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ont aussi un jardin et un mélicr, et qui sont, de même que les prisonniers de Cherry-Hill, condamnés, il est vrai par un acte de leur volonté, au silence et même à un silence beaucoup plus rigoureux; car les prisonniers ont tous les jours de dix à quinze minutes de conversalion, soit avec Îles gardiens, soit avec le directeur, soit avec Îles personnes charitables qui viennent les visiter, soit avec les curieux qui passent. Le système de l’isolement absolu, tel qu’on l'avait essayé d’abord dans la prison de Pittsburg, est maintenant abandonné. Il a été démontré intolérable et funeste. Les détenus peuvent lire tous les soirs après le thé; le jour, ils travaillent. Il y a dans l’établissement une bibliothèque : le bibliothécaire est un prisonnier condamné pour faux. Il était occupé à faire le catalogue, qui m'a paru exécuté avec soin. Enfin les habitants du pénitencier de Philadelphie ont la permission de chanter, de siffler en travaillant et de fumer, ce que ne font point les chartreux. Ils déjeunent à sept heures avec du thé, qui deux fois par semaine est remplacé par le café. On donnait du café tous les jours; mais il a été reconnu que ce breuvage excilait trop. Le diner est à midi. Cinq fois par semaine on donne aux prisonniers du bœuf, deux fois du mouton, ct le pain est à discrétion. Le
soir, ils prennent encore du thé. Cet ordinaire est sain et suffisant. [ls ne sont jamais frappés : les punilions sont la diminution de nourriture, l’emprisonnement dans les ténèbres et les douches (shower baths), châtiment sans danger et qui les trouble beaucoup. Ils sont conduits au bain tous les quinze jours. Dans cette circonstance, comme quand ils entrent dans l'établissement ou quand ils changent de cellules, on leur met un voile sur la tête, de sorte qu'ils ne voient personne et ne sont vus par personne. Ils sortent de la prison sans connaître le visage d’aucun de leurs compagnons de caplivité et sans pouvoir être reconnus par eux. Je suis entré dans plusieurs cellules, principale ment dans celles où se trouvaient des Allemands, qui ont assez rarement l’occasion de converser dans leur langue. Pour ceux qui ne savent pas l'anglais, cette ignorance est une grande aggravation @e leur peine. Plusieurs ont appris l'anglais dans la prison. J'ai demandé s’il y avait des Français parmi les détenus; j'ai appris avec un certain plaisir qu’il n’y en avait point. Cela m’a confirmé la vérité de ce que m'avait dit le maire de Philadelphie à l’avantage de cette partie de la population étrangère de la ville. Le premier Allemand que j'ai vu était pâle; il avait l’air inquiet, le regard fébrile. Il n’était à
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que depuis trois mois. Le commencement est toujours dur. Comme le plus grand nombre, il a appris un métier en prison. Un autre, au contraire, approchait du terme de sa peine. Il paraissait assez jovial. Le travail ne lui plaisait point : Schlecht Arbeit, disait-1l. Jé n’imagine pas qu’il fût bien profondément réformé. Cet Allemand a son père et sa mère à Philadelphie. Les parents ne sont admis que rarement auprès des détenus et seulement sur une permission du directeur. Un troisième, et c'est le seul, m’a assuré de son innocence.
Un Américain était là depuis cinq ans et avait encore deux ans à faire pour avoir volé un cheval, ce qui est le délit d’un grand nombre de détenus. Cette condamnation, après ce que le warden m’avait dit qu’on àe devrait laisser personne ici plus de quatre ans, m’a paru exorbitante, surtout quand j'ai appris qu’un frlandais n’était condamné qu'à quatre années de solitude pour homicide. On m’explique cette inégalité qui m’étonne en me disant que l’un a été condamné au maximum et l’autre au minimum de la peine. Je n’en suis pas moins dans l’impossibilité de comprendre comment on est pani deux fois plus pour avoir volé un cheval que pour avoir tué un homme.
