‹ Promenade en Amérique [microforme] (volume 2)Chapitre 16 sur 75 · PR DUR PP UNE PR CU DS MR DOS D SU M · texte numérisé non relu

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qu'on appelle des bluffs. Ce ne sont pas les grands murs de rochers du Saint-Laurent, près de Québec; ce ne sont pas les collines ondulées de l'Ohio; ce ne sont pas les masses arrondies de l’Hudson : ce sont des escarpements qui tantôt pendent au-dessus du fleuve, nus et dépouillés, tantôt se tapissent d’arbustes, tantôt se couronnent d’arbres verts où s’enlacent des lianes; ailleurs, de grands roseaux s’élèvent comme un champ de graminées gigantesques. À travers ces végétations diverses et mêlées, le fleuve déroule ses sinuosités allongées; çà et là, une pelite maison rouge se montre dans une éclaircie ou se dessine sur un ciel d’un bleu vif. L’impression de cette nature est un peu sauvage sans être triste. D’ailleurs, la scène est animée par une opération qui se renouvelle souvent. Nous recueillons sur notre route des balles de coton venues des plantations voisines et qui doivent être embarquées à Mobile. Ces balles glissent d'ordinaire sur des planches inclinées qui les amènent au bateau, où elles sont empilées comme des pierres de taille qu’on entasse pour former un mur. En voyant ce mur qui s'élève graduellement tout autour du bateau, je comprends qu’à la Nouvelle-Orléans on ait pu, dans la dernière guerre, construire des remparts de coton contre lesquels venaient s’amortir

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PROMENADE EN AMÉRIQUE. 21 les boulets anglaïs. Quelquefois, au lieu de glisser sur des planches, les ballots sont lancés le long d’une pente et arrivent en bondissant jusqu’au bord du

. fleuve. C'est un spectacle assez amusant de les voir

ainsi dévaler. On suit avec une sorte d'intérêt dramatique la direction de ces masses qui se précipitent. Les unes suivent la ligne droite et arrivent au but sans effort, les autres s’arrêtent en route, et il faut les pousser de nouveau pour les faire parvenir au bas de l’escarpement; d’autres encore, décrivant les zigzags les plus inattendus, échappent aux mains qui cherchent à les arrèter au passage ct à les empêcher de tomber dans le fleuve, ce qui arrive quelquefois. La tâche est diflicile et un peu périlleuse, car un ricochet de celte avalanche est bon à éviter. Un nègre se signale par son adresse et son audace dans ce genre d’exercice, et surpasse de beaucoup sous ces deux rapports les blancs qui travaillent avec lui. Parfois cette opération se fait dans les ténèbres, éclairées seulement par des torches de résine, dont la flamme se reflète dans les eaux, ou bien l’on s’arrête la nuit pour embarquer du bois, ce qui s’opère avec une extrême rapidité. Pendant ce temps, des nègres tiennent une perche au bout de laquelle est une grille portant des charbons enflammés, très-semblable à ce

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