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26 janvier.
| 44 Pendant ia nuit, nous avons commencé à nous élever; l'air est devenu plus léger. Je vois l’Orizaba
PROMENADE EN AMÉRIQUE. 259 resplendir aux feux du soleil levant. Sa forme volcanique et son sommet neigeux rapp’Îlent un peu l'Etna, mais il est presque deux fois plus élevé. C’est le Vésuve en hiver perché sur le mont Blanc.
La route monte à travers un fouillis de végétation d'un aspect tout nouveau pour moi. Je remarque des arbres couverts de belles fleurs rouges que j'ai vues en Europe dans les serres chaudes, et qui brillent ici au soleil. De loin en loin se présentent des habitations indiennes avec leurs murs à claire-voie; sur la route, des hommes à pied et à cheval passent enveloppés dans leur sarapé rayé, et ayant pardessus leur p: :: on un second pantalon plus large et ouvrant s:: .cs côtés. D’autres portent des fardeaux sur la tête. Hommes et femmes, la plupart du
Lemps, courent ainsi chargés. On dit même qu'ils
ont besoin d'un fardeau pour bien courir, et que,
quand ils accompagnent une voiture remplie de bagages, ils ont coutume de prendre une malle et de la mettre sur leurs, épaules pour se tenir en haleine. Une pauvre Indienne, outre le fardeau retenu par une courroie qui lui serre le front, porte sur son dos, enveloppé dans un linge, son enfant, dont on voit les petits pieds passer.
C’est la première fois que je me trouve en Améri-
que au milieu d’une population réellement diffé-
rente, par l'aspect extérieur, des populations européennes, que je vois des costumes et des habitations qui ne ressemblent pas aux nôtres. Il est si difficile aujourd'hui de se ‘“payser! il faut aller si loin pour sortir de chez soi!
A travers cet amusement de la surprise et de la nouveauté, nous arrivons à Jalapa, dont les environs sont ravissants, et qui n’a qu’un inconvénient, c'est d'être la patrie du jalap. Ce nom médicinal çâte un peu pour mén imagination le charme des vallons remplis d’orangers ct du frais paysage au milieu duquel la ville est placée. Après Jalapa la nature s’agrandit et devient plus sévère. Les montagnes ressemblent à celles de l’Andalousie, seulement elles sont moins arides ; à une montée, nous avions à nos pieds une vaste étendue de pays, enceintrée de pentes magnifiques, sur lesquelles glissait dans le lointain une cascade à peine visible. Au bord de la route croissaient des cactus et des aloës'. Au sommet était une forêt d’arbres tou-
jours verls. À mesure qu’on s'élève, près de la vé-
gétation tropicale vient se placer la végétation des zones tempérées et mème boréales. On voit en
1 J'appelle ainsi l'agare americana, qui porte au Mexique le nom de maguey, pour éviter en français le pédantisme d'un nom latin ou d'un
nom mexicain.
me sage a la nonulenous englisible.
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même temps des yuccas et des sapins. Du reste, le bois que nous avons traversé ne rappelait en rien l'aspect des régions septentrionales de l’Europe. Le feuillage des arbres semblait d'un vert moins sombre et d’un effet plus gracieux. Cependant, en approchant de Perrote, la température permet de songer au Nord. Étrange contraste propre à un pays élevé qui est-situé sous les tropiques! hier nous étouffions dans les environs marécageux de Vera- Cruz, aujourd’hui nous grelottons sur un plateau dés Alpes. Nous dormons ou plutôt nous couchons quelques heures à Perrote.
A trois heures du malin, nous remontons dans la diligence tout transis et ne nous apercevant point que nous sommes sous la zone torride; mais quel lever de soleil! quelle scène extraordinaire! Les grands pics ncigeux à l'horizon; plus près, des montagnes de formes diverses s’éclairant successivement de toutes les teintes de l'aurore, depuis l'azur sombre jusqu’au lilas clair et au rose tendre. Quelques maisons dans cette vaste solitude, quelques aloès sur un terrain aride, forment les premiers plans de ce paysage grandiose, si différent des frais vallons de Jalapa. La route offre un changement de décoration perpétuel, sauf les sommets volcani-
ques qui dominent toujours de leurs masses impc-