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CHAPITRE XIV

Aspect de Mexico. — Population indigène. — L'empereur Iturbide, — Promenade publique et brigands. — Un coucher de soleil.

L'aspect de Mexico ne frappe pas d’abord autant qu'on s’y attendait. La ville a une physionomie moins caractérisée, moins marquée du vieux type

espagno) que Pucbla; mais quand on à parcouru

les longues et larges rues qui traversent Mexico dans toute son étendue, en voyant sur sa route s’é-

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lever les dômes colorés des couvents et des églises, on commence à ressentir le charme de cette singulière et lointaine cité, à laquelle on arrive du climat brûlant de Vera-Cruz en montant de zone en zone l'échelle des végétations successives, et qui, à la hauteur de l’hospice du mont Saint-Bernard, jouit d'un ciel délicieusement tempéré, Ge soir, la nuit est admirable; les vastes rues de Mexico sont blanchies par la lune; la grande place paraît immense. De deux côtés, elle est bordée de portiques; en face de moi, la cathédrale s’élève derrière une rangée d'arbres, sur l'emplacement de l’ancien temple mexicain ; le palais du président et des deux chambres se prolonge à ma droite comme une longue bande blanche. Malheureusement Lous ces édifices, y compris la cathédrale et le palais, ne sont pas assez élevés pour l'étendue de la place, l’une des plus spacieuses et des plus régulières qu’il y ait au monde. Ce qui en fait le charme à cette heure, c’est la grandeur de l’espace céleste que le regard embrasse, c’est cette coupole d’un bleu si pur et si doux, qui semble s’appuyer de toutes parts sur un carré de marbre blanc, et au sommet de laquelle la lune est suspendue comme une lampe d’albâtre à une tente d’azur. Dès neuf heures du soir, la place est vide, les rues sont désertes. Peu de pié-

sont imques; > une ncien deux e lons édisont l’une Lyait

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PROMENADE EN AMÉRIQUE. 247 tons les traversent; quelques voitures roulent dans l'éloignement et rappellent qu’on est dans une capitale, capitale endormie et muette, qui semble se recueillir dans les souvenirs de son passé et se préparer aux soucis de son avenir, car sur celte place ont défilé vainqueurs ces hommes entreprenants du Nord, qui en savent maintenant le chemin et peulêtre y reviendront.

2 mars.

Après avoir entrevu hier Mexico aux approches du soir et au clair de lune, j'ai erré aujourd'hui dans les rues et les faubourgs. Au sein de cette ville espagnole, comparativement ancienne, je retrouve la régularité à laquelle m’avaient accoutumé les cités neuves des États-Unis. Presque toutes ses rues se coupent à angle droit, comme les rues de New- York ou de Philadelphie. Chose étrange: cette symétrie, caractère des villes qu’on bâtit aujourd'hui de toutes pièces dans l’Amérique du Nord, parce qu'on n’est gêné par aucun débris du passé, comme on aligne les sillons d’un champ nouvellement défriché, cette symétrie est ici un legs de l’ancienne civilisation aztèque "!

‘ Agstèques Ctait le nom que se donnaient les populations qai occupaient Mexico ct gouvernaient une partie du Mexique à l'arrivée de Cortcz,

Cortez, après avoir détruit la ville de Montezuma, fit construire la sienne sur le même plan. Les quarticrs de la ville actuelle correspondent aux quatre quartiers de l’ancienne capitale et de plusicurs autres villes aztèques. Celle-ci était construite avec la plus exacte symétrie et divisée en carrés et en parallélogrammes. Cette disposition, qui est évidente sur un plan de la ville aztèque dont on possède un fragment, me parail avoir été assez générale au Mexique avant la conquête. J'ai vu deux autres plans d'anciennes villes qui offrent la même régularité : elle est encore sensible dans l'aspect de la ville de Cholula.

