PRE?ID LE RAT
COMODAGE DES
"VIELLE CHOSURES.
Certainement cet entrepreneur ne se croyait pas savetier , et si Tiercelin s'était avisé d'aller lui demander des leçons de costume et de langage pour son rôle du père l'Empeigne , il est probable qu'il aurait été reçu avec une dignité qui l'aurait averti de n'y plus revenir.
Les cordonniers eux-mêmes deviennent trèsrares; ils s'élèvent tous en bottiers , et même s'ils ont plus d'une douzaine de paires de bottes dans leur boutique , ce sont à^sfabricaus de bottes.
Que sont devenus ces cabarets dont la tradition seule et les dictionnaires nous ont conservé Je mot ? Vous ne voyez dans Paris que des mai" sons de commerce du bon coin , ou même du hon coings et si un auteur comique s'avisait de mettre , aujourd'hui , dans la bouche d'un de ses interlocuteurs, des vers semblables à ceux-ci:
Jlem , je lègue à mon marchand de vin, Ua coquin qui demeure au cabaret voisin , etc.
il risquerait de n'être pas compris, ou d'être ac-
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cusé (le porter sur la scène française nii langage trop grossier.
En effet, notre langage s'est policé, raffiné, à nn point inconcevable, depuis vingt -cinq ans. Par exemple , la réaction contre le mot citoyen a été poussée aussi loin que possible. Il y a bien une certaine classe gothique, stationnaire, immobile, qui n'a aucunement profité de l'épuralion de la langue, et dans laquelle un homme, fût-il duc ou prince, dit encore, en parlant de la femme que le mariage lui a donnée et dcsenfans qui en sont provenus: ma femme , mes fils, mes lillos. Mais dans la partie perfectible, pour qui les progrès de la civilisation ne sont pas perdus, où l'on se respecte , un monsieur «Ht en parlant de sa femnje : ma darne , en parlant de ses filles, mesdemoiselles. Par exemple , ma dtmie ne m'a donnéque (\qs demoiselles. S'il demande à un de ses amis des nouvelles de son ménage, il lui dit: comment se porte votre dame ^ où sont vos demoiselles? et s'ils sont assez familiers pour se tutoyer, il n'hésitera pas de lui dire : comment va ta dame ; ce qui est le comble du raffinement; parce que cela prouve que l'intimité dans laquelle on vit, ne nuit aucunement à l'observance des égards que l'on se doit.
Il y a même une province où Ton est allé plus loin que partout ailleurs, dans ce genre. Les femmes ne mettent plus de garçons au monde :
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on accouche d'un cavalier. Et il y a snr cela des miances de langage accomniodoes anx circonstances qui sont très- délicates. Par exemple, un honnête artisan, en Cisquette et en veste ronde, vous dira familièrement, dans le cours de la semaine: mon épouse est accouchée d'un petit Monsieur; mais le dimanche , avec son habit et son chapeau à cornes, le sentiment de sa dignité ne lui permet pas de dire autrement que : ma !>«/«(? est accouchée à' un Cavalier.
J'ai rencontré, sur ma route, une femme qui venait des Indes, et qui disait que, dans ce payslà , le climat était plus dangereux pour les Mes^sieurs que pour les Dames : tant elle avait peur de souiller sa bouche des expressions ignobles d honirnes et de femmes.
J'entendis un jour , à une table d'hôte, im des commensaux élever la voix et débuter par ces mots: Les voyageurs français et étrangers.... je prêtai l'oreille , curieux de savoir ce qu'on allait dire des Chardin , des Bonpland , des Humboîdt , des INIungo-Parck. Plusieurs noms beaucoup moins connus se succédèrent rapidement; je me reprochais d'avoir laissé passer par mailles quelques volumes des Annales de M. Malte- Brun; mais à la longue, la suite du discours me fit connaître qu'il s'agissait de commis-marchands en tournée. Ces messieurs ne s'appellent phis autrement que voyageurs ^ tout court. J'en
ni eu, depuis, la certitude très-complctte Ils composaient presque la totalité de la table en question , et ne parlaient par conséquent que pour eux; ce qui ne laissait pas d'être divertissant pour quelqu'un dont ils ne s'occupaient guère.
