LES BOXEURS
Je ne décrirai pas les combats affreux des boxeurs, plus multipliés encore en Écosse qu’ils ne le sont en Angleterre. Ces exercices fort dégoûtants quand ils ne sont que des jeux mercenaires, ont toute l’horreur d’une exécution quand la
haine des deux parties en fait des duels à mort. Le hasard m’a forcé à subir un de ces. cruels spectacles dans la belle promenade de Glasgow.
Je n’avais pas encore eu le temps de détourner les yeux qu’on n’aurait plus trouvé moyen de placer un schelling sur le corps de ces misérables sans toucher à du sang. Les cris de hox de la populace, l’attention féroce des spectateurs , le calme méthodique des témoins officieux qui agrandissaient le cercle de minute en minute, les exclamations qui notaient les coups , les gémissements déchirants d’une femme au désespoir, la douleur plus concentrée , mais non pas moins profonde
d’un père , tout cela était effrayant et terrible. Enfin ils . sont tombés tous deux à-la-fois sans connaissance.
J’ignore s’il leur restait assez de vie pour crier merci.
Je suis revenu tristement chez moi le long de ces bords délicieux .de la Clyde que j’avais suivis naguère 5 absorbé dans des idées si charmantes sur le bonheur des peuples que leurs institutions et leurs mœurs tiennent encore près de la nature. Cette scène de barbares m’avait singulièrement distrait de mes heureuses illusions. Moitié dépit en songeant à mes théories désappointées , moitié attendrissement en réfléchissant à la destinée de
l’homme , je sentis une larme mouiller mes paupières et je portai une main à ma poche; on m’avait volé mon mouchoir.