‹ Promenade dans l'Inde et a CeylanChapitre 9 sur 27 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

AGRA ET JEYPOUR Agra. — Futteypore-Sikri. — Jeypour. — Le Rajpoutana.

Lorsque vous rencontrez un Anglo-Indien, et que la conversation vient à rouler sur sa patrie adoptive, une de ses premières questions est invariablement celle-ci : « Avez-vous été à Agra? comment trouvez-vous le Taj? » C'est qu'en effet, il ne s'agit plus ici d'une mosquée quelconque ou d'un palais plus ou moins richement décoré, mais bien d'un monument que tous les voyageurs proclament hautement comme la merveille, non- seulement de rinde, mais encore du monde entier.

Le Taj est un tombeau érigé au dix-septième siècle par l'empereur mogol Shah-Jehan en l'honneur de son épouse favorite, la bégum Mumtâz-Mahal. Commencé en 1630, il ne fut terminé que vingt-deux ans après; pendant tout ce temps vingt mille ouvriers y travaillèrent sans relâche. Malgré le bon marché de la main-d'œuvre et les nombreux cadeaux qui affluèrent de tous côtés, cent millions de roupies, somme énorme pour l'époque, furent dépensés en cette occasion.

Ce célèbre mausolée est entièrement construit en marbre de Jeypour, tellement blanc qu'il paraît transparent. C'est un octogone irrégulier dont chaque grand côté, percé

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d*une porte monumentale, fait face à Tun des quatre points cardinaux. Au centre, se dresse un dôme immense, de forme allongée , circonscrit par quatre coupoles moins élevées et flanqué d*un pareil nombre de sveltes minarets placés aux angles d'une terrasse carrée. Le croissant doré qui surmonte TédiOce plane à deux cent soixante pieds audessus du sol. Chaque façade est encadrée par des incrustations de marbre noir, reproduisant des versets du Coran. On dit que le livre sacré se trouve ainsi transcrit en entier sur les parois du monument, ce qu'il est permis de croire, tant les inscriptions arabes décoratives y sont multipliées. Les murailles sont couvertes de sculptures délicates et de mosaïques, dans le genre florentin, représentant des feuillages et des fleurs. Le cristal de roche, le jaape, la cornaline, la malachite, le lapis-lazuU et une iuGnité d'autres pierres précieuses entrent dans la composition de ces ravissantes arabesques.

Entrons dans Tintérieur. Sous une vaste et blanche coupole où ne pénètre qu'une lumière mystérieuse, se trouvent les sarcophages de Shah-Jehan et de la sultane, ce dernier un peu au-dessous de celui de son époux. Tous deux sont couverts de caractères arabes finement ciselés. La balustrade qui les entoure est en marbre cristallin, merveilleusement découpé en guipures a jour, encadrant de minces panneaux constellés de fleurs et d'ornements en mosaïques de pierres fines , véritable chef-d'œuvre de l'art. Tout le reste est en harmonie parfaite avec ce splen dide tombeau. On ne peut se lasser d'admirer les parois ornées avec un goût exquis et une élégance exempte de

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oute surcharge ; et, si des détails nous passons à Fensemble, la richesse des matériaux, la noblesse et en même temps la simplicité du dessin , causent une impression ineffaçable. Un écho plus doux et plus pur, sUl est possible , que celui du baptistère de Pise , habite sous cette coupole ; une simple note de musique, un son de voix, flotte, s'élève et se perd sous la voûte en longues et délicieuses modulations, semblable, comme le dit un auteur anglais, au chant de Talouelte lorsque Toiseau prend son essor et disparaît dans les airs.

Dans une chambre souterraine reposent les restes des deux époux. Deux tombeaux recouverts d'étoffes de soie occupent un emplacement correspondant exactement aux cénotaphes de la salle supérieure. De gros bouquets de roses et de jasmin , pieuse offrande des visiteurs musulmans, sont entretenus dans ce lieu révéré.

Le Taj est construit sur une terrasse en marbre blanc, de cent mètres de (fôté, qui domine une plate-forme dallée, vaste rectangle dont Tun des côtés, long de trois cent dix mètres, borde la Jumna et se termine par une balustrade à jour. A chaque angle s'élève une tour ornée de galeries superposées et couronnée d'un kiosque. Deux mosquées occupent parallèlement les deux autres côtés. Celle de l'ouest est seule consacrée à la prière; l'autre n'existe que pour la symétrie. Ces constructions accessoires, du meilleur style, sont en belle pierre rouge, et surmontées de kiosques à jour et de dômes en marbre blanc.

Un escalier en spirale, d'un accès facile , conduit au sommet des minarets , dont l'élégante eoupole , soutenue

par huit piliers, s*élève à cinquante mètres du sol. C^est un excellent observatoire pour obtenir une vue d'ensemble du Taj et des beaux jardins qui lui font une ceinture éternelle de fleurs et de verdure.

