LETTRE VI
Perpignan, ce 24 juin jSig.
La Guiolf. — beaux prismes basalliqoes. — Etalons. — Réflexions sur le^ haras. — Espalion. — Allcratioii du basalte. — Abbaye d'Aubrac NoëL
Je profite, mon cher frère, de l'habitude que j'ai contractée , en route, de me lever de bon matin , et je consacre mes premières heures à m'entretenir avec vous; le reste du jour, je jouis de la conversation des hôtes aimables qui m'ont fait ici un accueil inspiré par une amitié de trente ans. Mais je suis loin de pouvoir encore vous parler de Perpignan. La dette anglaise ne croît pas plus rapidement que le déficit de ma correspondance. Je ne sais si ma résidence à Bagnères-de-Luclîon me mettra à même de combler ce gouffre. Jusque-là je ne m'en flatte pas; La Gt;ioi.r. mais , en attendant , j'amoi lis ce que je pin's.
La Gniole , premier endroit que je rencontrai
ROUER GUE. lii
dans le Rouergne , est une laide et pauvre bour- BeanT: piisgade , mais très-remarquable par les beaux pris- "'t-'c^ues^ mes basaltiques qu'on y voit. D'abord , Tcglise est bâtie sur une roche composée de prismes énormes; de plus, cette église est entourée de terrasses soutenues par des murs en entier composés de prismes arrangés sans aucun mortier. Plusieurs murs de maisons et de clôtures sont construits de la même manière , mais avec des prismes moins gros que ceux de la terrasse de l'église. Au milieu des prismes non remués, qui forment la roche sur laquelle l'église est assise , il se trouve des frênes magnifiques, comme j'en ai vu rarement. Cet arbre si beau et si utile parait se plaire dans les produits volcaniques. On trouve près de la Guiole (à ce qu'on m'a assuré dans l'endroit , car je n'en ai pas vu ) , du seigle carbonisé fossile , comme on trouve du blé dans la vallée de Rovat. On prélend , dans le pays, que la ville a été anciennement brûlée par les Anglais.
Je remarquai a la Guiole qu'on n'y taille ja mais le basalte ; on ne l'emploie que brut , sans doute à cause de sa dureté. Lorsqu'on a besoin d'une pierre de taille, on se sert de lave ou de granit , qui ne sont fléjà pas tendres. Au reste, les prismes basaltiques de la Guiole sont les plus beaux que j'aie vus , tant pour le volvmie que pour la finesse du grain ; il me sembla même
qu'ils s'oxidaieiit moins à la surface que ceux que j'avais vus jusque-là.
Etalons. Je vis, à la Gniole , deux étalons du haras de Rodez. Ils me parurent beaux; l'un est espagnol , l'autre russe : c'est se rencontrer de loin. Je serais curieux de savoir lequel produira de plus beaux poulains. Je me rappelle avoir vu quelque part que les étalons danois étaient ceux qui avaient le mieux réussi en Auvergne. Le sol et le climat du Rouergue ne sont pas fort différens de ceux de cette province. Je crois ces deux pays très propres à l'éducation des chevaux fins, parce que le terrain y est montueux, que les vallées offrent assez de bons fourrages pour les approvisionnemens de foin , et les hauteurs des terrains assez peu fertiles pour qu'on les consacre sans regret au pacage des chevaux; mais, jusqu'à présent , on s'y est attaché de préférence à élever des mulets. J'ai vu, dans le Rouergue, beaucoup de jumens suivies de jeunes mulets, et pas une seule suivie d'un poulain. De long-temps il n'y aura , dans tout le midi de la France , qne les propriétaires les plus aisés qui seront curieux d'élever des chevaux, et seulement pour leur usage ; mais les spéculations se tourneront vers les mulets, qui se vendent si jeunes et si avantageusement aux Espagnols.
