presque tiède. J'éprouvais un indicible bien-être à me sentir glisser sur cette belle nappe d'eau limpide, où se reflétaient les pâles rayons de la lune. Par les interstices de la natte, je suivais des yeux les cimes élégantes des cocotiers penchés sur le rivage. Le calme de la nature était complet, et formait un étrange contraste avec Pagi-

MAHË. 351

tation bruyante de cette journée si bien remplie. Tout entier sous le charme de cette belle nuit des tropiques, je m'efforçais de lutter contre la torpeur qui m'envahissait. Longtemps je restai ainsi , dans cet état intermédiaire qui n'est ni la Teille ni le sommeil, bercé par le chant monotone de mes bateliers et par le bruit de leurs avirons retombant en mesure. A la fin, vaincu par la fatigue, je m'endormis profondément.

^janvier. — Au point du jour, Tabsence de tout mouvement me réveille. Nous sommes arrivés à Waddakarré. Mais je ne puis sortir du fond de la pirogue où je suis couché que lorsqu'on en aura détaché la toiture. Cette opération s'exécute sous les regard» curieux d'une partie de la population du village, désireuse de savoir quel sera le nouvel arrivant. Mon couvercle enlevé, j'apparais à leurs yeux comme un personnage de féerie émergeant de sa boîte.

Je donne à jnes deux Indiens les trois roupies qu'ils ont bien gagnées en pagayant huit heures de suite sans prendre un instant de repos et en me faisant franchir ainsi une distance de soixante kilomètres. J'y ajoute comme gratiûcation quelque menue monnaie qu'ils reçoivent sans mot dire, en portant la main à leur front.

Au milieu d'une douzaine de charrettes à bœufs et de petites voitures indigènes, j'avise un garry qui me parait assez propre. Malheureusement mon cocher ne parle pas un mot d'anglais ni de français, ce qui rend la conversation difficile entre nous. Cependant je parviens à lui faire comprendre que je désire me rendre tout de suite à Mahé

(ici on prononce Malii), et nous finissons par nous entendre. Il accepte mon prix de deux roupies ; je lui en donne une d'avance, et nous partons aussitôt.

Quinze kilomètres me séparent encore du but de mon voyage. Mais, cette fois, la route est mal entretenue, le terrain est accidenté; nos bœufs ne peuvent que rarement prendre le trot, et leur pas est d'une lenteur désespérante. Cependant la campagne est jolie et bien cultivée; des champs de riz d'un beau vert tendre alternent avec des bois de cocotiers. De magnifiques banians croissent aux abords du chemin. Enfin, vers neuf heures, je lis ces mots sur le frontispice d'une petite maison basse à gauche de la route : « Ecole des sœurs de Saint-Joseph de Cluny. » Cette inscription m'indique que je suis arrivé sur le territoire français. Quelques minutes après, je me trouve sur une place carrée, oii s'élève une petite église badigejonnce en blanc. Un pion qui se trouve là et auquel je demande en français l'adresse d'un hôtel, me répond qu'il n'en existe pas et dirige mon équipage vers la résidence de M. le commissaire adjoint de la marine, chef de service de Mahé, ou mieux, comme on dit ici, vers l'hôtel de M. le gouverneur.

L'excellent M. Dufrénil ne m'attendait pas aussi promptement, et l'heure était bien matinale pour une première visite. Son accueil n'en fut pas moins empreint de la plus franche cordialitév II me présenta à son aimable famille et voulut absolument m'installer chez lui; j'avais d'abord l'intention de ne passer qu'une seule journée à Mahé; mais je m'y trouvai si bien, et mon hôte insista

MAHË. 3:.3

dans des termes si pressants, que je me décidai à y rester deux jours entiers, qui prendront place dans mvs souvenirs parmi les meilleurs que j'aurai passés dans lludc.