J'ai essayé de décrire le plus brièvement possible Taspect physique que présente cet incomparable monument. Mais comment pourrai-je rendre les sensations que Ton éprouve à la vue de ce poëme de marbre, œuvre la plus parfaite qui soit jamais sortie delà main des hommes?

Pendant le court séjour que nous fîmes à Agra , trois fois nous y retournâmes, M. S... et moi. Nous restions là des heures entières, allant chacun de notre côté, abîmés dans une muette contemplation. De quelque endroit qu'on se place, à quelque distance qu'on regarde, tout, dans le Taj, est également parfait. On est ébloui, comme fasciné ; on croit rêver. Soit que Ton se promène sur la terrasse de la Jumna, où se détache, sur un horizon enflammé, la lointaine perspective du fort d'Agra, soit que Ton erre le long des pièces d'eau , dans les sentiers dallés de marbre blanc , au milieu de ces beaux jardins où des légions de perroquets babillards voltigent parmi les rosiers en fleur, les cyprès et les arbres centenaires, on reste confondu d'admiration. La parole est insufGsante pour exprimer de pareilles émotions. Je me rappellerai toujours la dernière visite que nous fîmes au Taj, une heure avant notre départ d'Agra. Nous ne pouvions nous décider à le quitter ; enfin il fallut partir. Une dernière fois nous l'avons aperçu, se détachant comme un bloc de neige sur l'azur du ciel par delà le portique majestueux qui forme l'cntrce

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principale ; et , le cœur serré , nous lui avons adressé uu éternel adieu.

Il est difûciie aux personnes qui n*ont pas eu le bonheur de voir ce monument, de comprendre qu'il puisse inspirer de pareils sentiments. Pour moi, je déclare, sans crainte d'être démenti, que ni en Europe ni nulle part au monde, il n'existe rien qui puisse lui être comparé.

Agra n'était qu'un simple village lorsque l'empereur Akbar en fît sa capitale et commença, en 1568, la construction du fort dont les hautes murailles de grès rouge renferment dans leur vaste enceinte les principaux monuments qui nous restent à visiter. Plus tard, les grands mogols transportèrent leur résidence à Delhi. Mais, pendant un siècle, Agra était resté siège du gouvernement, et cet espace de temps suffît pour transformer complètement la ville et la doter de monuments qui ont rendu à jamais son nom célèbre, et, au point de vue architectural, Tout placée au premier rang des villes de l'Inde.

Le fort est une construction irrégulière, d'un pourtour de deux kilomètres et demi, et dont les épais murs créne lés, hauts de vingt mètres, dominent le cours de la Jumna. On y pénètre au nord par la porte de Delhi , magnifique entrée flanquée de deux énormes tours. Après avoir traversé un long passage bordé de bâtiments avec niches et portails sculptés, on arrive, par un chemin dallé, à une immense cour entourée d'arcades et qui servait autrefois de carrousel. Sur l'un des côtés est le Dewan-i-Am, splendide salle de soixante mètres sur vingt, où Akbar rendait la justice. C'est un portique ouvert ou loggia, dont la voûte

est soutenue par trois rangs de piliers réunis par des arcades mauresques. Au centre se trouve une alcôve décorée de mosaïques exquises ; on voit encore un immense bloc de marbre sur lequel Tempereur avait coutume de s'asseoir lorsqu'iLprononçait un jugement*

Une porte, qui s ouvre derrière le trône, conduit au Dewan-i-Khas ou salle d'audience, pièce oblongue toute en marbre blanc merveilleusement sculpté et donnant sur un portique ouvert forme d'élégantes colonnes couvertes de mosaïques. De là, par une grande cour bordée par les appartements des dames du harem, on communique avec le « Palais de Verre » . C'est ainsi qu'on nomme les bains orientaux, qui forment l'une des parties les plus intéressantes de ce palais.

Les chambres et les passages sont partout incrustés d'une infinité de petits miroirs formant des dessins inextricables; dans ce frais et délicieux séjour, l'eau ruisselle de tous côtés et tombe par cascades dans des bassins de marbre veiné. Des milliers de niches sont destinées à recevoir des lampes dont la lumière, scintillant sous les nappes d'eau et se jouant à leur surface, doit produire un effet vraiment féerique. Du Zenana (salles réservées aux femmes) on jouit d'une belle vue sur les massifs de palmiers et les jardins qui s'étendent sur la rive opposée du fleuve. Dans le lointain vaporeux, le Taj resplendit comme un palais d'ivoire et de cristal.

Dans les jardins, on remarque une cour pavée de dalles de marbre noir et blanc, disposées en forme d'échiquier. Akbaret ses favoris avaient coutume d'y jouer; des jeunes

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Gllcs et des enfants , vêtus de riches costumes , sautaient de carré en carré, figurant ainsi au naturel les différentes pièces du jeu. Partout Teau courante, ce luxe de rinde, murmure et circule abondamment au milieu des bosquets de roses et de jasmins.

