‹ Promenade en Amérique [microforme] (volume 2)Chapitre 53 sur 75 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Langues mexicaines. — Un professeur descendant de Montezima, — Ressemblance de l'othomi et du chinois. — Origine asiatique des Mexicains. |

Ïl n’y a pas, pour comprendre la langue des Aztèques, les mêmes difficultés que pour déchiffrer leur écriture. On possède de cette langue des dictionnaires et des grammaires; seulement celles-ci, suivant l'usage, ont trop été modelées sur les grammaires latines. La langue aztèque est parlée dans les rues de Mexico, et il y a dans cette ville, au Collège des Indiens, un professeur chargé de l’enseigner : il s'appelle Chimalpopocan (bouclier fuman). Ce nom a été celui d’un empereur du Mexique. M. Chimalpopocan a la prétention d’être un peu neveu de Montezuma; il m'a même affirmé que, lors de l'expédition des États-Unis, on lui avait fait à ce sujet quelques ouvertures, mais qu’il n'avait vu là que des intrigues auxquelles 1l avait eu soin de ne pas se prêter. M. Chimalpopocan a bien

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Azfrer dic- -Ci, amdans , AU l’enr fu- Texie un irmé n lui qu’il ait eu bien

voulu me donner une leçon de prononciation aztèque. Cette prononciation n'est pas difficile pour des Français, car la langue aztèque offre plusieurs des sons que le français possède à l'exclusion de la plupart des autres langues, l’u, le ch. La lettre +, qui abonde dans les noms mexicains et leur donne une apparence si barbare, doit être prononcée comme notre ch. La prononciation véritable du mot Mexico est donc Mechico, et non, à l'espagnole, Mehico. J’ai visité à cette occasion la bibliothèque du Collége des Indiens, où j'ai trouvé avec quelque plaisir et un peu de surprise une collection de la Revue des Deux Mondes. J'y ai trouvé aussi les grammaires de quatre langues du Mexique, qui m'ont paru différer plus ou moins de l’aztèque. La plus curieuse est l’othomi, parlée par des montagnards qui sont toujours représentés comme moins civilisés que les Aztèques. Get idiome, qui probablement fut celui d’une portion des habitants trèsanciennement établie dans le pays, est remarquable par un certain nombre de points de ressemblance assez frappants avec une langue qui ne ressemble à aucune autre, le chinois. En effet, comme le chinois, l’othomi est presque purement monosyllabique. Les mots sont en général dépourvus de toute flexion grammaticale; l’accentuation en change

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entièrement le sens, ce qui, comme on sait, est propre à la langue chinoise. « Leur langage, dit Herrera en parlant des Othomis, est fort grossier et bref. Une même chose étant proférée en hâte ou posément, haute ou basse, a diverses significations. » Dans l’othomi ainsi que dans le chinois, le même terme peut être employé comme substantif, comme adjectif, comme verbe, et signifier tour à tour, par exemple, amour, aimant, aimer. Enlin un certain nombre de mots sont identiques ou cxtrémement semblables dans les deux idiomes. Je sais qu'il ne faut pas donner une importance exagérée à ces ressemblances que le hasard peut produire. Ainsi, sans sortir du Mexique, teo veut dire Dieu en aztèque comme theos en grec; may (aimer) en othomi comme en égyptien; eria (aimer) en langue cahila comme cran en grec, et ces rapports accidentels ne prouvent rien. Cependant un certain nombre de termes semblables est un fait qu'on ne saurait négliger; la singularité même des mots chinois, s' différents par leur caractère et leur act des mots usités dans tous les autres idiomes, donne plus de valeur aux rapprochements qu’on peut établir entre cette langue et l’othomi.

# Herrera, 5° décade, liv. IV, cl ap. x:x,

Voici quelques exemples de mots qui sont iden-

tiques ou extrèmement semblables dans les deux langues :

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Chinois, Othomi, « Cesser,,, ...... D... Pa. | D... .. Nuga, nga.