Le Mexico primitif était traversé par des canaux ; comme Venise, ou plutôt comme les villes de Hol-

lande, car il y avait en général un chemin latéral entre le canal et les maisons. Quoi qu’il en soit, Cervantes a pu, dans une de ses nouvelles, comparer Venise à Mexico. Aujourd’hui on a d'abord de la peine à s'expliquer cette comparaison. Les canaux ne sont visibles que dans un quartier de la ville, partout ailleurs ils ont disparu aux regards,

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“ Le véritable nom de ce prince était Motenczuma. J'ai suivi l'usage établi. Je ne vois pas quel agrément donne à une phrase française l'introduction d'un nom bizarre et inaccoutumé. Je dirais volontiers Montézume, et je regrette le temps où Bossuet appelait M. de Fucutes le valeureux comte de Fontair:es.

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l'usage Le l'in-

Mons le va-

PROMENADE EN AMÉRIQUE. 249 mais ils existent encore sous le sol pavé des rues qui les ont remplacés et qui marquent la direction des canaux. Un changement pareil attend probablement Venise elle-mème. Un jour, ses canaux seront comblés, et les voitures rouleront où glissent maintenant les gondoles; partout l'extraordinaire, le singulier, tendent à disparaitre; l’uuiformité et la monolonie s'emparent du monde.

Quelquefois les anciens canaux, aujourd'hui transformés en égouts, se révèlent par l'odeur qu'ils exhalent. Çà et là, dans les faubourgs de la ville, je vois des amas d'ordures et des eaux stagnantes et croupissantes. Rien ne montre mieux combien l'air de Mexico est salubre. Partout ailleurs ces cloaques produiraient mille maux; mais à huit mille pieds au-dessus de la mer, à une hauteur qui est celle de la moyenne région des Alpes, la pureté de l'atmosphère est telle que les maladies, si fréquentes dans les parties basses du pays, sont ici entièrement inconnues. Seulement la situatior de Mexico est contraire aux poitrines délicates, qui peuvent difficilement respirer dans une atmosphère si rare. L'été, cette atmosphère est trouhlée par des orages presque journaliers. À cela près, le climat de Mexico est très-sain ; 1l est aussi très-agréable, parce qu’il n’atteint jamais les extrémités du

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chaud et du froid, et forme sous ce rapport un parfait contraste avec les brusques changements de climat des États-Unis. Son plus grand inconvénient, c'est que, durant plusieurs mois, au lieu des pluies continues ordinaires dans les pays tropicaux, il tombe ici tous les jours une averse dans l'aprèsmidi. À l’époque de l’année où nous sommes, il n°y a rien de pareil ; cependant, chaque soir, on s’aperçoit d’un ccrlain trouble qui n'est pas suffisant pour altérer la sérénité du temps, mais semble toujours la menacer.

La pureté de l’air, ici comme en Égypte, est accompagnée d'une extrême sécheresse. Les cigares se cassent comme nos chapeaux de paille se cassaient sur le Nil. On ne sait ce qu'est l'humidité; ectte extrême sécheresse et les orages quotidiens de l’été fatiguent les organisations délicates et surtout les personnes nerveuses. Ces dernières ne peuvent vivre à Mexico.

Ce qui est particulier à Mexico et ne se trouve nulle part aux États-Unis, c'est qu’au bout de chacune de ces rues larges et droites, on aperçoit unemontagne, comme dans certaines pelites villes des Alpes ou des Pyrénées; mais ici le spectacle frappe dayantage, parce qu'on est dans une plaine et dans une ville de cent cinquante mille âmes. Imaginez qu’au

êsn'y erant

bie

PROMENADE EN AMÉRIQUE. 201 bout de la rue du Faubourg-Saint-Honoré ou de la rue du Bac on aperçoive un sommet bleuâtre s’élevant à dix mille pieds : on avoucra que ces rues gagneraient à la perspective.

Les faubourgs sont tristes et ont l’air assez misérable. On ne s’y doit risquer vers le soir qu'avec beaucoup de précaution. Il arrive parfois qu’aux portes de la ville un cavalier qui passe à vingt pas de vous, vous lance subtilement le lazo : c’est une corde enroulée au pommeau de la selle et avec laquelle il vous atteint comme un bœuf ou un cheval sauvage, vous entraîne et vous assassine un peu plus loin tout à son aise. Un voyageur anglais raconte qu'il n’a échappé qu’à grand'peine à ce danger. Le lazo est, comme on voit, une arme qui peut être mortelle, et cela est si vrai, que, pour avoir le droit d’en être muni, on a besoin d’un port d'armes.