Une petite mosquée et de ravissantes galeries ornées de panneaux délicatement percés à jour, véritables dentelles de marbre, formant terrasse sur la Jumna , complètent ce palais splcndide qui semble réaliser les descriptions fabuleuses des Mille et une nuits.

Le fort d'Agra renferme enci)re une autre merveille : c'est la Moti'Musjid ou mosquée perle. Elle s*élève au sommet d'une haute terrasse en pierre rouge qui ne laisse guère soupçonner les beautés de son intérieur; mais à peine a-t-on franchi le seuil de la porte, qu'on reste frappé d'admiration à la vue de ce chef-d'œuvre de l'art indien. Aucune autre matière que le marbre blanc le plus pur n'a été employée dans sa construction. Au fond d'une cour dallée s'élèvent trois dômes surmontés de flèches dorées; sur les autres côtés, courent de légers arceaux. Au delà de cet horizon de marbre, on n'aperçoit que le ciel bleu. Une pensée profondément religieuse se dégage de la pureté du style et de l'harmonieuse simplicité des proportions. L'architecte qui a su produire ce monumenf, d'une beauté idéale, était évidemment inspiré par la foi. C'est merveilleux, même après le Taj. Une inscription nous apprend que cette perle des mosquées a été construite en 1656 par les ordres de Shah- Jehan.

Nous terminons notre visite par le palais de Jehanghir,

6)s d'Akbar, construction massive dont la façade est surchargée de bizarres sculptures; puis, négligeant d'autres palais ou mosquées sans grand intérêt , nous sortons du fort. Juste en face de la porte principale s'élève la Jum-ma-Musjid, belle mosquée tout enlière en grès rouge, incrusté de marbre blanc et noir. Sa large façade est percée de trois portails surmontés d'autant de dômes et d*une infinité de clochetons. L'intérieur est pavé de dalles en marbre blanc rangées symétriquement et bordées de pierres rouges. Aux heures de la prière, chacune de ces dalles est occupée par un fidèle croyant qui vient s'y prosterner dévotement. Cet édifice , d'un aspect grandiose et sévère, est malheureusement dans un triste état de conservation.

Pour en finir avec les principaux monuments d'Agra, il me reste à parler de \ Etmaddoulah, construit en 1610 par l'empereur Jehanghir sur la tombe de son beau-père. Il s'élève sur la rive gaucbe de la Jumna, près du pont de bateaux. Ce mausolée célèbre, avec se.) incrustations en pierre de couleur et ses broderies percées à jour, est un véritable bijou de marbre blauc. On le répare actuellement aux frais du gouvernement anglais. De nombreux ouvriers découpent la pierre en minces panneaux ; d'autres sont employés à la réfection des mosaïques.

La population d'Agras'élève à 180,000 âmes; 100,000 sont Hindous; le reste est musulman, sauf 3,000 chrétiens. La mission catholique, dirigée par des Pères français, est très-florissante. Outre une belle église, elle possède, pour les deux sexes , plusieurs maisons d'éducation

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dont Torganisation ne laisse, dit-on, rien à désirer. L'établissement des filles est tenu par des dames religieuses appartenant à Tordre de Jésus et Marie.

Après sa cession à TAngleterre, Agra devint la capitale des provinces du Nord-Ouest; mais, dans ces dernières années, le siège du gouvernement a été transféré à Allababad; Tancienne résidence des grands mogols n'est plus aujourd'hui qu'une ville de province.

J'eus à peine le temps de faire une courte promenade dans la rue principale, bordée de populeux bazars où règne une circulation active; les échoppes sont bien garnies, et çà et là je remarque quelques belles maisons aux fenêtres à ogives mauresques, aux balcons finement travaillés.

L'empereur Akbar, qui avait tant fait pour sa ville favorite, voulut aussi s'y faire construire son tombeau. C'est à treize kilomètres d'Agra, dans le village de Secondra, que le grand monarque est enseveli.

Une bonne route en plaine, n'offrant, du reste, rien de remarquable que les ruines de quelques vastes édifices et un grand nombre de monuments funéraires disséminés dans la campagne, nous y conduit rapidement.

Le mausolée est situé au centre d'un grand jardin carré; quatre portes monumentales, formant chacune un pavillon surmonté de minarets et de clochetons, s'ouvrent sur autant d'avenues dallées qui viennent aboutir au milieu de chacun des côtés de la large plate-forme qui lui sert de base. Là s'élève une pyramide mesurant cent mètres de côté et composée de cinq terrasses en retrait

les unes sur les autres , avec portiques d'arcades mauresques et coupoles hindoues soutenues par de niinces colonnettes. Au dernier étage, à la hauteur de cent pieds, se trouve une cour aérienne, toute de marbre, dont la blancheur éclatante contraste avec le grès rouge sombre employé dans la construction des autres parties de TédiGce. Au centre, un bloc massif figure le cercueil d'Akbar; les quatre-vingt-dix-neuf appellations de Dieu y sont gravées en caractères arabes. L'enceinte de la cour est formée par un grillage de marbre, au travers duquel on a ménagé de petites fenêtres carrées d'où Ton jouit d'une belle vue sur la campagne et sur le Taj. Mais ce que je ne puis me lasser d'admirer, c'est le fini de l'exécution et l'incroyable variété des dessins fouillés et découpés à jour qui leur servent d'encadrement.

