‹ Promenade de Dieppe aux montagnes d'EcosseChapitre 15 sur 35 · VJ · texte numérisé non relu

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Indépendamment des institutions politiques et littéraires qui font d’Edimbourg une des villes les plus intéressantes de l’Europe moderne , et des monuments ou des souvenirs qui lui donnent le droit de rivaliser avec les villes les plus célèbres de l’Europe ancienne, il semble que le nom d’Athènes du Nord , qui ne lui est pas contesté , soit

pour elle un privilège de localité, fondé sur des ressemblances topographiques très- sensibles. La ville d’Edimbourg est séparée de la mer par une voie droite de la meme figure et de la meme longueur que celle qui conduit d’Athènes au Pirée ; c’est le faubourg de Leith. Elle embrasse dans son enceinte une montagne surmontée d’une forteresse ou citadelle antique qui rappelle l’Acropolis. C’est le château d’Édimbourg. Arrivé à cette cime majestueuse et distrait par je ne sais quels sentiments, je n’ai rêvé qu Athènes et j’ai cherché le Parthénon»

A quelque distance s’élève une

autre montagne , aussi enclavée dans les murailles de la ville , et sur laquelle on va visiter le monument de Hume ou celui de Nelson. De là, les yeux tournés vers le château , on est placé entre deux villes très - distinctes , également remarquables ; à gauche , la ville vieille , noire et sévère ^comnie les constructions d’un fort des temps che^ valeresques; à droite , la ville neuve, blanche et brillante comme une enceinte de palais. Les maisons y sont beaucoup plus élevées que celles de Paris , les rues beaucoup plus larges que celles de Londres , presque toutes tracées au cordeau comme celles de Turin , et il y en a

quelques-unes qui ont un mille. Là plupart sont construites d’ailleurs d’une pierre blanche , étincelante de mica , et quand le soleil frappe sur leurs paillettes spéculaires, on croirait tous les édifices marquetés de diamants.

Nous sommes arrivés à Edimbourg un dimanche, c’est-à-dire dans un de ces jours d’étroite observance où toutes les maisons sont fermées , tous les magasins impénétrables , tout le monde en prières. La solitude était immense , absolue , et le premier sentiment que nous ayons éprouvé à Edimbourg, c’est que cette prodigieuse cité avait été bâtie autrefois pour une race de

géants qui a depuis long - temps disparu de la terre.

On chercherait en vain dans la vieille ville la prison d’Edimbourg, plus célèbre encore par un excellent roman quelle ne l’est dans l’histoire.

La prison actuelle est neuve , mais d’un goût ancien , comme presque tous les bâtiments qui s’élèvent dans la Grandcj-Bretagne. La place du palais de justice est reconnaissable à une mauvaise statue de Charles II qui ne contribue pas à son ornement. Il s’en faut bien que ce soient ici les monuments remarquables d’Édimbourg; mais je procède par ordre, et S. Walter Scott qui exerce un emploi éminent dans la judica-

ture, aurait pu se trouver là. Il n’était malheureusement pas venu, et j’ai perdu mon voyage. Nous ne verrons que FÉcosse.

La cathédrale est ruineuse, gothique , surmontée d’un clocher gothique aussi mais un peu plus moderne, dont la pyramide se termine par une espèce de couronne bizarre.

L’œil embrasse du haut de la plate-forme du château un magnifique horizon. J’ai été peu curieux de visiter l’intérieur de cette forteresse dont l’aspect redoutable fait probablement le plus grand mérite, et qui semble menacer de sa chute la superbe rue appelée Prince's Street qu’on voit s’étendre le long

de sa base. Je ne désirais pas davantage d’examiner les Regalia ou insignes royaux des souverains 'd’Écosse , retrouvés récemment dans une chambre close depuis plus d’un siècle. J’ai remarqué que mes sensations perdaient beaucoup à être détaillées. Ce que je ne me suis pas lassé d’admirer, c’est l’ensemble de cette ville majestueuse dont les rues, toutes rivales d’étendue et de beauté, finiraient cependant par accabler l’imagination de la monotonie de leur grandeur symétrique , si cette impression n’était suspendue ou modifiée de temps en temps , à la vue de quelque monument qui les distingue , ou de quelque square

verdoyant et ombragé qui les sépare. La place projetée du Circus dont le nom indique la forme, et qui sera, dit-on, terminée dans trois mois, est digne d’Athènes elle-même.

Les derniers moments de notre séjour concouraient avec une circonstance heureuse. Ce n’était cependant ni l’époque du bal gallique, ni la distribution du prix de la cornemuse. Un autre motif que je ne connais point avait amené à Edimbourg une dixaine de chefs de clan ou de fribu dans la pompe de leur admirable costume. Quand on parle aux Parisiens des montagnards écossais, ils ne voient qu’un soldat rouge qui n’a point de haut-de-chausses, et

qui campe au bois de Boulogne. Ce n’est pas là qu’il faut voir les Écossais , Dieu nous en garde ! c’est en Écosse. Le chef de la tribu écossaise, avec son poignard et ses pistolets de flibustier , son bonnet de cacique , son manteau drapé à la grecque , ses brodequins quadrillés qui rappellent , comme toutes les étoffes du pays, le tatouage des anciens habitants quelles leur ont fait oublier, son bâton de cytise recourbé en signe de commandement , sa demi-nudité sauvage , et avec tout cela son air noble et doux, est une tradition vivante , peut-être unique en Europe , de nos âges de force et de liberté. Quoique fiers et très-fiers de

Féblouissante beauté de leurs parures, ils ne, marchent pas, ils volent, sans rien regarder , sans s’arrêter à rien , et traversent les villes comme des lions égarés. Ils doivent y éprouver, à la vérité, quelques sentiments pénibles. Ce peuple fût libre comme eux , et il est venu se précipiter sous le joug des convenances et des lois dans l’intérêt de sa paresse et de sa cupidité. Je comprends bien que les montagnards des Highlands méprisent les hauts-de -chausses de l’homme civilisé. Il y a des chaînes après^

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