LES GYPSIES
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Xjes nuits des montagnes d’Écosse ont un caractère particulier de solennité que j’avais cru deviner , mais qu’on ne peut apprécier tout-àfait quand on n’a pas joui par soiméme de leur solitude et de leur silence. Depuis que le soleil s’était abaissé à l’horizon des vallées , presque tous les bruits qui annoncent
la vie avaient cessé. Le dernier oiseau que j’avais vu était un héron qui se laissait tomber sur une île du lac; après cela, je n’avais recueilli d’autre son que le frôlement d’une brise fraîche qui se glissait dans les longues herbes du rivage.
Seulement vers minuit j’entendis crier les branches d’un pin sous le poids d’un animal puissant, et des ailes vigoureuses battirent le feuillage et les airs. C’était un grand duc qui traversait le ciel , tenant dans son bec un serpent qui roulait ses vastes anneaux autour des serres robustes de son ennemi , et qui les frappait de sa queue comme d’un fléau. Le désert était visible , et
cette immensité de terre et d’eau sur laquelle dormait la lumière polaire , mais où il ne restait d’ailleurs ni mouvement ni vie, me parut plus austère que l’obscurité elle -meme.
Je m’enfonçai à dessein entre de noirs massifs de la foret dans un sentier peu battu , mais qui révélait cependant le passage de l’homme, et je me sentis subitement saisir d’un mélange de crainte et de curiosité. Qui pouvait avoir pratiqué cette route mystérieuse, si loin de toutes les habitations et de tous les
lieux où s’exerce ordinairement Fin- /
dustrie du peuple? un peu préoccupé de cette inquiétude , jè n’écoutais pas sans émotion le retentis-
sement de mes pas^ et j’essayais de les répéter exactement pour m’assurer que c’était bien leur bruit que j’axais entendu. De temps en temps il se faisait, un mouvement dans le lac comme celui d’une flaque d’eau , et je cherchais à m’expliquer s’il résultait des bonds de quelque grand poisson, ou du battement de la rame d’un pécheur qui venait jeter ses filets* Après avoir marché pendant deux heures dans la pensée qu’il était difficile et improbable qu’un autre homme respirât près de moi l’air de la montagne , j’aperçus au détour d’un chemin creux une lumière éloignée, et je me dirigeai vers elle avec une certaine im-
patience , car le froid était devenu très -pénétrant.- A mon arrivée auprès du foyer nomade sur lequel craquetaient quelques feuilles de houx , et dont s’exhalait une fumée noire, je vis trois hommes couchés qui soulevaient à peine la tète pour me reconnaître^ et quelques femmes accroupies qui tenaient des enfants dans leurs bras. L’une d’elles, après^^m’avoir un moment regardé avec surprise , tira d’un sac de haillons raccommodé avec des pièces de toutes les couleurs, un petit flacon de verre où il restait quelques gouttes de wiskey quelle me fit boire en déclamant avec chaleur des phrases que je ne comprenais
pas mieux que les chants de Mannah. Enfin , après avoir pris quelque repos et distribué entre ces femmes et ces enfants ce que j’avais de pièces de monnaie , et deux ou trois cents d’épingles dont je m’étais précautionné pour mes insectes, mais qui avaient excité vivement l’envie de mes sauvages hôtesses, je me remis en route au lever du soleil sans avoir obtenu des chefs de la tribu un signe d’attention, et fort agréablement surpris de leur indifférence. Comme je marchais depuis dix minutes en réfléchissant à cet épisode de mon voyage , et aux conséquences qu’il aurait pu avoir, je me retournai vers le sommet de la
colline que je venais de quitter, et que commençaient à colorer les vapeurs orangées de l’Orient. Précisément à la point.e ducrocher," il y avait un homme immobile appuyé sur l’embranchement d’un long bâton fourchu. Un peu au-dessous de moi , quelques autres de ces aventuriers amarraient un bateau à la côte. J’étais près d’Arroqhar, l’ancien séjour des Macfarlanes , et je sortais d’un bivouac de contrebandiers Bohémiens. -