Réflexions Daus le mémoire circulaire envoyé par ordre du Roi ( Louis XIV ) , et à la demande de M. le
kur les Imras.
dac de Bourgogne , pour connaître les ressources et les besoins des provinces, le gouvernement exprime particulièrement le désir d'être informé. « Pourquoi ceux qui nourrissaient ci-devant « des cavalles, soit les paysans pour leur service « journalier, soit les gentilshommes et personnes « de qualité , pour leur utilité, service et plaisir, " ont cessé ; ce qui a donné lieu à Tintroduction « des chevaux étrangers au-dedans du royaume ; « et Sa Majesté désire que non -seulement les « commissaires examinent les moyens par Ics- « quels on pourrait parvenir à obliger les paysans * à reprendre la coutume de se servir des cavalles, «< mais même qu'ils excitent les gentilshommes •t et personnes de qualité à rétablir leurs haras - et à en établir de nouveaux ; et qu'ils obser- « vent soigneusement tous les lieux qiii se trou- « veront dans l'étendue de chaque province « propres à l'établissement desdits haras, et as- « surent les gentilshommes et seigneurs desdits « lieux qu'ils ne peuvent rendre un service plus " agréable à Sa Majesté , que de rétablir lesdits « haras, et même d'en établir de nouveaux, et « que, pour leur en donner plus de facilité, Sa « Majesté a déjà donné ses ordres pour faire ve- " nir des chevaux d'Espagne et des Barbes, « pour servir d'étalons, lesquels elle donnera à « ceux qui s'appliqueront à satisfaire aux désirs « de Sa Majesté. »
ii4 HOUERGUE.
La cause de rabaiidun des ëtablisseniens des haras par les seigneurs, était dans i'éloignemcnt où ils se tenaient de leurs châteaux pour résider a la cour, et dai»s le nouveau genre de luxe qui leur était imposé et qui ne leur permettait pas de fournir à l'entretien de leurs haras , surtout ne pouvant plus les surveiller. Les étalons s'éloignant, les paysans n'avaient plus d intérêt à tenir plutôt des cavalles que des chevaux , à moins que ce ne fût pour en avoir des mulets.
Aujourd'hui , que nous n'avons plus de seigneurs et que le nombre des grandes propriétés est fort diminué, le gouvernement est obligé de subst ituer partout son action auxressources locales que présentait un autre ordre de choses. On a donc augmenté le nombre des haras du gouvernement , on a multiplié les succursales de ces grands dépôts. Un commencement d'amélioration dans la race des chevaux se faisait sentir , lorsque nos désastres en Russie, et plus encore, les deux invasions que la France a souffertes , nous ont porté un vide affreux dans cette partie. Le temps et les soins le répareront sans doute, mais je crois qu'il y aurait des moyens d accélérer l'amélioration et la multiplication des chevaux en France.
Jusqu'ici , on ne s'est guère occupé du perfectionnement de la race que par les étalons; et il ist naturel que ce soit le premier moyen qui se
présente à l'espiit , car c'est le plus puissant et le plus prompt. En effet, un étalon sert à plusieurs jumens, et de plus, pour les qualités , le poulain tient plus du père que de la mère. Mais comme pour la taille c'est le contraire , ainsi que cela se prouve par le mulet, où le produit du baudet et de la jument est bien plus grand que celui du cheval et de lânesse , le concours du choix des jumeiis, pour l'amélioration , ne doit pas être négligé , * et c'est le seul moyen de fixer les races. Les Arabes , dans la noblesse àc leurs chevaux, ne comptent pas seulement les degrés, mais aussi les quartiers. Le gouvernement a de grandes ressources pour ce moyen auxiliaire. Pourquoi , dans les réformes des écuries du Roi et des Princes , dans les réformes de^ chevaux de toute l'armée, tant cavalerie qu'artillerie , une commission des haras ne concourrait-elle pas avec le public pour l'achat des jumens? Une bête peut être borgne, aveugle, sourde , boiteuse, affectée de tout autre accident ou défaut , et n'en être pas moins propre à donner de beaux poulains. Toutes les jiunens trouvées dignes des har^s seraient donc achetées pour cette destination. iNIais il faudrait des régions entières pour placer toutes ces jumens et les poulains qui en viendraient ! Ici , le gouvernement
* Les Anglais et le Allemands viennent acheter beauroup (le iumcns en Normandie, pour leur» haras.
