‹ Promenade de Dieppe aux montagnes d'EcosseChapitre 14 sur 35 · DE LONDRES A EDIMBOURG · texte numérisé non relu

DE LONDRES A EDIMBOURG

Yorck est une jolie ville, agréablement située au milieu d’une campagne romantique. Sa cathédrale passe à juste titre pour un des plus beaux monuments de l’architecture intermédiaire. Rien de plus majestueux que son ensemble , de plus imposant que ses proportions qui lui donnent , pour l’étendue , la seconde ou la troisième place parmi

les grandes basiliques dé l’Europe de plus élégant que ses longues fenêtres en lancette , de cinquante-sept pieds de hauteur sur cinq de largeur; de plus noble et de plus riche enfin que son magnifique jubé gothique dont le devant est garni d’une suite de statues des rois d’Angleterre qui commence à Guillaume-le-Conquérant et finit à Elizabeth. Le concierge qui montre ces merveilles aux voyageurs ne manque jamais de les prévenir, à leur départ, qu’ils ne verront plus rien de semblable sur toute la terre , et cette hyperbole patriotique ne produit pas l’effet ordinaire des hyperboles. Elle ne choque point,

Durham, capitale du comté de ce nom , passe pour une des villes les plus pauvres de l’Angleterre. Nous y trouvons pour la première fois des mendiants, après cent cinquante lieues de voyage ; ce sont de jolis enfants qui chantent, sur un de ces airs nationaux si tristement monotones, des souhaits de prospérité aux voyageurs. Trop heureux l’homme sensible aux beautés de la nature et de l’art , si un pénible sentiment n’en altérait pour lui l’impression dans cette ville d’ailleurs pittoresque et charmante! L’œil est frappé de loin par l’aspect de sa vaste et superbe métropole, d’où descend et se déploie le long de l’horizon un large

demi -cintre de maisons blanches, surmontées de toits d’un rouge éclatant; mais l’admiration s’accroît encore au passage hardi du pont de Framlingate , jeté , d’une colline à l’autre, sur une gorge au fond de laquelle la rivière court entre des ombrages ravissants. C’est dans les noires murailles du château ruineux de Durham que la plupart des chroniqueurs écossais font pénétrer Wallace sous les habits d’un barde ou d’un troubadour, pour y conférer avec Robert Bruce.

La dernière ville du comté de Durham n’est séparée que par un pont de la première ville du Northumberland ; c’est ISTeAvcastle , célè-

bre par son château, par sa cathédrale gothique dont le style original est particulier à ce monument, et surtout par son commerce. On arrive au sommet de la montagne rapide que domine le quartier principal par la rue la plus longue , la plus droite , et en meme temps la plus roide et la plus périlleuse que j’aie vue de ma vie. Les chevaux exercés à ce tour de force l’exécutent de fort bonne grâce. Et puis on laisse derrière soi les mines de charbon de terre, les fourneaux brûlants des usines , les huttes enfumées des ouvriers, le fameux marché de Morpeth, et on s’arrête à Alnwich, devant la merveilleuse façade

du château des ducs de Northumberland, dont l’ensemble est un des plus singuliers qu’il soit possible de concevoir. Toute sa vaste étendue est couronnée de créneaux, et chacun des créneaux porte la statue d’un chevalier armé en guerre dans les attitudes variées du combat. Ce précieux . monument d’antiquité a été restauré souvent , mais avec une fidélité si exacte, qu’il n’a rien perdu de sa physionomie primitive (i). Plus

(i) Je crois que la dernière restauration date d’une^ soixantaine d’aiine'es. Elle était récente à l’époque du voyage de Dutens , vers 1770. On sait qu’il parcourait l’Europe en riche amateur et de châteaux en cl^âteaux. 11 dit dans son Itinéraire , souvent

bas, uii pont qui est également du moyen âge et de la meme conservation , traverse une jolie rivière dont le cours baigne des prairies délicieuses. C’est non loin de là que ce vaillant Douglas fut tué par un des jeunes Percy, qui furent faits prisonniers tous deux dans la même bataille. A quelque ' distance une croix , élevée sur votre droite audessus de la côte, marque le dernier champ de bataille et le lit de mort d’un roi soldat C’est l’endroit où est tombé Malcolm. Enfin , vous

réimprimé sans être plus commun, qu’il n’a^ rien vu d’aussi magnifique que le château d’Alnwich. Je suis tout-à-fait de son avis.

passez une rivière de plus, vous traversez une petite ville remarquable par ses maisons rouges et son clocher élancé ; vous êtes à Berwick et sur le territoire d’Ecosse. Le paysage , sans cesser d’étre riche, devient plus austère et plus varié ; les montagnes dessinent sur l’horizon des arêtes plus aiguës, des profils plus crus et plus bizarres ; des ravins terribles coupent le sol des deux côtés de la route à une grande profondeur. Vous voyez se succéder sur votre chemin des promeneurs en manteaux d’étoffes quadrillées, de petits enfants en toques de laine bleue, des jeunes filles en chapeau de paille, enjambes nues, à la physionomie vive et riante ,

aux yeuxcircassiens; des Bohémiennes qui fument gfàvement leurs pipes.

Votre attention est distraite d’espace en espace par des objets agréables et toujours nouveaux ; ce sont des pâturages pittoresques' chargés de troupeaux bondissants, des friches sauvages, mais superbes , que hérissent les sceptres d’or du genêt, que décorent de leurs grappes élégantes les souples rameaux du cytise. Plus loin, c’est au milieu d’un bois de sapins lugubres, le vieux château de Douglas, et son pont gothique d’une seule arche lancé à cent vingt-deux pieds de hauteur au-dessus du torrent ; le port romantique de Dunbar; Haddington et ses jolies cam-

pagnes, et sa rivière qui roule sur des rocs de granit. Enfin vous parvenez au pied d’un groupe de montagnes parmi lesquelles vous distinguez Arthur s seat, ou le trône du géant, et vous entrez à Edimbourg.

Nous avons fait une partie de cette route pendant les heures de la nuit, mais favorisés par la clarté presque non interrompue du jour polaire , sous un ciel que n’âbandonne jamais tout-à-fait , à cette époque, la lumière du soleil, et où le crépuscule ne commence à s’évanouir que devant les premières clartés de l’aurore.

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