De retour à l'hôtel, nous prenons quelques instants de repos sous la véranda. Une douzaine de marchands indigènes, en faction depuis le matin, s'empressent à notre arrivée de déplier leurs étoffes et de vider leurs coffres, étalant à nos regards une foule de curiosités et de bibelots de toute sorte, produits de l'industrie du pays. En quelques instants, tout l'espace libre est converti en bazar. Accroupis devant nos fauteuils, ils font passer et repasser sous nos yeux de jolis objets en agate, de- fines peintures sur ivoire, des réductions fort exactes du Taj en pierre tendre, des assiettes en marbre blanc incrusté de mosaïques, de moelleux tissus couverts de broderies, des cuivres ciselés, des photographies, etc. Après de longs débats, nous achetons quelques objets

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dont le bon marché final nous tente ; mais , selon toute probabilité, nos vendeurs font encore une bonne affaire ; car il est à peu près impossible à l'Européen de parvenir à connaître dans Tlnde le prix réel des choses. Le patron de rhôtel, qui touchera plus tard sa remise sur le montant de nos achats, se garde bien de vous renseigner à ce sujet.

Le voyageur qui passe quelques jours à Agra ne doit pas négliger la visite de Futteypore-Sikri , ancienne résidence d'été du grand Akbar. Les forteresses, les mosquées et les palais construits par ses ordres, bien qu'abandonnés depuis longtemps et tombant en ruine, forment encore aujourd'hui un ensemble des plus intéressants.

Je louai, pour cette excursion, un garry que je payai dix roupies. La distance est de trente-sept kilomètres. Par une route absolument plate et sans intérêt, on la ft*anchit en trois heures, au moyen de trois relais de chevaux. Mon compagnon, étant fatigué, est resté à Agra; je suis seul avec le babou Budree-Dass, gérant de l'hôtel, qui m'a proposé de m'accompagner comme guide interprète. C'est un Hindou de haute caste; mais à l'abri des regards indiscrets de ses coreligionnaires, il ne dédaigne pas, à l'occasion, de donner l'accolade à la bouteille de cognac qu'il m'a fait emporter par mesure de précaution.

Le nom de Futteypore-Sikri provient de deux villages qui subsistent encore au pied de la colline oii sont amoncelées d'immenses ruines , parmi lesquelles se dressent, encore à peu près intacts, une grande mosquée et le palais des mo^ols. Il est midi; comme toujours, à cette

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heure de la journée, la chaleur est accablante, et le soleil darde d^impitoyables rayons. Par un sentier à peine tracé, j'avance péniblement et la sueur au front, à travers d'énormes amas de décombres, jusqu'au pied d'une haute muraille crénelée. Là un Oguler étend son ombre bienfaisante à deux pas d'un vaste et profond réservoir, plein d'une eau stagnante et couverte de végétations verdâtres. Une dizaine d'hommes et d'enfants m'avaient précédé en courant. Soudain, je les aperçois debout sur le rempart qui surplombe, criant et gesticulant comme des possédés. Tout à coup l'un d*eux se précipite de cette hauteur effrayante de plus de trente mètres, agite ses bras en moulinet aGn de conserver la position verticale, et, les jambes les premières, disparait sous l'eau avec un épouvantable fracas, pour en ressortir presque aussitôt. Il est suivi par un second, puis par un troisième. Bientôt toute la troupe haletante et ruisselante est réunie autour de moi. Avec une petite pièce blanche, je les renvoie satisfaits et tout disposés à recommencer.

Un escalier monumental conduit à une plate-forme où s'élève une porte majestueuse, flanquée de niches et de minarets, décorée de mosaïques et d'incrustations de marbre. Elle est légèrement ogivale et mesure vingt-quatre mètres de la base au cintre ; le sommet , couronné de consoles hindoues, domine le sol d'une hauteur de quarante mètres. Par la grandeur de ses proportions et la richesse de l'ornementation, cette porte forme, à elle se île, un édifice spécial.

Un musulman bien vêtu, aux allures pleines de dis-

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tinction, vient à. ma rencontre, et, m^abordant avec politesse , m'apprend qu'il est officiellement chargé de conduire les étrangers. Nous entrons dans une immense cour dallée, au centre de laquelle se trouve le tombeau du scheik Selim-Chisbii. Ce sanctuaire vénéré, chef-d'œuvre de patience et d'art, est tout en marbre blanc, ainsi que les panneaux grillagés qui l'entourent, véritables dentelles d'un dessin partout élégamment varié. L'intérieur est revêtu de nacre. Une magnifique mosquée, avec ses trois dômes d'une blancheur éblouissante, occupe le côté gauche de la cour. Sur les trois autres côtés règne une superbe colonnade de cinquante pieds d'élévation. Un certain nombre de petits palais s'élèvent dans le voisinage.