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se rapprocherait du public, mais il faudrait qu'il le fit généreusement. La répartition des jumens achetées étant faite judicieusement entre les grands dépôts de haras , on s'occuperait de les répandre dans les campagnes comprises dans chaque arrondissement; on saurait, par les pré- Itts , sous préfets et maires , quels seraient les propriétaires ruraux qui voudraient et pourraient, avec apparence d'utilité, recevoir chez eux quelques-unes de ces jumens, sous des conditions connues; dont la première serait de les faire conduire à l'étalon tant qu'elles seraient fécondes; la seconde, de présenter les poulains qui en proviendraient à l'administration des haras, qui les marquerait et en retiendrait un sur deux à un âge déterminé , etc. Vous sentez bien que je n'ai pas la prétention d'indiquer tout juste les meilleurs arrangemens à stipuler entre l'administration et les propriétaires; mais il me semble que généralement on conviendra qu'une distiibution dans le genre de celle-ci ne pourrait qu'amener des résultats a\ anta^eux au but en question.
En Prusse , le gouvernement place des chevaux chez des laboureurs , chez des fermiers qui s en servent , à la charge de les représenter , ou de pareils, lorsqu'ils leur sont demandés, pour les besoins de l'armée; on pourrait encore ne pas négliger ce moyen.
C'est surtout dans nos provinces méridionales qu'il serait utile d'accoutumer, par des conditions avantageuses, les propriétaires à élever des chevaux : outre le bénéfice qu'en relirerait le gouvernement pour l'armée , on ferait accepter ainsi aux particuliers , sans qu'ils s'en doutassent, un grand bienfait pour leur agriculture. Le terrain qu'ils consacreraient, à grand regret d'abord , à nourrir ces animaux , fertiliserait le terrain voisin, et ils seraient tout ébahis, au bout de quelques années , d'avoir autant de blé qu'auparavant , et d'avoir élevé , monté , vendu des chevaux j mystère qui n'est connu que depuis quelques mille ans ailleurs.
A l'exemple de leurs voisins, les Auvergnats , les habitans de la Gniole font des émigrations en Espagne, où tantôt ils travaillent comme scieurs de long , tantôt se louent pour les travaux de la campagne.
A Espalion, je passai le Lot, qu'on devrait Espaliox. écrire et nommer l'Ol ou l'Oit ( en latin Oîils. ) Mais on a répété l'article , et ce n'est pas sans exemple. Nous disons le loisir, au lieu de dire l'oisir, qui ne devrait pas plus commencer par une /, que oisif, oiseux, oisiveté. (o//M/7i.)
Espalion est une bicoque assez insignifiante , mais le vallon étroit , au fond duquel elle est plongée, est pittoresque , et le tenaln v est chaud et fertile.
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Je croyais avoir quitte la région volcanîqne assez long-temps avant Espalion , je la retronvai là , sur la p;aiiche cln Lot ; du moins je me trouvai disposé à croire que lespèce de grès rouge AJie'mion que je voyais n'élait qu'un basalte altéré; et
du luiirthe. . . . i • t, -, T .