L'habitation de M. Dufrénil est admirablement située sur une éminence rocailleuse qui domine Tembouchure de la petite rivière de Mahé. Un beau jardin planté de grands arbres s'étend jusque sur la pointe extrême du promontoire. Du haut d'une terrasse élevée dont la base est constamment battue par les flots, on jouit d'une vue superbe sur la pleine mer et les bois de cocotiers de la rive droite. C'est là même, à quelques centaines de mètres seulement, que commence le territoire anglais. La rive gauche de la rivière seule nous appartient. Elle est navigable à une assez grande distance dans l'intérieur pour les bâtiments d'un faible tonnage. Le port formé par son embouchure est assez profond; malheureusement l'entrée en est obstruée en partie par une barre de rochers.

Sur la côte du Malabar, à sept kilomètres au nord de Mahé, se trouve la ville anglaise beaucoup plus importanfe deTellicherry. Un écrivain anglais, comparant entre elles la situation respective de ces deux villes, s'est exprimé en ces termes : u En général, les emplacements choisis par les Français pour l'établissement de leurs factoreries duns l'Inde étaient, au point de vue des avantages du terrain et de la situation géographique, bien supérieurs à ceux des Anglais. Ces derniers ne semblaient se préoccuper que des intérêts immédiats de leur commerce. Les Français, au contraire, avaient fait preuve de vues plul larges, qui cependant n'ont eu pour eux aucun heureux

résultat. )> Quoi qu'il en soit, si Mahé n'a plus aujourd'hui aucune importance commerciale, elle n'en reste pas moins, grâce à sa situation pittoresque, sa belle rivière et son admirable végétation , une des plus jolies bourgades de rinde.

Les Français s'établirent à Mabé en 1722. Son histoire est celle de nos autres colonies dans l'Inde. Occupée à plusieurs reprises par les Anglais , elle nous fut rendue à la paix générale de 1815.

Le territoire de Mahé comprend une superficie totale de 5,909 hectares. Il se divise en deux parties : la ville, sur la rive gauche de la rivière, et les aidées ou villages indigènes, au nord de la rive droite. Ces derniers, complètement séparés de la ville , forment enclave au miKeu des possessions anglaises.

En 1876, sa population totale s'élevait à 8,529 habitants, dont 118 métis et seulement 22 Européens. Et encore ce dernier chiffre comprend-il 7 enfants.

Pour la même année, le budget local dés recettes s'est élevé à 42, 348 francs; celui des dépenses, à 37,535 francs.

Le chef de service qui administre Mahé sous la dépendance du gouvernement général de Pondichéry, remplit également les fonctions déjuge. Les divers services financiers sont centralisés entre les mains d'un seul agent, qui est en outre directeur de la poste.

Mahé est située par 11« 42' de latitude nord et 73' 18^ de longitude est. Le climat y est sain, et la température, assez régulière, se maintient presque toujours, selon le raisons, entre 24* et 30*. Pendant l'hivernage, les

MAHE. 355

pluies sont torrentielles ; mais ce mauvais temps ne dure guère que du mois de juin au mois d^août.

Le jour même de mon arrivée, je fis une longue et intéressante promenade aux aidées. Pour s*y rendre, on traverse la rivière sur un pont construit par les Anglais. La route en suit pendant quelque temps la rive droite, puis gravit une colline et rentre sur le territoire français à Chalankora. Le sol des aidées est extrêmement fertile; chaque champ, comptante de cocotiers, est bordé d'une petite muraille en terre battue destinée à empêcher la dégradation du terrain pendant la saison des pluies et à conserver Thumidité du sol.

Le poivrier grimpant réussit parfaitement; on le plante généralement au pied des arbres fruitiers. Trois mois après la. floraison, les grains réunis en grappes prennent une belle teinte vert foncé. On les cueille à mesure qu'ils arrivent à maturité, et on les fait sécher à Pair libre. C'est alors qu'ils prennent la couleur noire que nous leur connaissons. Le poivre blanc est tout simplement le grain décortiqué.