C'est avçc de telles réflexions que j'atteignis le sommet de la montagne de IMassiac; et ces pensées me conduisirent même pendant quelque temps sur le plateau, .l'en fus distrait par la vue de grands jalons en bois , que l'on a placés sur le chemin , pour guider les voyageurs dans les temps où la neige est épaisse. Comme on n est pas souvent gâté par ces attentions pour le public; bien que ce fût alors dans la belle saison , et qu'il fît très- chaud, je remerciai ceux qui étaient à remercier , sans les connaître , de cette prévoyance philantroplque. Mais comme je trouve toujours quelque chose à redire dans ce qu'il y a de mieux , et que je suis d'autant plus exigeant , que je suis plus imparfait , comme c'est l'usage, j'aurais voulu que ces grands poteaux fussent plantés dans des pierres , au lieu de l'être dans la terre, où ils pourriront bientôt. Et ce n'eût pas été une grande augmentation de frais; car il y a positivement, à peu de distance du che-. min, de grosses roches détachées qui auraient merveilleusement convenu pour cela.
Je descendis long-temps pour arriver an pied Ïloor. de Saint-Flour ; puis il me fallut gravir une côte
Saiwt^
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rapide pour parvenir an sommet du rocher volcanique £i:r lequel cette ville est perchée. Ce n'est pas la peir-e d'être si haute , pour être si laide. Il n'y a de remarquable que la cathédrale qui est belle de reste pour Saint-Flour , et une promenade de laquelle on a une vue plus élepdue qu'agréable. En partant de cette promenade pour prendre la route de Chaudes- Aiguës, on voit (\es gerbes de prismes basaltiques, les uns droits , les autres fléchis, et supportant une lave confuse. En d'autres endroits ces prismes réunis en faisceaux sont très-petits et se délitent naturellement.
Les chaudronniers de Saint-Flour font, d'euxmêmes, assez de bruit dans le monde, pour que je n'en parle pas. Mais je noterai que je ne pus y trouver une boutique de parapluies , pour acheter un fourreau en remplacement de celui que j'avais perdu ; et cependant c'était im jour de foire. Il se fait, dans cette ville, un commerce considérable de fromages qui y sont apportés de tous les environs.
En continuant ma route vers Chaudes-Aiguës, j'arrivai à un chemin coupé sur le flanc d'une montage escarpée , qui doit être effrayant pour les personnes en voiture. C'est comme la corniche de Gênes. Il dure ainsi pendant plus d'une heure et suit long- temps le cours d'une petite rivière qu'on appelle la Truyère , au-dessus de laquelle on est suspendu à deux ou trois cents
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pieds, sans garde-fon. Ce chemin , auquel on travaille, mais très-faiblement, coûtera beaucoup avant d'être terminé. Il faut souvent faire jouer la mine, pour détacher des masses de granit schisteux de la roche qui constitue cette montagne.
Chaudes-Aiguës est une petite bourgade fort Chaudeslaide qui a pourtant une assez belle église. Elle doit son nom à une fontaine très-chaude qui est fort utile aux habitans. Des canaux en bois en conduisent Teau dans presque toutes les maisons; elle sert à tremper la soupe, à laver la lessive, à échauder les cochons, etc. Dans Thiver elle réchauffe les maisons. On médit qu'elle était à pea près à la température de l'eau bouillante: je n'y ai point vu plonger le thermomètre. Cette eau est Irès-ferrugineuse et fortifie l'estomac, on la prend aussi en bains de cuve et en bains de vapeur ^ contre les rhumatismes et autres douleurs. Mais elle n'est fréquentée que par les gens du voisinage. Elle attend que quelque brillant favori d Esculape la mette en vogue : Habent et sunfata aquœ. Si la route de Paris en Espagne par l'x^uvergne, le Rouergue , le Languedoc et le Roussillon , s'achevait, Chaudes-Aiguës et sa fontaine bouillante seraient connues de plus de monde, et peut-être qu'un jour leur réputation irait de pair avec Bagnères , Bath, Spa, Pyrmont. Chaudes-Aiguës est dans un vallon étroit , mais du moins boisé et traversé par un joli ruisseau, où l'on pêche de
fort bonnes truites. Je croîs que Tair y est bon ; car j'y ai vti , 'pour nn aussi petit endroit, vm gronpe assez' considérable de jeunesse, qui m'a paru saine et vigoureuse-
A peu de distance de la ville, la route de Rodez passe à travers un rocher que je croirais avoir été fendu par Tépée de Roland, si le bon archevêque Turpin nous eût appris que leterrible comte d'Angers eût passé par là. Un peu plus loin , un autre rocher présente une fenêtre naturelle d'un effet très-remarquable. Voilà de ces aspects auxquels je voudrais que les paysagistes appliquassent l'expression de miniques de l'abbé Haûy. Au reste , ces rochers sont de granit ; mais bientôt après , sur la même route , on se retrouve dans les laves et les basaltes , et même , pendant un espace de quelques centaines de toises , le chemin , qui sans doute est dangereux pendant les grandes neiges , est jalonné par des prismes basaltiques que Ion trouve dans les environs. On voit en effet , dans différens endroits sur la gauche et sur la droite du chemin , des faisceaux de ces prismes, le plus souvent surchargés de lave confuse ; * ces groupes de basalte occupent assez
* J'appelle ici lave confuse ce qui serait plus exactement nommé basalte amorphe ; mais c'est que , penchant pour le système vuloanit n , je ne cousicîèi e le basalte que comme une lave produite seulement et consolidée, avec des circonstances dilïl'rentes que la lave commune.