Je n'entreprendrai pas la description détaillée de cet assemblage extraordinaire de portiques, de cours, de pavillons, d'édifices jetés çà et là comme au hasard. Quoique l'ensemble soit dépourvu de symétrie, il n'en offre pas moins un aspect imposant, et les détails sont toujours pleins de grâce. Ce qui caractérise ces constructions, c'est qu'elles sont toutes en belle pierre rouge, sans aucune pièce de bois ni une seule ferrure.

Parmi les plus remarquables de ces monuments, je me contenterai de citer :

Le palais de Bir-Bal, petit, mais admirablement sculpté, à l'intérieur comme à l'extérieur.

Le Panch'Mahal (les cinq palais), consistant en cinq plates-formes carrées s'élevant l'une s^u-dessus de l'autre en forme de pyramide. Chaque étage, en retrait sur Tinférieur, laisse sur ses quatre côtés une large terrasse.

Les piliers qui supportent ce curieux édifice sont tous d'un dessin différent et finement travaillés.

Le palais de Sonara-Mahal , épouse chrétienne de l'empereur Akbar. Une des fresques peintes sous le portique représente FAnnonciation : tolérance vraiment singulière de la part d'un souverain musulman.

Le palais de la Sultane de Constantinople, bloc merveilleusement ciselé, fouillé jusque dans ses moindres recoins, de manière à reproduire toutes les combinaisons imaginables de Tart décoratif.

La Chambre du Conseil, avec un pilier central, coiffé d'un énorme chapiteau sculpté.

Un pavillon de style hindou, antique demeure d'un fukir.

Je passe sous silence bien d'autres édifices aj^ant servi à orner cette résidence d'un jour, ville abandonnée presque aussitôt que construite. Quel gaspillage inouï du travail de l'homme, sans autre but que la satisfaction du caprice d'un empereur mogol, de celui qui, pourtant, fut le plus sage et le plus éclairé des souverains de sa race !

Sortant de l'enceinte du palais par la porte de l'Éléphant, nous arrivons, à travers des monceaux de ruines, au pied de la tour du même nom. C'est une bizarre construction haute de 30 mètres, hérissée de la base au sommet d'une multitude de défenses d'éléphant ou de leur imitation en pierre.

Là se termine notre visite; pendant tout le temps qu'elle avait duré, mes deux interprètes avaient eu de

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fréquentes discussions auxquelles je n*avais naturellement rien compris. Le musulman n*avait pu voir sans jalousie FHindou que j'amenais avec moi, etFantipathie religieuse aidant, leur animosité réciproque allait toujours en augmentant. Aussi , lorsque je remis mon offrande au guide delà mosquée, il la refusa en priant avec ironie son confrère de Taccepter. Ce dernier, humilié, riposta aussitôt avec véhémence. La situation se tendait visiblement. Comme ils persistaient tous deux à refuser Targent, j'eus ridée de leur proposer, pour terminer le différend, d'offrir la roupie objet du litige au tombeau du scheik Selim, ce qui fut fait aussitôt; après quoi, les deux collègues se quittèrent réconciliés, du moins en apparence.

Le 20 novembre nous quittons Agra par le chemin de fer du Rajpoutana. La ligne principale, déjà livrée à la circulation jusqu'à Beawar, sur une étendue de quatre cent vingt-sept kilomètres, se reliera prochainement par Mont-Abou et Ahmedabad au chemin de fer Bombay and Baroda, établissant ainsi une communication directe entre Bombay et les provinces dû nord de l'Inde. Un embranchement part d'Ajmir et se dirige vers le centre de la péninsule, en passant par Oudjein et Indore. Une lacune de deux cents kilomètres existe encore de ce côlé ; mais les travaux sont poussés avec activité, et tout fait espérer qu'avant peu les voyageurs pourront éviter l'immense détour d'AUahabad.

Deux heures après notre départ, nous sommes à Beurtpore, ville forte, d'une population de 100,000 habitants, et résidence d'un maharajah.

A Bandikui, où la voie bifurque sur Delhi, nous prenons un fort mauvais repas, bien que nous ayons télégraphié à Favance. Le côté défectueux de la cuisine anglaise est encore exagéré par les Hindous. Du bœuf, du mouton, de maigres poulets à la crapaudine, tel est Tinvariable menu qui nous est servi deux fois par jour; jamais d'autres légumes que des pommes de terre cuites à Teau ; pas une salade, pas un fruit ue paraissent sur la table; le dessert se compose uniquement de fromage de Chester, venu de Londres, à grands frais, dans des boîtes de ferblanc, alors qu'il serait si facile de se procurer quelquesans des fruits appétissants étalés par montagnes dans les bazars indigènes. Heureusement qu'à la fin de chaque repas, paraît le curry, dont la haute saveur vient fort utilement réveiller l'appétit peu excité par les plats qui ont précédé. Ce mets national se compose de riz à l'eau, à peine cuit, que l'on sert sous la forme d'une blanche et fumante pyramide. Chacun l'arrose, âson gré, d'une sauce jaune et fortement épicée, où nagent de petits morceaux de viande ou de poisson ; on ajoute à ce mélange quelques piments et autres condiments particuliers au pays, tels que le chatney, sorte de confiture au gingembre. Le tout forme un aliment tonique, que l'on dit excellent pour la santé. Anglais ou étrangers, dames et enfants, tout le monde ici en use largement. L'Européen nouvellement débarqué s'y habitue bien vite, et, plus tard, c'est une véritable privation pour lui que d'être obligé d'y renoncer; aussi la Compagnie des messageries, connaissant le goût de ses passagers, s'est-elle imposé la règle de