Après avoir visité encore quelques cellules, j'ai
suivi mon guide dans toutes les parties de l’établissement. En marchant, je l’interroge sur la question si controversée de la mortalité et de la folie dans le système pénitentiaire de Philadelphie. La mortalité, selon lui, flotte de 2 à 4 pour 100. C’est le chiffre que donnent les rapports officiels". Pour la folie, son témoignage diffère de ces rapports, dont les auteurs me semblent se faire illusion en soute- Aant que le système n’est point responsable du dérangement mental des prisonniers, lorsqu'il provient de causes que favorise ce système. La folie est beaucoup plus fréquente parmi les noirs. Quand elle se déclare chez les prisonniers, ou quand leur santé décline visiblement, on les associe à d’autres : sage mesure, mais qui montre que la solitude peut être funeste à la raison et à la santé. Un tiers des détenus est composé de gens de couleur, un dixième d’Irlandais et un dixième d'Allemands.
Un problème grave partout et principalement en Amérique, où le côté économique des questions peut moins être négligé qu'ailleurs, c’est le produit du travail des prisonniers. Sur ce point, l'opinion
* Le chiffre moyen de la mortalité annuelle déduit des neuf années cidessus donne une moyenne générale de 5 pour 100. C’est après tout une mortalité très-faible pour une prison. — Documents officiels traduits par M. Moreau-Christophe, p 5+.
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d’un ancien directeur, M. Wood, me parait trèssage. Il n’est pas nécessaire qu’une prison soit une source de revenu pour l’État; mais il est désirable que le travail des détenus indemnise la société de ec qu’ils lui coûtent; et on paraît être arrivé iei à ce résultat, puisque, sinon dans toutes les années, du moins dans plusieurs, le produit du travail a couvert les dépenses. C’est tout ce que l’on doit exiger, et on ne peut affirmer que le système d’Auburn soit meilleur, parce que, dans des circonstances plus favorables au travail, les prisons du nord de l'Angleterre, organisées d'après ce système, rapportent davantage à l'État et sont pour lui la source de véritables bénéfices. Comme le dit très-bien M. Wood, ce n'est pas là une affaire de dollars, c’est une affaire d'humanité. Le danger de faire concurrence par le travail des prisonniers au travail libre est aussi une difficulté dont il est naturel de se préoccuper. En général on évite le plus possible celte concurrence. Ainsi l’on fait fabriquer aux détenus de gros souliers qui vont dans le Sud, et que ne fabriqueraient pas volontiers les cordonniers de Philadelphie. Ceux-ci ont crié cependant, mais ne crient plus.
Nulle part ne se montre mieux l’activité que l'esprit public imprime en Amérique au progrès
des institutions, que dans l’organisation et le développement des écoles publiques. Les législatures des différents États sont sans cesse stimulées à cet égard par le zèle des particuliers. L'intervention des associations privées, si énergique en ce qui concerne les prisons, ne l'est pas moins en ce qni touche aux établissements destinés à l’instruction, surtout à l'instruction élémentaire. J'ai sous les yeux un rapport fait en 1850 à la société pour le progrès des écoles publiques. Il y est dit que « presque partout la loi sur l'éducation est comme une lettre morte, que, dans une telle conjoncture, le devoir de la société est de redoubler d’efforts, d’exciter la Pensylvanie à manifester son énergie dans cette noble cause, et à montrer par là le degré de sa culture intellectuelle aussi pleinement qu'elle déploie maintenant ses ressources physiques. La société provoquera, par tous les moyens possibles, une disposition législative qui crée des écoles normales. En attendant, elle déclare qu’elle à déjà fourni un certain nombre d’instituteurs aux différentes parties de l'État, qu’elie a organisé des écoles dans des régions reculées qui en manquaient. » On voit quelle est la double action de ces sociétés particulières : instances auprès de la législature en agilant l'opinion publique, action directe en