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tVequemnient les sommités des montagnes , où ils forment un dernier surhanssement , un petit comble. Je remarquerai encore en passant que la lave et le basalte forment les meilleurs matériaux que je connaisse pour la construction des chemins ; partout où je les ai vus employés , la route était plus belle et plus solide qu'ailleurs, jamais détrempée par la pluie , quelque violente qu'elle fût ou eût été.
Comme c'est entre Chaudes-Âigues et la Guyolc que l'on passe de l'Auvergne dans le Rouergue , je veux dire ici un mot d'adieu à la première de ces provinces , que je regarde conmie celle de
rance qui , a surtace égale , renrerme le plus iions éneia-
de beautés naturelles et de choses curieuses. Le "^^ *»« ''Auvergne.
peintre, le naturaliste, le médecin, l'agriculteur, y trouvent sans cesse de quoi admirer , étudier , méditer. D'après ce que je vous ai dit plus haut, ce n'est pas sous le rapport de l'industrie agricole que cette province peut être un sujet détonnement; mais l'admirable fertilité du sol, dans la Limagne , et le travail opiniâtre et infatigable du cultivateur qui exploite ce sol , donnent une richesse et une variété de produits qui cliarmenl: l'œil , même de celui qui regrette que quelque industrie ne vienne pas épargner un peu de sueur à ce peuple laborieux. Pour vous prouver combien l'Auvergnat repousse toute amélioration, je vous dirai que j ai parcouru trois fois l'Auvergne ;
la première fois, <Je Test à l'ouest , par le milten de sa partie septentrionale, c'est-à-dire par Thiers , Clermont , Pons-Gibant; la seconde fois, de l'ouest à l'est, dans sa partie méridionale, par z\rgentac, Aurillac, Saint -Floiir, etc. jusqu'au Velay ; enfin , cette dernière fois, du nord au sud par son grand diamètre , depuis Gannat jusqu'à Chaudes-Aigues. Eh bien! dans toutes ces courses, je n'ai pas vu un mouton d'Espagne : je sais cependant que , dans le département du Puy-de-Dôme, on compte environ mille à douze cents mérinos: mais qu'est-ce que c'est que ce nombre surune quantité d'environ sixa sept cent mille moutons que fournissent les bergeries de ce département! Combien n'y a-t-il pas de fermes dans le nord de la France dont une seule possède autant de mérinos que cela? Quant au département du Cantal , il est encore vierge là -dessus. Sous le rapport de l'industrie manufacturière et commerciale , l'Auvergnat s'est montré moins rétif. Le papier d'Auvergne a passé long-temps pour le plus beau de l'Europe; ceux de Hollande, d'Angleterre , et de quelques manufactures de France , l'ont successivement surpassé : mais il conserve encore une honorable réputation. La coutellerie de Thiers a le mérite bien précieux de pouvoir se livrer à très-bas prix , et par conséquent d'être d'un débit assuré dans la classe la plus nombreuse de la société. L'exploitation des
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charbons de terre devient de plus en pins importante pour l'Auvergne. Enfin c'est une indusirie que d'avoir appliqué la force et la patience des enfans de l'Auvergne partout où de pénibles travaux étoient à faire. Ces émigrations animelles qui répandent des Auvergnats dans toute la France et dans toute l'Espagne , non-seulement font vivre de nombreux natifs sur le terrain étranger , mais ces coureurs no rentrent point sans rapporter an camp quelque butin , qui sert au soulagement de la partie résidante. Ainsi que l'Angleterre a une compagnie des Indes , l'Auvergne a une compagnie d'Espagne, qui expédie, non pas des flottes , mais de jeunes et robustes montagnards, qui vont jusqu'aux colonnes d Hercule, oflrant partout le travail de leurs bras nerveux et de leurs larges échines.