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faire figurer un plat de curry au riz, à chaque repas, sur tous les paquebots qui desservent Textréme Orient.

Le thermomètre marque 30°; le paysage est triste et monotone; plus de bambous, plus de grands arbres; seulement çà et là de maigres palmiers. Nous traversons souvent des terrains incultes. Pour la première fois, depuis Calcutta, quelques collines isolées se montrent à rhorizon de la plaine immense. Après avoir franchi le lit complètement à sec d*une rivière fort large, on arrive à la gare de Jeypore. Il est sept heures du soir. Nous avons mis dix heures pour accomplir un trajet de deux cent quarante-deux kilomètres.

Jeypore, capitale de l'ancien État de Dhondar, fut bâtie en 1728 par le roi Jey-Sing, dont nous avons déjà parlé à propos de l'observatoire de Bénarès. C'est aujourd'hui la résidence du maharajah Ram-Sing, dont les possessions sont situées dans la partie orientale du Rajpoutana. On désigne sous ce nom le vaste territoire qui s'étend entre es provinces du Nord-Ouest, le Pundjab, le pays des Mahraltes et les domaines de Scindia et d'Holkar, limitrophes de l'Inde centrale. Il se divise en dix-huit principautés natives indépendantes. C'est une contrée saine, mais à moitié déserte, sèche, et exposée, par suite du manque d'eau, aux ravages de la famine. En 1869, 1,250,000 personnes y périrent d'inanition. Les Rajpoutes ont le teint plus blanc que les autres Hindous; ils appartiennent à une race fière et orgueilleuse. Autrefois l'infanticide des filles était d'un usage général parmi les castes élevées; redoutant une mésalliance, les nobles

avaient recours à ce moyen sanguinaire, mais radical ; les Anglais eurent beaucoup de peine à abolir cette coutume.

Jcypore passe, et avec raison, pour Fune des plus belles villes de Tlnde. Elle est située dans une riche vallée, au pied de collines granitiques que domine une imposante citadelle. Par une route bien entretenue, bordée d*arbres au tronc gigantesque, au feuillage touffu, on arrive au pied d'une muraille crénelée défendue par de hautes tours et percée de portes monumentales. La rue principale , large de trente-six mètres , s'étend en droite ligne sur une longueur de trois kilomètres. Elle est coupée à angle droit par d'autres avenues régulières, et de belles proportions. Aux différents points d'interseclion, se trouvent de grandes places et des marchés fort animés. Les maisons sont couvertes de dessins variés, d'arabesques en forme de pots de fleurs; généralement cette riche ornementation se détache en blanc sur fond rose, ou bien en bleu sur blanc. La couleur jaune paraît réservée aux palais du souverain, aux monuments publics et aux temples hindous. Ces derniers sont construits sur de superbes terrasses qui s'élèvent à la hauteur d'un premier étage. On y arrive par de larges escaliers de marbre blanc. Dans les rues latérales, on remarque de charmantes habitations avec balustrades découpées à jour et kiosques élégants; presque toutes sont ornées de fines peintures représentant des scènes religieuses ou bien des aventures de chasse et de guerre. Un sujet fréquemment reproduit représente un éléphant au trot chargé de trois

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personnes eï précédé par une troupe de guerriers à la tête desquels galope un cavalier. Parfois, à côté d'un paysage fantastique, traversé à toute vapeur par un train de chemin de fer, Fartiste indigène a peint de curieux types anglais, véritables caricatures des modes et des allures familières à la race conquérante.

L'attrait de la couleur est si puissant aux yeux des habitants de Jeypore, que, non contents de barioler leur demeure de dessins multicolores, ils vont jusqu'à teindre leurs animaux domestiques. Il n'est pas rare de rencontrer des poules vertes, des chèvres violettes et des moutons bleus. Les cornes des bœufs sont peintes en rouge ou en vert ; il en est de même du front des éléphants .