Mexico est une grande ville espagnole qui à l'air plus imposant, plus majestueux, plus capitale qu'aucune cité d'Espagne, sans en excepter Madrid. Surmonté de ses nombreux clochers ct environné d’une vaste plaine terminée par des montagnes, Mexico rappelle un peu Rome. Ses grandes rues droites, larges, régulières, lui donnent une apparence assez voisine de celle qu'offre Berlin. Ï a aussi quelque chose de Naples et de Turin, avec un

caractère qui lui est propre. Mexico fait penser à plusieurs villes d'Europe, ct diffère cependant de chacune de ces villes. Il rappelle tout et ne ressemble à rien.

Quand on va dans la rue des Plateros” et dans le quarlicr marchand, dont elle forme le centre, on a le plaisir d'entendre parler français dans presque tous les magasins. Les Français sont assez nom5reux à Mexico. Ils y font le commerce d’orfévrerie ou de modes; ils sont bottiers, cuisiniers, coiffeurs, gagnent beaucoup d'argent en peu de temps, et selon notre habitude, quand ils ont fait fortune, quittent le pays pour retourner chez eux. Il ÿ a aussi bon nombre de négociants anglais; en général, ils s’établissent sur un grand pied. J'ai rencontré également des négociants allemands, surtout des Hambourgeois.

Les Indiens forment la masse de la population, dans l'intérieur du pays ils en composent la presque totalité. Les Indiens sont les paysans du Mexique. L’esclavage des noirs est aboli depuis la proclamation de l'indépendance; mais on emploie les Indiens, sous Je nom de péons ou d'engagés, à faire ce que faisaient les nègres. Ils s'engagent en effet pour

1 La ruc ces Orfévres, mot à mot des argenticrs.

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PROMENADE EN AMÉRIQUE, 253 un an; mais au bout de ce temps, il se trouve souvent qu’ils ont contracté une dette envers leurs patrons. Ils nc peuvent recouvrer leur liberté jusqu'à ce que cette dette soit payée. Cette situation est, à quelques égards, pire que l'esclavage; car le maître n'a pas les mêmes raisons de soigner son engagé que le propriétaire de soigner son esclave, S'ils sont malades, point d’infirmerie, de médecin ; ils meurent quelquefois sur le bord d’un chemin, sans que personne en prenne souci.

La condition des Indiens est en général assez misérable. L'autorité a conservé envers eux des habitudes un peu espagnc:es. Le clergé, à la voix de Las Casas, se déclara leur protecteur après la conquête, des inquisiteurs mêmes prirent leur parti avec chaleur. Mais aujourd’hui j'entends dire que les curés font peu pour les instruire ou les moraliser, el même rançonnent leurs paroïssiens sans miséricorde. Les pauvres Indiens peuvent dire avec le poële mexicain Galvan : « Je suis un Indien, c'est-à-dire un ver qui se tapit dans l'herbe. Toute main l'évite et tout picd le meurtrit, » Les Indiens sont d'un naturel habituellement doux et tranquille, mais dans l’occasion capables de courage et même de férocité. Geux qui vivent dans des lieux écartés conservent certaines superslitions dont l’origine se

rattache à l’ancienne religion de leurs pères. On peut lire dans le curieux Voyage de Th. Gage, écrit au dix-septième siècle, comment ce dominicain découvrit au fond des forêts, dans une grotte obscure, une idole en bois, et comment, l'ayant apportée dans sa chaire, il la détruisit à coups de hache, à la grande indignation de quelques-uns de ses paroissiens, qui, pour venger leur dieu, tentèrent même de faire à Gage un mauvais parti. Encore aujourd’hui, certains Indiens honorent les idoles que Île temps à épargnées, et qu’ils appellent les vieux saints (los santos antigquos). À Mexico même, quand, il y à quatre-vingts ans, on eut déterré la statue d’une affreuse divinité dont je parlerai bientôt, on observa, chaque matin, qu’elle avait été couronnée de fleurs pendant la nuit.