Quant au commerce , la principale branche d'exportation de rx\uvergne est en bétail ; il descend tous les ans de ses montagnes une quantité considérable de jeuues bœufs el de génisses , qui se vendent dans les provinces voisines , mais surtout dans le Périgord et le Bordelais. Les vaches du ÎMont-d Or et du Cantal soni fort giandes et fort belles, elles ont abondamment du laii dans la montagne : mais comme les Bordelais et leurs voisins qui achètent des génisses d'Auvergne les mettent à la charme, elles ont alors fort peu de lait : à cela près . les soins qu'on en a dans ces
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pays leur permettent (l'acquérir tout leur déveioppemeiit , et elles ont des veaux qui deviennent les plus beaux bœufs de France.
Le fromage , produit de la vache , est aussi un article liés i mportant de l'exportation de l'Auvergne. Enfin cette province fait descendre jusqu'à Paris des vins et des fruits ; ses trains de bois de sapin vont jusqu'à Nantes ; autrefois elle fournissait des mâts pour la marine , que l'on tirait des forêts de la Chaise - Dieu ; mais ces géants de la montagne sont exterminés pour longtemps. J'o\ibliais de vous dire que l'Auvergne fabrique et vend beaucoup de toiles.
La ville de Clermont , placée entre la montagne et la plaine , fait un commerce assez considérable ; les montagnards viennent y chercher des blés , des vins , des outils , des habits , etc. ; ils y vendent du bétail , des fromages , des bois , du charbon , etc. : cette ville est , en outre , nne étape de commerce entre Lyon et Bordeaux.
Je vous ai nommé quelques-uns des hommes célèbres qui ont illustré l'Auvergne moderne. Quelques noms des anciens Arvernes sont venus jtisqn'à nous. Le puissant Anibigatus , le riche Luerius , l'aventureux Eituitus , l'opiniâtre Vercingetorix, à l'aide des historiens romains, cheminent dans l'immortalité. Je faisais, à l'occasion de ce dernier, le plus connu de tous, grâce à César , l'obsi^rvation que partout les
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ambitieux ont pris le même moyen pour arriver au pouvoir absolu, celui de flafter la classe la plus infime , au nom de la liberté. Le père de Vercingetorix avait été massacré par sa cité, pour avoir aspiré à Tempire. Le fils, chassé de Gergovia parce qu'il veut entraîner ses concitoyens dans une guerre que les principaux de la ville ne jugeaient pas pouvoir être tentée , se livre à ia populace la plus misérable , proscrit à son tour ceux qui l'avaient banni, devient maître de sa patrie, et se fait nommer roi. Non certes que je le blâme d'avoir fait une guerre vigourense à César; mais ses cruautés envers ses concitoyens , l'atrocité des supplices avec lesquels il organisa sa terreur , le nom de roi qu'il prit ou accepta , prouvent assez qu'à l'exemple de son père , il visait plus à la domination qu'à l'indépendance de sa patrie.
On a plus d'une fois comparé les Français aux Athéniens. Je trouve que les Gaulois eux-mêmes avaient déjà un trait de ressemblance frappant avec ce peuple mobile , savoir : dans leur facilité à se laisser entraîner par les conseils de quelques hommes, et par l'envie qui les portait ensuite à perdre ces mêmes hommes, soit que les événemens ne répondissent pas à leurs promesses, soit au contraire qu'on fût fatigué de leurs succès ou de leur crédit.
Par exemple, les Hcîvéliens se laissent per-
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suader par Orgetorix de quitter en niasse leur pays pour aller s'établir dans une autre contrée de la Gaule ; puis tout-à-coup ils lui font soti procès , et il est obligé de se tuer pour éviter le supplice qui Tattend. Toutefois, ils n'en suivent pas moins le projet qu'il avait proposé. On n'est pas plus fou et plus Athénien que cela. Je pourrais vous citer beaucoup d'autres faits analogues à celui-ci; mais pour en revenir aux Arvernes et en finir avec ceux, je vous dirai que le nom dAr- ^'^r/ï/ approche tellement d'Averne, et le pays présente tant de preuves inconstestables d'une ancienne conflagration , que je suis disposé à croire que ce mot avait la même origine que le mot avern£ des latins. Ils pouvaient très-bien l'un et l'autre provenir d'une langue qui aurait été commune à la Gaule et à lltalie avant que celle-ci eût son langage changé par les colonies grecques et phrygiennes qui s'y établirent. Vous savez les traditions qui s'étaient conservées sur l'étendue de la domination des Celtes ; mais je laisse ce trait d'érudition à débrouiller aux archéologues capables de nous expliquer sur quels titres se fondaient les prétentions des Arvernes à descendre des Troyens non moins que les Romains. Au reste, en admettant cette prétention, leur voilà une origine commune , et c'est tout ce qu'il me faut.