Nous errons à travers la ville, à pied, au hasard. Ici, poiot de monuments comme à Agra; l'aspect de la rue sufGt pour intéresser. Voici des échoppes où l'on vend de jolies statuettes en marbre doré représentant les dieux du panthéon hindou. Jeypore est renommé pour ce genre de fabrication ; c'est dans ses environs que se trouvent les carrières de marbre blanc qui ont fourni tant de précieux matériaux aux capitales des Mogols. Plus loin, un marchand a étendu sur une natte une montagne d'objets de laque aux reflets métalliques ; ce sont de larges bracelets, tels que les femmes ont l'habitude d'en porter. Près de là, dans une boutique ouverte, des jeunes filles à demi nues tournent rapidement les meules pour écraser le grain. Par groupes de cinq ou six, elles accomplissent tous les jours leur rude labeur, tout en chantant et en riant aux éclats.

Dans la rue, le costume des femmes est difTérent : elles ont une courte camisole qui ne couvre que les épaules et la moitié supérieure des seins, laissant le torse et une partie du ventre nus ; des pantalons collants complètent leur costume. Leur tête est couverte d^une longue pièce d'étoffe qu'elles ramènent aussitôt sur la bouche si quelque étranger les regarde.

Les hommes portent un turban blanc ou rouge, roulé avec art autour d'une coiffe qui s'élève en pointe sur l'un des côtés. Ils ont la barbe hérissée, séparée par une raie verticale et dirigée horizontalement à droite et à gauche; souvent, ils se la teignent en rouge, ce qui leur donne un aspect singulièrement féroce.

Beaucoup portent des mouchoirs passés sous le menton et cachant les joues et les oreilles. Cette mode disgracieuse, dont je ne soupçonnais pas le véritable motif, me cause d'abord un certain étonnement; il me parais- ' sait étrange que tant de personnes , appartenant toutes au sexe masculin,' souffrissent de maux de dents. Plus tard, j'appris que ce mouchoir, qui m'intriguait si fort, avait pour but de maintenir la barbe relevée et pressée contre les tempes.

On rencontre beaucoup de gens revêtus de riches costumes, offrant une certaine analogie avec celui des pages ou des hérauts d'armes du quinzième siècle. La population des deux sexes affectionne particulièrement les étoffes aux couleurs rutilantes.

J'ai déjà dit que les rues étaient fort larges; de plus, elles sont parfaitement entretenues, munies de trottoirs,

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plantées d'arbres et éclairées au gaz. Dans les bazars, beaucoup de petites transactions se font au moyen des cauris, petits coquillages appartenant au genre porcelaine [cyprœa moneta)^ qui se pèchent aux îles Maldives et sur la côte d'Afrique. Il en faut environ six mille pour faire une roupie. 11 existe aussi une vieille monnaie de cuivre, fort épaisse, mais de peu de valeur.

Dans Taprès- midi, nous allons visiter le palais du maharajah. Mais nous ne sommes plus sur le territoire anglais, où notre seule qualité d'Européens lève tous les obstacles. Il nous faut faire passer nos cartes à TofQce de la presse où, après une assez longue attente, on nous délivre la permission demandée. Dès notre entrée dans la cour, on nous retire nos ombrelles, malgré le soleil impitoyable qui darde sur nous ses rayons presque perpendiculaires. Le parasol, étant l'emblème de la souveraineté, est réservé au prince seul, dans l'intérieur de son palais. Précédés de deux gardes, nous visitons d'abord la salle à manger, sorte de halle ouverte de trois côtés, avec arcades et piliers, le tout entièrement peint à fresque; puis la salle des durbars ou réceptions, beaucoup plus grande, mais dans le même style. Nous traversons plusieurs cours encombrées de gens de service et d'ofOciers au riche costume. Sous un portique, une centaine d'écrivains accroupis griffonnent sur leurs genoux un terrible grimoire sans trop se presser, comme des employés au mois d'un ministère quelconque. De là, par une série de couloirs, nous passons dans les jardins sur lesquels s.'élève là façade principale du palais.

Un délicieux salon de repos s^ouvre au rez-de-chaussée ; il est orné de ravissantes colonnes de marbre blanc ^ incrusté d'or et de pierres précieuses. Le mobilier offre un singulier mélange du luxe asiatique et du goût européen; des gravures françaises, des glaces magniûques, des trophées d'armes tapissent les murs. Dans un coin, je remarque un curieux vélocipède à trois roues , destiné à être mis en mouvement par autant d'Indiens ; dans la partie centrale du véhicule, se dresse un siège élevé, sorte de trône réservé au maharajah.

Un plan incliné nous conduit au premier étage, sur une belle terrasse où Ton jouit d'une vue générale sur r^nsemble du palais, immense édiGce fort compliqué, mais d*un aspect réellement majestueux. Les sons d'une musique barbare s'échappent à travers les fenêtres grillées du zenana et parviennent jusqu'à nos oreilles.