L'hôtel que nous habitons a été le palais d'Iturbide. Singulière destinée! après avoir combattu les insurgés pendant plusieurs années, Iturbide embrassa leur cause et en décida le triomphe. Élu empereur, il entra en lutte avec les Chambres et s’en débarrassa par un coup d'État; puis, vaincu à son tour par le parti républicain, il fut banni du Mexique et se réfugia en Jitalie. Les dissensions perpétuelles de la patrie qu’il avait délivrée et asservie le rappelèrent dans cette patrie. Il y revint, on ne

RE PE 4‘ . L p dé

PROMENADE EN AMÉRIQUE. 255 sait pas bien dans quel dessein, car, étant descendu à terre, 1l fut arrêté et fusillé immédiatement. Il n'en est pas moins considéré aujourd’hui comme le vrai fondateur de la république mexicaine. A Puebla, une rue porte son nom, et à Mexico son sabre est placé dans la salle des représentants. Le palais qu’il à habité est très-beau, et quand l'hôtel qui l’eccupe sera terminé, ce sera un magnilique hôtel. On y est assez bien, et la cuisine n’y est pas espagnole, Les chambres sont disposées autour de deux grandes cours, dont l’une est entourée d’un portique soutenu par de légères colonnes. Les ornements cisclés sur les murs du palais sont d’un goût singulier, mais qui n’est pas sans charme. L'architecture curopéenne à le droit d’être un peu bizarre à Mexico.

J'ai eu le plaisir de retrouver, dans le ministre de France au Mexique, M. Levasseur, ancien aide de camp du général la Fayette, que j'avais vu autrefois à la Grange. Son accueil m’a rappelé la cordiale hospitalité toujours offerte dans le château féoda! du libérateur de l'Amérique, et rendue si douce par la respectable et charmante famille qui l’habitait. M, Levasseur m'a mené faire une promenade en voiture dans les allées qui sont aux portes de la ville. Les grands volcans qu'on aperçoit de ce licu

donnent à l'horizon un caractère de sublimité incomparable. Ici on sent la vérité de cette exclamation de M. Carpio, poile in@igène, quand, s'adressant au Mexique dans le poëme qu'il a consacré à célébrer sa patrie, il lui dit : « Que tu as de magnifiques horizons! »

Que magnificos tienes horizontes !

Les horizons sont, en effet, la grande beauté du Mexique. Partout le paysage est bordé par d’admirables sommets. Le pisteau de Mexico, qu’embrasse un dédoublement de l: Cordillère, est placé au centre d’un cerele de montagnes. Quand le soleil dore les cimes neigeuses qui pyramident au-dessus des nuages, on a aux portes de la ville et sous le ciel le plus doux le spectacle des plus grands tableaux que présente la nature des Alpes.

Vers le soir, la promenade est fréquentée par les voitures et les cavaliers; des tourbillons de poussière rendent la condition de piéton peu agréable. Les voitures m'ont semblé assez lourdes; elles sont en général fermées et sont loin de l’élégance originale des volantes de la Havane. Parmi les promeneurs à cheval, il en est qui portent le costume mexicain : le chapeau à vastes bords, le large pantalon à boutons de métal et ouvert à la partie infé-

du nisSC au leil ssUS ciel

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rieure sur le côté, les étricrs énormes. Ils ont parfois un air de brigand très-pittoresque, et cette apparence n'est pas toujours trompeuse. Un Français se promenait ici avant la nuit; un cavalier, inrès s'être assuré qu’en ce moment personne n’é- {ait en vue, fondit sur lui et lui mit la pointe d'un sabre sur la poitrine. Le Français avait des pistolets à l’arçon de sa selle ; on ne se promène guère sans armes. Îl en dirigea un contre le brigand, qui fit volte-face, se coucha sur son cheval et s'enfuit. Notre compatriote, de qui je tiens le fait, porta plainte à un personnage élevé. Celui-ci lui dit tout d’abord : « Ce ne peut être qu’un tel; lui seul est capable d’une pareille impudence. — Eh bien!