Je vous ai si long - temps entretenu , mon
cher frère , de la figure de l'Auvergiie et de ses habitans , que je suis forcé , sous peine d'être éfernel , de vous dire bien peu de choses de son liistoire. Ainsi que la plupart de nos provinces , l'Auvergne, après avoir é(«î long-temps gouvernée par des ducs et des comtes amovibles , fut soumise à des comtes hérp<lifaires qui s'y maintinrent jusqu'à Gui II , lequel fut dépouillé de son comté par Philippe-Auguste, qui ne lui laissa qu'un petit canton dont Vic-le-Comte était le chef-lieu ; tout le reste fut réuni à la couronne. Saint Louis donna l'Auvergne en apanage à son frère Alphonse, sous le titre de comté ; mais ce prince étant mort sans enfans , le comté d'Auvergne fut de nouveau réuni à la couronne , dont il fut encore séparé en i36o par le roi Jean, qui lérigea en duché en faveur de son fils Jean , déjà duc de Berry. Ce duc transporta en i4oo, du consentement de Charles VI, le duché d'x\uvergn(* à sa fille iNIarie , lorsqu'elle épousa Jean de Bourbon, comte de Clermont, à la charge de réversion à la couronne en ca,s d'extinction de la postérité masculine de Jean. Le cas étant arrivé en i6i>7 , le duché d'Auvergne fut réuni à la couronne.
L'Auvergne appartient aux provinces méridionales , plus par son langage que par sa latitude , son climat et ses productions. Dans la division i\es Gaules, selon César, elle faisait partie
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fie la Celtique , et y tenait un rang distingué. Aqiiiiaine. Augusle la compHt dans la première Aquitaine , qui aurait dû êlre la secon<]e , selon Tordre d'ancienneté ; mais un maitre du inonde s'embarrassait peu des prétentions de quelques peuplades gauloises : et la véritable Aquitaine , celle de César, perdit son nom , et fut appelée Novem- Popuianie. Adrien, qui était un érudit , le lui rendit, et en fit la troisième Aquitaine. La seconde se composait de ce que nous appelons le Périgord, laSaintonge et le Poitou. Sous nos rois de la deuxième et troisième de la race , les limites de l'Aquitaine , nommée par la suite Guyenne, ne changèrent pas moins , et l'Auvergne se trouva tantôt dedans, tantôt dehors. J'ai grande envie, à cette occasion, de dire une l)éti£e, mais
Elasticité ... i . i i ' *.
fîps noms ^"^ j^ crois ueuve , c est quelque chose : c est propic. qu'il n'y a rien d'élastique , rien qui prête et se retire comme un nom propre. Cela va à tontes les tailles; cela vous couvre un héros comme un faquin, un empire comme un village. 11 y eut un temps où il fallait s'y prendre bien juste pour naître Romain. A quelques milles à l'écart on se trouvait Albain , Sabin , Yéïn , ou toute autre chose. Avec le temps cet honneur devint plus facile ; et l'on put naître Romain depuis l'Euphrate jusqu'au Tage , depuis le Bagradas jusqvi'au Veser : c'est de la marge. Par la suite, ce terrain se rétrécit beaucoup.
Chez nom , Charlemagne étendit ses grands bras depuis l'Elbe jusqu'à TEbre ; et de nos jours , si le Kremlin n'avait pas porté à la tête d'un certain homme , jusqu'à lui faire oublier qu'il gelait Ihiver sous le 58' degré, la domination française se serait probablement montrée , au moins pour un temps , depuis les colonnes d'Hercule jusqu'aux Portes Caspiennes; ce qui est une jolie longueur.
C'est en vous laissant un si beau texte à méditations sur les vicissitudes de la fortune , que je cesse de vous parler de l'Auvergne ; mais , si je puis la revoir , je la reverrai.
Adieu, mon cher frère; embrassez pour moi tout ce que vous avez de cher autour de vous.