LE VEE
*' Avec ton premier crime, ô Mort ! je pris naissance, " Je suis presque aussi vieux que toi ;
*' Tu m'appelais remords, ou bien la conscience, " Et maintenant je suis le Roi !
" O mort ! quand tu vivais je n'étais qu'une idée " Sommeillant au fond de ton cœur ;
^* Cette idée aujourd'hui par la mort fécondée " A pris un corps dans ta douleur.
" Dans ce concert étrange où les chants de la vie " Te semblaient des cris de bonhenr,
" Tu n'entendais jamais de ma voix affaiblie " Vibrer le reproche vengeur.
*' Ces cris des passions, d'amour ou de vengeance " Sont étouffés sous ton linceul ;
*' Ma voix s'élève ici dans toute sa puissance, " Car aujourd'hui je parle seul.
L'amour, ce mot sonore aussi trompeur qu'un songe,
" La gloire, ce beau rêve d'or.
L'amitié des humains, cet impudent mensonge,
" La fortune, ce vain trésor ;
^' Toutes ces voix d'en haut où ta pauvre existence " Cherchait une fausse clarté,
** Oui, ces voix garderont pour toujours le silence *' Devant ma fauve majesté.
^' Aux rêves qui cliantaieut dans ton âme ravie, " Dis donc un éternel adieu ;
*' Car la mort a donné ces deux parts de ta vie, -' Ton corps, au Ver, ton âme, à Dieu»
" Et ton corps je le prends ; anjonrcVhui c'est ma iéte,
" Le jour de rétribution, " Car recevant enfin le prix de ma conquête
" J'en viens prendre ix>ssession.'^
LE MOET.
" Soumis comme un esclave à ta toute puissance
" Pourquoi me frappes-tu, quand seul et sans défense
" Je ne suis plus bon .qu'à souffrir ? '- Quel mal t'ai-je donc fait, pour que toujours ta haine " Me torture le cœur ?. . . Et pour briser iça chaîne
" Je ne peux plus même mourir l*'