On cultive aussi le bétel, plante rampante appartenant à la famille des pipéracées. On lui donne un appui comme à la vigne en Europe. Les feuilles sont cueillies dès qu'elles sont arrivées à leur entier développement; on les réunit par petits paquets, et on les vend dans les rues et les bazars. L^habitude de mâcher le bétel est générale dans l'Inde méridionale. Voici la manière dont on le prépare : on étend sur une feuille une mince couche de chaux éteinte, stuc très-fin fabriqué avec des coquil-

lages calcinés; on y ajoute une tranche de noix d'arek, un peu de cardamome, et on plie la feuille, que Ton attache avec un clou de girofle. Cette préparation, que les Indiens regardent comme stomachique, provoque la salive, la teint en rouge ainsi que les lèvres, et donne une haleine agréable. Cependant, à la longue, la chaux qui fait partie de cette composition attaque Témail des dents et les noircit.

Chemin faisant, M. Dufrénil me fait remarquer Tarbre à cacao, le sagoutier, palmier appartenant à la tribu des calamées, et le magniGque caryota urens dont la moelle fournit aussi une espèce de sagou, mais de qualité inférieure. Il a tenté avec succès l'introduction à Mahé de Favocatier, arbre de la famille des laurinées, originaire de l'Amérique du Sud et déjà acclimaté à Tîle Maurice. Ses fruits, très-estimés dans nos colonies des Antilles, ont la forme d'une grosse poire ; ils renferment une pulpe verdàtre ayant le goût et la consistance du beurre; on les mange avec du sel, du poivre et du vinaigre.

Les termites produisent de grands ravages dans les ver^ gers ; ces insectes, ennemis de la lumière, prennent la précaution d'enduire d^une couche de ciment terreux la surface des troncs qu'ils ont choisis pour y creuser leurs galeries. A l'abri de cette cuirasse protectrice, ils détruisent l'écorce de l'arbre et en attaquent profondément la substance.

\ous prenons quelques instants de repos à la maison d'école de Palour, à sept kilomètres de Mahé* Ce petit bâtiment sert aussi de mairie.

Tandis qu'un indigène grimpe au sommet d'un cocotier

MAH£. 351

pour en détacher à notre intention quelques noix pleines d'une eau fraîche et parfumée, j'examine avec curiosité les rôles des contributions de la commune^ lis se composent de petits paquets de lames d'écorce, sur lesquelles sont gravés au poinçon les noms des contribuables.

L'impôt principal est celui qui porte sur les cocotiers; chaque pied productif est recensé et classé selon sa valeur : la première catégorie paye annuellement 25 centimes, la seconde 15 centimes. Sur le territoire anglais, cette taxe est bien plus élevée.

M. Dufrénil se loue beaucoup de la douceur de ses administrés, qui tous ont en lui la plus grande confiance et se montrent reconnaissants des efforts qu'il fait pour améliorer leur situation.

J'assistai dans la soirée à une représentation donnée ^ans la cour d'une maison particulière par une troupe :. {tabulante d'acteurs indigènes. Le principal sujet était un 'v*i 16 garçon habillé en femme; il avait le visage peint en jaune, les lèvres et le tour des yeux bordés de rouge avec un liséré blanc. Une espèce de tiare en bois doré lui couvrait la tête; ses oreilles, sa poitrine et ses bras étaient chargés de bijoux faux. Il exécuta devant nous, avec un sérieux imperturbable, les danses ordinaires des bayadères, tout en débitant des rapsodies interminables au son d'une musique dolente et monotone.

Par intervalles, la brise du soir apportait à nos oreilles les sons retentissants du tam-tam. A l'autre extrémité du village, la population se livrait à des réjouissances nocturnes à Toccasion du Moharrem»

Le cadre fantastique de cette scène, le vague murmure de 11 mer, la lumière des torches qui se reflète sur les corps bronzés des Indiens qui nous entourent, les rayons de la lune se jouant à travers les troncs élancés des cocotiers, tout contribue à former un tableau à la fois étrange ei splendide.