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PROMENADE EN AMÉRIQUE. 97 trouvant des instituteurs et en fondant des écoles. Faire et faire faire, telle pourrait être la devise de ces innombrables associations * qui couvrent l'Amérique, et qui appellent l'attention publique sur les institutions destinées à pourvoir aux besoins relisieux, moraux, intellectuels du peuple, sur Pétat des prisons, des hospices, des écoles. Elles agissent sur le gouvernement par la force de l'opinion, interviennent elles-mêmes pour donner l'exemple et montrer la direction à suivre. Ce mouvement, celte agitation, ont amené une rénovation du système des écoles dans la ville de Philadelphie. En 1856, elles ont éprouvé une amélioration radicale en devenant entièrement publiques, en s’ouvrant à toute la communauté, et on a établi une haute école centrale. Depuis cette époque, les progrès ont étt considérables. En 1859, il y avait seize écoles, cent quatre-vingt-dix maîtres, et un peu moins de dixneuf mille élèves. Dans l’année scolaire 1850-1851,
* I semblerait que la France, en commençant sa révolution, était pinétrée d'un esprit différent de l'esprit anglais ct américain que ce qui se passa en 89. Des ouvriers ayant demandé à l'Assemblée constituante à furmer des associations de secours mutuels, le député Chapellier leur répondit au nom de l'Assemblée que c'était à la nation à fournir des travaux aux hommes valides, des secours aux infirmes, et l'instruction aux enfants. Le 14 juin 1591, l’Assemblée nationale, par un décret pris à F'unanimité, défendit toute association ou réunion d'ouvriers. — Encyclopédie moderne, t. XAV, p. 502, article de M. Amédée Henncquin.
le nombre des écoles créées à l’aide du fonds public s'est élevé à soixante, le nombre des maîtres à sept cent quatre-vingt-un, et à neuf cent vingt-huit en comptant ceux engagés dans les hautes écoles. Le chiffre des élèves a dépassé quarante-huit mille. La proportion des instituteurs aux élèves était, en 1839, de un à cent; maintenant elle est de un à soixante. On voit qu'ici, comme à New-York, l'instruction s’est accrue dans une plus grande proportion que la population elle-même.
Au licu de 190,000 dollars, dont au moins un cinquième, dans la première période, était fourni par le trésor de l’État, on a dépensé pour les écoles, dans la seconde, plus de 366,000 dollars provenant surtout des taxes locales (county tuxation), et dont l'État n’a fourni qu’un onzième".
J'ai été curieux de voir ces écoles qu'a créécs ainsi le zèle persévérant des citoyens. M. B... m'a conduit dans différentes classes, et a interrogé devant moi les petits garçons et les pelites filles. Les réponses ne se faisaient pas attendre et partaient presque toujours de plusieurs côtés à la fois. Une vive émulation semblait animer ces enfants, auxquels j'ai t'ouvé l'air animé sans pétulance, une
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grande ardeur et rien du gamin. Les vetites filles savent les faits principaux de l’histoue des États- Unis, connaissent les noms des hommes politiques importants, M. Clay, M. Webster, et répondent très-pertinemment quand on leur demande: « Quels sont les principaux partis politiques? — Ge sont les whigs et les démocrates. » Ces réponses m'intéressaient beaucoup, mais moins que M. B..., qui est un des directeurs de l'établissement, et qui prenait un tel plaisir à interroger les élèves, que, le temps s'écoulant sans qu’il eût l'air de s’en apercevoir, je fus obligé de lui demander la permission de me retirer. Je le laissa parfaitement heureux de cetle occupation un peu monotone, et j’admirais en m'en allant ce zèle désintéressé et cette ardeur vraiment respectable d’un homme qui oublie ses affaires pour interroger des enfants sur l’histoire et la géographie, comme s’il y avait pour lui d'autre droit de présence et d’autre indemnité que le plaisir d’être utile.