Mis duscise ': . Nu. | hr cidois e Ds: Na (ce). M RU PRE PE UT | (remède). | Bouheur, . . .... K.. . MW 1 Fonte. . . . .. ,.. Mu, . HETR 1 Vieux... \ou CT) ‘al Gran... ...,.. D... 1 Preudre.. . . . . . . Pa... Pa.

Petit, . . ,... . Sio, . | if CS RE D. RE Ts ill PR PR l'ai. 1h Faire, . . . . . . . . Ts0,, , . sa 1h

Diable (mauvais génie). Kouci.. . . houa.

Pie re à Mau. .. . . ha Acheter, . . ..... Mas. .. .. h.

Outre l’analogie singulière de ces mats othomis avec les mots chinois correspondants, ils ont une ressemblance de physionomie pour ainsi dire qu'on ne trouverait, je crois, dans aucun des idiomes connus, tous si radicalement différents du chinois. Ces deux langues présentent aussi plusieurs rapporls grammalicaux assez importants que je ne

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puis indiquer ici‘. Cette curieuse analogie de l'othomi et du chinois, rapprochée du type tartare qui m'a frappé chez certains Indiens du Mexique et dans plusieurs statues mexicaines, est favorable à l'opinion avancée par divers savants, dont le plus illustre est M. de Humboldt*, ct qui fait venir au Mexique une émigration du nord de l'Asie. Le passage est si aisé de cette partie du rivage asiatique sur le continent américain, que les Tehouktchas franchissent chaque année ce détroit pour aller chercher en Amérique les pelleteries qu'ils viennent vendre dans les villages de Sibérie°. Il resterait à expliquer comment des peuples d’origine tartare se seraient avancés si haut vers le nord de l’Asie, dans des régions affreuses et désertes. Ce n’est pas le mouvement naturel des émigrations. Cependant des circonstances particulières peuvent diriger la marche d’un peuple du Sud au Nord et d’un climat meilleur vers un climat plus rigoureux. Dans ces srands déplacements des races humaines, il y a

1 Ces rapports sont exposés dans une dissertation en latin et en cspapagnol de Fr. Manuel Crisostomo Naxera (Disertacion sobre la lengua othomi...…..……. 1845), dont un extrait a été publié en français dans les Recherches sur les Antiquités de l'Amérique du Nord et de l'Amérique du Sud, de Warden.

* M. de Humboldt a particulitrement insisté sur l’analogie du cycle mexicain et des cycles chinois et tartare.

5 Voyez Wrangcl, le Nord @ la Sibérie, cte., t. 1, p. 249.

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cycle

PROMENADE EN AMÉRIQUE. 305 des oscillations en sens divers, des courants et des contre-courants. Les Scandinaves venaient certainement de régions plus méridionales et plus heureuses dont le souvenir s’était conservé pour eux dans la tradition de l’ancien Asgard, leur berceau, où ils travaillaient l'or et buvaient le vin. Sans nous éloigner des pays qu’on a considérés comme le point de départ des migrations aztèques, on voit, dans l'ouvrage de l'amiral Wrangel que je citais tout à l'heure, les Omosks fuir au Nord, devant des populations venues des bords de lAnadir et des steppes de l'Amour, et arriver précisément dans les pays misérables d’où les populations parties des frontières de la Chine ont pu passer en Amérique”.

Il y a encore bien loin de l'extrémité septentrionale de l'Amérique au plateau du Mexique, mais on a trouvé dans cet intervalle des monuments qui peuvent être des vestiges du passage des Aztèques durant leur migration vers le Sud. Dans une vallée située à l’ouest de la Californie supérieure, c'est-à-dire de la Californie septentrionale, don Vasquez de Coronado rencontra en 1540 des ruines de bâtiments en pierre. On a découvert les débris d’un édifice considérable sur les bords du

* Wrangel,t I, p. 122.

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