‹ Promenade de Dieppe aux montagnes d'EcosseChapitre 19 sur 35 · LA CATHÉDRALE · texte numérisé non relu

LA CATHÉDRALE

La cathédrale de Glasgow élevée au-dessus de la rue grimpante appelée High-street , mais sur le revers du coteau qui la domine, échappe souvent aux recherches du voyageur, qui s’attend peu d’ailleurs à trouver un monument aussi ancien et aussi imposant dans une ville dont la prospérité est si récente et dont l’accroissement date de si peu

de temps. C’est , à la vérité , le seul édifice qui atteste que la ville de Glasgow jouissait déjà des souvenirs d’une antique prospérité à l’époque où elle a commencé à s’agrandir par son commerce et par ses manufactures. On en fait remonter la construction à la première moitié du douzième siècle, et le style de son architecture qui est celui de l’âge où l’introduction de l’ogive a eu lieu , et où ses angles depuis si élancés n’exprimaient encore qu’un faible brisement dans le cintre , semble effectivement ne pas indiquer une époque plus rapprochée de nous. La vaste étendue de ses bâtiments , l’élévation hardie de sa

pyramide , le ton noir et solennel de ses murailles, le caractère noble et simple de ses masses lisses et de ses lignes sans ornements , doivent une expression plus majestueuse encore au hasard de cette localité solitaire dont j ai cherché à donner l’idée. L’aspect de cet édifice presque étranger à la cité dont il n’est pas aperçu, rappelle celui de ces temples anciens , bâtis au temps où l’enceinte profane des villes ne paraissait pas digne de se fermer sur la maison du Seigneur, et où l’église n’avait pour hôtes de ses parvis sacrés que le peuple silencieux des morts. Des tombes plus ou moins anciennes, pins ou moins décorées

qui varient de la forme de la simple pierre sépulcrale jusqu’à celle du sarcophage et de l’obélisque , dont quelques-unes sont entourées de barrières de fer , dont le plus grand nombre sont encloses de bandes de fleurs et couronnées de frais ombrages, couvrent de toutes parts le sol du cimetière qui n’en contiendra plus davantage. Quand on voit ce spectacle pendant la nuit, tous ces marbres d’un blanc de neige qui dressent leur front encore éclatant sur le vert obscurci des gazons et sur le fond noir des murailles, ressemblent à des fantômes convoqués par la cloche de minuit , et qui attendent le lever du

soleil pour retourner dans leurs cercueils. Derrière la cathédrale se déploie une longue colline, contre laquelle elle paraît appuyée, et qui ajoute encore à la sévérité de ce tableau par la couleur triste de sa verdure et la figure pyramidale de ses arbres d’hiver, qui s’élancent vers le ciel comme d’autres obélisques à la mémoire des trépassés , et prolongent dans une perspective profonde l’image et la pensée des tombeaux. Deux bâtiments de belle apparence placés aux environs ne diminuent pas cette impression. Ils I sont déserts ; l’espace entier qui les I environne est inhabité, et on les I prendrait pour des sépultures parti-

culières érigées seulement par une vanité plus fastueuse. Il faut faire quelques pas du côté de Glasgow , arriver au sommet de la hauteur et voir fumer les longues cheminées des manufactures , pour rentrer dans le domaine de la vie. Là tout s’occupe d’exister , de travailler , de jouir, et un temps viendra cependant où le voyageur qui cherchera sur les bords de la Clyde les souvenirs poétiques qui m’y ont appelé, ne retrouvera ni Glasgow, ni ses manufactures, ni ses. tombeaux , car tout meurt de l’homme sur la terre , jusqu’aux vestiges de sa mort.

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