Le système lancastérien, si célèbre chez nous au temps de la Restauration sous le nom d’enseignement mutuel et sur le compte duquel on est fort revenu en France, a eu aussi en Amérique une vogue plus grande que celle dont il jouit maintenant. L’usage de celte méthode, encore assez suivie, a cessé
d'être exclusif à Philadelphie et ailleurs. On com prend qu’elle ait dû réussir dans ce pays, où l’on vise en toute chose à la rapidité de l'exécution, à la simplification des moyens, et où les procédés mécaniques sont en faveur un peu pour toute chose, où le daguerréotype, par exemple, est d’un emploi universel, au grand détriment de la peinture de portrait. Un homme éminent, de Witte Clinton, gouverneur de l’État de New-York, disait de la méthode lancastérienne : « Elle a pour l'éducation les mêmes avantages qu'ont pour les arts ntiles les machines qui épargnent le travaii. » Il faut prendre garde de ne pas trop épargner le travail aux enfants, de peur que leur intelligence ne s’émousse, et qu'ils ne deviennent eux-mêmes des machines,
Un établissement d'instruction qui ne ressemble à aucun dans le monde est le collége fondé par Étienne Girard' pour trois cents enfants mâles blancs et pauvres, avec cette clause étrange que nul prêtre ou ministre d’une secte religieuse n’entrerait jamais dans le collége. Cette disposition est plus singulière encore aux États-Unis qu’elle ne le
# M. Girard était Suisse et ne possédait rien quand il vint en Amérique. A quarante ans, il commandait cncorc son propre sloop, sur lequel il faisat le cabotage entre New-York et Philadelphie. En mourant, il a laissé 7 vu 8 millions de dollars, environ 40 millions de francs.
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serait partout ailleurs, car dans ce pays presque tous les collèges ont été fondés sous l'influence et par l'entremise d’une secte quelconque. Jefferson, imbu des idées françaises du dix-huitième siècle, avait voulu créer l’université de Virginie en dehors de toute direction religieuse; mais cela n’a pu tenir après lui. Du reste, il ne faut pas croire que l'intention de Girard ait été d’exelure l’enseignement religieux du collége qu’il a fondé. Ce qu'il a voulu, c'est soustraire les enfants à ce qu’on appelle ici l'esprit sectairien. Des laïques viennent prècher et catéchiser les élèves tous les dimanches. Pour ceux qui appartiennent aux diverses sectes protestantes, il n’y a pas d’inconvénient notable : le principal fait la prière deux fois par jour, il officie le dimanche matin, et le préfet des études le dimanche soir; mais pour les enfants catholiques, et il y a un assez grand nombre d’enfants blancs et pauvres qui sont [rlandaïs et par conséquent catholiques, pour ceux-là, qui forment un tiers du collége, la disposition bizarre du testament de M. Girard est un deni de culte et de religion ; les laïques ne peuvent leur dire la messe ni leur donner l’absolution. Les prêtres, et je le conçois, s’opposent à ce que les enfants çatholiques entrent au collége Girard ; mais beaucoup de parents y consentent. En-
core ici le programme est fort étendu. Il embrasse les mathématiques jusqu'à l'application de l'algèbre à la géométrie, la chimie, la physique, l’histoire naturelle, le français, l’espagnol, l'histoire générale et l’histoire des États-Unis. Voilà bien des choses à apprendre, et quand ils les apprendraient toutes, les enfants pauvres pourraient bien ne savoir qu’en faire quand ils sortiront du collége. Cet établissement a un autre inconvénient, c’est la magnificence. M, Girard ayant laissé pour sa fondation une somme très-considérable, on a voulu faire les choses en grand, et au lieu d’un collége, on à bâti un temple de marbre blanc un peu sur le modèle du Parthénon. Cette résolution n’était pas très-sage, car, quand le monument a été terminé, on a subi des pertes; heureusement l'accroissement de valeur des fonds Girard a permis, la ville aidant, de faire marcher l'établissement. Tout est en harmonie dans un pareil édifice : l’intérieur est comfortable et soigné ; l’on marche sur des nattes; les pupitres des élèves sont couverts de serge verte. Cela est beau ; mais ces enfants, qui ont l'air si propres, si bien mis, si heureux, que trouveront-ils en sortant d'ici? On est fâché que la froide raison ne permelte pas d’écarter ces réflexions sévères, car on aimerait à jouir sans trouble de ce spectack ,
RS DES Le