VOICI ce qui me porta a cette conjecture. Je trouvai une grande ressemblance entre les pierres rouges d'Espalion et des pierres de la même couleur qui sont fort communes en Allemagne. Les unes et les autres sont une espèce de grès. En traversanlle comté de Nassau, il y a quelques années, je visa W eilbourg des basaltes dont on pavait les rues, dont on ferrait les chemins, enfin , qu'on employait à tous les usages auxquels des pierres dures sont propres. Les prismes et les blocs de basalte un peu considérables n'étaient que légèrement rouilles à la surface, et l'intérieur avait la couleur noir- bleuâtre , ou gris de fer foncé, ordinaire à cette pierre; mais les montagnes offraient partout une terre rouge mêlée d une quantité très-considérable d éclats de pierre trèsanciennement délités, et dont la surface, aussi rouge que la terre environnante , offrait toute I apparence d'un grès de cette couleur; cependant le milieu de ces pierres, ainsi qu on pouvait le voir dans celles qui étaient brisées pour lusage du cbemîn , était encore bleu noir et en basalte aussi sain que celui des prismes, avec cette difféi once que, dans ces derniers, l'oxiilationoula
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rouille ne faisait qu'altérer une très-légère cou»che, au lieu que, dans les autres pierres, la couche (le grès avait plusieurs lignes, et même quelquefois plus d un pouce d épaisseur. En continuant de m éloigner deWeilbourg, sur la route de Cassel , les couches rouges des pierres devenaient de plus en plus épaisses aux dépens de la couche bleue intermédiaire , jusqu'à ce qu'enfin celle-ci disparut tout-à-fait; et le pays ne m'offrit plus qu'un grès rouge d'une apparence égale dans toute son épaisseur. Ne pouvant mieux faire pour expliquer cette transition , je me mis à conjecturer que les causes qui avaient opéré l'altération du basalte s'étaient trouvées plus puissantes au loin qu'auprès de Weilbourg. J avais laissé dormir ces conjectures dans ma tête, lorsqu'à la vue des pierres d'Espalion elles se sont réveillées , et m'ont semblé fortifiées : mais ici il y avait quelque chose de plus. Outre le grès rouge très-ressemblant à celui de la Hesse, je rencontrai, plus loin, des pierres grises à la surface , dont la cassure laissait voir une lame bleue ayant toutes les apparences du basalte , et comprise entre deux couches d une substance qui n'était point du grès, mais une pâte assez égale où le calcaire et l'argile paraissaient se combiner en proportions considérables avec la silice. Parvenu au sommet de la montagne , les
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signes de basalte disparurent , et je ne vis plus qu'une roche où le calcaire dominait évidemment. Ainsi il y aurait , dans cette région , transition du basalte au giès, comme dans la Hesse, et de plus , transition du basalte au calcaire. Vous trouverez ces passages-là difficiles; mais écoutez- moi. M. de Saussure a trouvé, près d'OUioule, des grès offrant des colonnes prismatiques; on en a reconnu, en Bohême, présentant des espèces de faisceaux de cônes fort aigus , très-élevés et serrés les uns contre les autres. Ces cônes ne peuvent ils pas avoir été des prismes dont les arêtes auront été effacées par l'influence de l'atmosphère , et plus vers le sommet que vers la base ; effet qui se produit sur toutes les roches élevées qui , presque toujours , se terminent en pointe plus ou moins aiguës? Si M. de Saussure n'a pas conclu de ces diverses configurations des grès, et de beaucoup d'autres non moins remarquables dont je vous fais grâce , mais qui lui étaient certainement très-connues , que ces grès fussent des basaltes décomposés ou du moins altérés , c'est que M. de Saussure était un homme vraiment savant qui , à force de science, avait appris à se défendre de l'attrait des systèmes , et s'interdisait toute explication hasardée. C'est ainsi que doit marcher tout homme qui professe et dont l'opinion fait autorité. Mais moi , qui
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ne suis point savant, qui n'ai pointa craindre de compromettre la ré[)ntation de mes lumières, qui ne suis qu'une espèce d'aventurier en géologie, je conjecture tout à mon aise, et vous en verrez la preuve en plus d'une occasion.
Comme donc j'étais fortement échauffé à la conjecture, en cheminant d'Espalion vers Rodez, je me trouvai au milieu d'un vaste plateau tout couvert de pierres comme les champs Phlégréens , mais de plus criblé d'une multitude d'entonnoirs de diverses grandeurs et profondeurs. Cette vue ne me fit pas un médiocre plaisir. Ce terrain n'a pu être qu'une vaste Solfatare , et ce sera le gaz acide sulfureux qui s'en sera exhalé , qui aura attaqué et décomposé quelques-unes des parties constituantes du basalte , surtout le fer , et aura réduit cette pierre à cet état où elle est peu reconnaissable. Tous les voyageurs qui ont visité la Solfatare de Naples ( je n'ai pas eu ce bonheur ) savent très-bien à quel point le gaz qui s en exhale altère les pierres les plus dures qui sont à sa portée et les fait changer d'aspect , si bien qu'il n'y a que les experts qui devinent ce que furent ces pierres. Et ne croyez pas qu'il faille accumuler témérairement les siècles pour opérer ces métamorphoses , dans mon système. L'action de la Solfatare est rapide; les soufrières du Rouergue peuvent avoir été plus abondantes, et elles étaient nombreuses. Quant
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au basalte recouvert de couches abondantes en calcaires , il faut bien l'expliquer aussi : le basalte, après avoir ëfë profondément rongé par Taction de 1 aciile sulfureux , se sera trouvé exposé à des dépôts de carbonate calcaire réduit à Tétat de molécules très-fines suspendues dans l'eau , et qui se seront logées dans tous les vides qu'offrait le basalte.