qu'on l’arrête et qu’on me confronte avec lui; qu'on Île juge. — Oh! non, il ne serait pas condamné. C’est un homme dangereux. Pourquoi ne l’avez-vous pas tué? »

En effet, le seul moyen d’avoir justice en ce pays, c'est de se faire justice soi-même, Seulement il faut avoir soin de tuer son homme du coup; si on se contente de le blesser, 11 se venge tôt ou tard, et de plus, si l’on est Want, on s'expose à être condamné pour voies de fait contre un citoyen du Mexique. On m'a assuré qu’un Français avait été en prison trois mois pour avoir donné un coup de bà-

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ton à un Indien qui se précipitait sur lui un couteau à la main. Telle est la justice au Mexique. Un voleur de profession disait : « On n'est jamais condamné quand on a 25 piastres à donner. » Aussi les vols et les meurtres abondent à Mexico, L'autre jour, un particulier a été ascassiné en plein jour, chez lui, par des bandits, à deux pas du palais of rside le président et où s’assemblent les deix chambres. Hier, un médecin distingué et très-aimé dans le pays est allé, à cheval, visiter un malade aux portes de la ville; il avait engagé sa femme à l'accompagner en voiture et à faire de cette petite course une promenade, I a été tué sous les yeux de sa femme et de ses enfants, Les voleurs ont été arrêtés, Comme cette mort avait mis la ville dans la consternation, on se flalle cette fois que, par extraordinaire, les meurtriers seront condamnés et exécutés". Voilà où en est la sûreté publique à Mexico, Aussi les soldats à cheval qui sont en fuction au milieu du paseo me semblent placés là moins pour faire la police des Voitures que pour garder les promeneurs. ,

Je ne résiste pas à la tentation d'essayer de décrire un de ces admirables couchers de soleil dont

1 C'était une illusion, Depuis mon retour en Europe, j'ai appris par les journaux qu'ils avaient été acquittés.

je jouis presque tous les soirs, en suivant, à l'heure de la promenade, une grande allée qui est aux portes de Mexico.

Le ciel est parfaitement pur, non pas de ce bleu foncé qu'on admire en Italie, mais d'un bleu déliait d’une extrême suavité. Les grands volcans élèvent sois ce ciel leurs sommets d’une étincelante blancheur qui devient graduellement uneblancheur dorée, À gauche sont des montagnes d’un ton gris cendré trs-douxs à droile, d'autres montagnes d'un bleu ut; le clel prend vos teintes vertes, fleur de pêcher, si rares dans nos cliinats, mais fréquentes sous les tropiques, et qu’a si bien décrites Bernardin de Saint-Pierre. Les cônes neigeux semblent reposer sur une pyramide violette qui s’éclaire et s'étipourpre aux splendeurs du couchant. Pendant que je contemple ces métamorphoses de la lumière, j'écoute la cloche d’un couvent et le cri égaré d’un petit oiseau. La plaine est parfaitement uniforme de ton, simple et sévère : c’est la campa-

gne de Rome, bordée par des cimes qui ressemblent à ce qu'on imagine de l'Himalaya. Mais, nouvel incident survenu dans le magique spectacle, voici que la base de la montagne est devenue d’un gris tirant sur le bleu ; les sommets sont roses. Puis ce rose, au moment de son plus vif éclat, pâlit sou

dainement; les nuages ont conservé le leur et semblent un reflet céleste des cimes terrestres qui se décolorent. Le Popocatepetl résiste plus longtemps ; enfin il blémit, et son cratère neigeux n'offre plus qu’un blanc mat remplacé bientôt par la teinte presque livide que prennent en Suisse les glaciers quand le soleil a disparu. L'aspect de cette neige terne, après l’éblouissement que produisent les derniers jeux de lumière, est profondément triste : c’est un brusque passage de ce que la vie a de plus brillant à ce que la mort a de plus sombre.

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