Gomme presque tous les princes rajpouts, le maharajah est hindou ; on le dit très-éclairé et sérieusement attaché à l'Angleterre. Ce qu'il y a de positif, c'est qu'il s'est toujours montré fort désireux d'introduire dans ses États la civilisation européenne. C'est ainsi qu'il a favorisé la construction d'un chemin de fer, et doté sa capitale d'une école iile médecine, d'un collège anglais et oriental, d'un hôpital, d^un arsenal y d'un observatoire et d'une usine à ga£ Il a aussi ouvert au public un beau jardin dessiné à l'anglaise, et contenant un muséum, une ménagerie, une jolie collection d'oiseaux, des fontaines, et une remarquable statue élevée à « ^n ami » lord Mayo, gouverneur général des Indes, qui pérît sous le poi-

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gnard d'un assassin , le 8 février 1 872 , aux îles Andaraan.

Au moment où nous sortons de son palais y nous ren* controns le maharajah, qui revient de la promenade. Il est précédé par un groupe de cavaliers en costume d'opéracomique; lui-même est assis, seul, dans une calèche européenne ; il porte des lunettes bleues. Deux coureurs le suivent à pied, un à chaque portière; le cortège est terminé par une escorte de lanciers et une voiture renfermant de graves personnages à longue barbe blanche et couverts de somptueux vêtements.

Nous allons ensuite voir la façade bizarre du palais des Vents, avec ses innombrables clochetons qui forment autant de balcons séparés; puis nous descendons le long de la grande route d'Amber, entre deux rangées de palais, jusqu'à un grand étang qui baigne les jardins du maharajah. Là se prélassent de nombreux alligators, ventrus, cuirassés, gigantesques, Glant lentement entre deux eaux, ou bien dormant au soleil, par petits groupes échoués sur la vase, immobiles et semblables à des trancs d'arbres. Leur dos noirâtre émerge seul au-dessus de Teau. Sur ces îlots d'un nouveau genre, se tiennent des oiseaux aquatiques qui, perchés sur une patte, semblent s'y reposer avec la plus complète sécurité; d'énormes tortues viennent de temps en temps respirer à la surface et disparaissent au moindre bruit. Les sommets des montagnes voisines sont couronnés de fortiGcations, de vieilles tours et de murailles à demi ruinées. Leurs flancs abrupts sont dépourvus de végétation.

Nous rentrons en ville. Le jour touche à sa 6n; le soleil couchant éclaire de ses rayons obliques les teintes roses des murailles. Nous ne pouvons nous lasser d'admirer cette singulière architecture, cette cité entièrement peinte à fresque, ces rues admirablement entretenues, arrosées avec soin et qui ne seraient déplacées dans aucune capitale de l'Europe. Une foule considérable, aux costumes pittoresques, à Tair heureux et aisé, se presse autour des bazars. Nous nous arrêtons quelques instants sur une place publique où vingt ofGciers passent en revue une centaine d'hommes à la solde du maharajah. Chefs et soldats portent, à peu de chose près, l'uniforme anglais. Ce sont de beaux hommes, à la physionomie expressive, à Fœil hardi. Mais ces troupes sont loin d'avoir la tenue correcte des cipayes du gouvernement de la Reine. Ils paraissent gênés sous leurs habits européens; je suis persuadé que le brillant costume national leur siérait inHuîment mieux.

A huit heures du soir, nous prenions le chemin de fer pour Delhi : distance, 307 kilomètres. A Bandikui, le train continue sa route sur Agra. Il est minuit; nous ne repartirons qu'à trois heures. On nous indique une voiture qui doit faire partie du convoi de Delhi; nous la transformons aussitôt en chambre à coucher, et nous ne tardons pas à nous endormir profondément.

Le jour nous prend à Llwar, chef-lieu d'une principauté gouvernée par un rajah, sous la surveillance d'un résident anglais.

Le thermomètre ne marque que 13*^; la voie circule

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entre deux chaînes de collines arides : ce sont les Chittore- Hills, Elles s^élèvent à 400 mètres au-dessus de la plaine, laquelle est elle-même à 500 mètres au-dessus du niveau de la mer. Les arbres sont rares; le sol est sec. Ce n'est qu'au moyen des irrigations qu'on peut arriver à le fertiliser et à lui faire produire régulièrement deux récoltes par an, une en septembre et l'autre en avril.

Nous apercevons quelques antilopes sauvages et de grands oiseaux peu farouches, comme tous ceux de ce pays, qui ne sont jamais inquiétés par l'homme. On traverse sur un pont très-long une immense rivière où il n'y a plus une srule goutte d'eau. Le sable transporté par le vent forme une série de dunes qui envahissent l'intérieur des terres et donnent naissance à des jungles ou terrains incultes couverts de broussailles.

Bientôt nous perdons de vue les dernières collines , et la vaste plaine, seule, se déroule à nos yeux.

Quelques heures avant Delhi, la campagne, mieux arrosée, prend un aspect moins désert. Des ruines amoncelées de chaque côté de la voie annoncent les approches de la grande cité. A trois heures nous entrons en gare ; une demi-heure après, je prenais à l'hôtel tfie Unitet/ Service un délicieux bain froid qui me faisait oublier la fatigue et la poussière de la route.

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