INlais voici assez de pierres pour un moment. Je pense que ce qui vous entoure n'en exige pas davantage. iNIoi-même, quoique j'aie du tendre pour les rochers, je leur reproche de m'avoir presque fait oublier de vous dire un mot de l'abbaye d'Aubra!;, d'Aubrac, qui a tenu trop de place dans le pays et a laissé trop de souvenirs, pour que le voyageur qui passe auprès de ses ruines ne la nomme pas au moins. Il n'est point que vous n'ayez lu quelque chose touchant cette antique domerie, fondée par un comte de Flandre , pour recueillir le pèlerin égaré dans ces contrées sauvages. jMais ce que vos vieilles chartes ne vous ont point appris, c'est que la cuisine d Aubrac a été honorée , de nos jours , vers la fin du dix-huitième siècle , Noël. ^g jjj pi-^sence et des travaux du fameux Noël , auparavant chef désœuvrés gastronomiques chez le Grand - Frédéric , et à qui le poète - roi a adressé une épitre. Voici une anecdote concernant cet homme célèbre : Un jour ( unique dans les fastes de la communauté ) la cuisine d'Au-
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brac so trouvait sans gibier. Positivement v.n étranger arrive ; l embarras, le chagrin étaient dans la maison. Un rustre apporte un lièvre : mais que faire d nu animal qui venait d être tué dans l instant? Noël, supérieui- à Vafel , car d'abord il ne se tua pas, rassure le couvent. Eclairé par ces soudaines inspirations qui n'appartiennent qu'au génie, on plutôt guidé par les profondes combinaisons de son art, il fait dépouiller et vider l'animal; puis il le rhabille de sa peau , mais avec le poil en dedans; et c'est avec cette espèce de vitchoura qu'il le fait mettre à h- broche et porter sur la table des maitres. L'étonnement fut grand parmi les convives du Dom à la vue de l'étrange costume du lièvre ; mais un fumet délicieux invite à v porter le couteau ; une tendreté parfaite encourage à le servir avec confiance , et le goût le pins exquis confirme toutes les espérances de iodorat et du tact. Noël fut mandé ; bien qu'accoutumé aux éloges d'un souverain et d'un héros, il ne dédaigna point les louanges de ses nouveaux maîtres , et sa noble modestie fut trouvée au niveau de son talent.
Je tiens cette anecdote d'un chanceladais d Aubrac même, transporté des monts ruthénienssur les ri\es de la Seudre.
Raisonnez, messieurs les chimistes, sur l'action que peut avoir le poil du lièvre sur la chair de l animal rôtissant. Mettez ensemble et dans
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une juste proportion du phosphate de chaux , du carbonate de chaux , du carbonate d'ammoniac , de l'oxide de manganèse , du fer oxidé ou sulfuré , de h» silice, de 1 hydrogène sulfuré , de lazote , * etc.; faites de tout cela une sauce au lièvre , et tâchez de ne pas vous empoisonner.
Le grand Noël éJait d'Augoulême. J'ignore si sa patrie lui a élevé un moimment. Mais un homme qui se montra digne qu'un grand prince hii adressât des vers , qui fit faire un pas de géant au plus importa nt des arts , mériterait bien que ses concitoyens gravassent, sur le marbre, le nom de la contrée où il reçut le jour et du lieu où repose sa cendre.
Adieu , mon cher frère , je désire que le lièvre de Noël fas^e passer le festin de pierres que je vous ai servi dans ma lettre. J'embrasse trèstendrement tout ce qui vous est cher.
* Toutes ces substances se trouvent dans la décomposition du poil des animaux.
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