Le lendemain, je fis avec M. Paul Dufrénil le tour de nos possessions sur la rive gauche de la rivière. Malheureusement la promenade n*est pas bien longue; on peut la faire à pied en une heure et demie, sans se presser. Après avoir longé pendant quelque temps le bord de la mer, où nous prenons un bain délicieux sur une pfag e de sable fin , nous suivons un petit chemin encaissé entre deux murs de jardins. Puis, traversant de beaux champs de riz entrecoupés de canaux , nous arrivons à un endroit où la rivière, s*élargissant, inonde la plaine et forme quelques îlots à demi submergés. De là on a une vue superbe sur trois plans étages de hautes montagnes bleues qui bordent Thorizon du côté de Torient. C'est toujours la chaîne des Chattes qui, sur une étendue de quinze degrés, court parallèlement à la côte depuis le Khandeish jusqu^au cap Comorin. Une route charmante, côtoyant les sinuosités de la rivière, nous ramène à la maison sous un dôme de verdure éclatante. Nous passons devant les belles habitations des maplais (c'est le nom qu'on donne aux riches musulmans de Mahé). Leurs maisons à deux étages, assez semblables à des forteresses, sont soigneusement grillagées. Entourées de larges vérandas, elles s^élèvent au milieu de beaux jardins plantés de cocotiers*

MAHE. 359

Les femmes des maplais jouissent d'une grande repu* tation de beauté; mais il est très-difOcile de les apercevoir, car elles ne sortent presque jamais, et nul ne peut pénétrer dans leurs demeures. Quant aux femmes hindoues de Mahé, le type et le costume sont les mêmes qu'à Calicut. Gomme dans cette dernière ville, on les rencontre habituellement dans les rues, nues jusqu'à la ceinture, surtout le matin à l'heure où elles vont faire leur provision d'eau à la fontaine. J'eus l'occasion de voir à Mahé quelques-uns de ces marchands colporteurs arabes qui, de Bassorah, se répandent le long de la côte du Malabar, vendant de porte en porte des articles à bon marché de Londres ou de Paris. Ils ont conservé le costume de leur nation; ce sont des hommes grands et secs, au teint basané, mais à la peau presque blanche.

J'ai consacré au repos et à d'intimes causeries le reste de la journée. Nous avons beaucoup parlé de la France, de rinde, et quelque peu de la Martinique, que j'avais visitée l'année dernière , et que mes hôtes ont longtemps habitée. Puis est arrivé l'instant du départ. M. Dufrénil a bien voulu mettre à ma disposition la pirogue du gouvernement. J'effectuerai mon retour à Beypour par mer : en cette saison, avec la mousson du nord-ouest, le beau temps est d'une certitude absolue.

Il est six heures : l'embarcation est parée; mon lit est dressé à l'arrière ; mes cinq hommes d'équipage sont à leur poste ; le drapeau tricolore est déployé. Je prends congé de l'excellente famille chez laquelle j'ai trouvé une si cordiale hospitalité. Quelque temps encore nous

échangeons des signaux; mais bientôt la barre est franciiie, le cap mis au sud, et Mahé disparaît.

Me voici de nouveau livré seul à tous les hasards du voyage. Mais je suis sans inquiétude ; le temps est magnifique, et la pirogue qui me porte, bien que non pontée et creusée dans un seul tronc d'arbre, est plus grande et surtout plus large que celle qui m'a transporté Tautre nuit sur le canal de Yellatour.

Le jour baisse rapidement; nous longeons, à deux cents mètres au large, une côte basse et uniformément couverte d'une sombre forêt de cocotiers.

Le spcctacte que j'ai sous les yeux me fascine étrangement. Cette nuit, que je vais passer sur l'océan Indien, s'annonce si calme et si belle, que je ne puis me décider à la consacrer au sommeil. Bientôt une lueur flamboyante surgit à l'horizon ; c'est la lune qui, sortant toute rouge (lu sein de la mer, vient remplacer peu à peu la lumière du jour.

Vers minuit la brise s'élève ; aussitôt le mât est dressé, la voile hissée. Notre légère embarcation, fortement inclinée sur le côté, file rapidement sous la double impulsion du vent et des rames. A partir de ce moment, une lacune existe dans mes souvenirs. Vers cinq heures, je suis réveillé par les interpellations des bateliers qui se frayent un passage au milieu des nombreux bâtiments mouillés au large de Calicut. Une heure après, je reconnais l'entrée de la rivière de Beypour, où je touche terre aux premiers rayons du soleil levant.

Page 1