‹ Promenade en Amérique [microforme] (volume 2)Chapitre 59 sur 75 · LATE SE · texte numérisé non relu

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son pays ou de mourir. » Et il mourut. Malheureusement les officiers des troupes régulières n'ont pas tous imité ce tailleur, et la défense a été trèsmal conduite.

Les Américains n'étaient pourtant pas des gucrriers consommés, Ici les officiers valaient mieux que les soldats; mais soldats et officiers ont montré constamment la plus aventureuse intrépidité, s'élançant à travers des déserts et allant devant eux en dépit de tous les obstacles. Avant d'arriver à Mexico, ils imaginèrent de s’aventurer dans le Pedrigal. On appelle ainsi un immense champ de lave d’un aspect singulier et désolé qui s'étend jusqu’à l'océan Pacifique; ils s’y égarèrent plusieurs jours et en sortirent mourants de soif, de faim, de fatigue, pour venir prendre Chapoultépec et Mexico.

Nous sommes allés faire notre pèlerinage à l’église de Notre-Dame de Guadalupe, qui est la patronne des Indiens, etqu’a adoptée la république mexicaine. Cette église s’élève sur une colline voisine de Mexico, où fut jadis le temple d’une déesse aztèque. La légende qui se rapporte à sa fondation est assez gracieuse. Un pauvre peon indien s'était endormi en

ce licu; pendant son sommeil, la Vierge lui appa-

rut et lui ordonna d'aller dire à l’évèque de Mexico de bâtir là une église. L'évèque ne voulut pas recevoir

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PROMENADE EN AMÉRIQUE. 525 l'Indien ; celui-ci revint le lendemain. L'évêque demanda une preuve de la vérité du récit, La Vierge apparut de nouveau à l'Indien et lui ordonna cette fois d'aller sur la colline stérile y cucillir des roses ; ilen trouva en effet qui avaient erû miraculeusement parmi les rochers, ct les rapporta à la Vierge, qui les jeta avec son portrait dans le sarapé du pauvre homme. L’évèque crut enfin et fil construire l'église.

Cette légende, loute populaire, convient à l'origine du culte de cette Vierge de Guadalupe, l'une des madones pour lesquelles je me sens le plus de dévotion, car elle est la protectrice d’une race opprimée, mater afflictorum ; mais la légende n’en est pas restée là. Ce portrait de la Vierge donné au pauvre Indien, quel en était l’auteur? Dieu luimême. « Jéhovah, dit un poële mexicain que je traduis fidèlement, Jéhovah voulut laisser aux Mexicains un portrait de sa mère fait de sa main, én raison de l’amour qu’il avait pour nous. »

L'église de Notre-Dame de Guadalupe est d'un goût plus simple que la plupart des églises de Mexico; l'intérieur n’a rien de l'ornementation espagnole : la voûte est blanche avec des bandes en or. Îl y a dans cette église une balustrade d'argent qui à une grande valeur: on dit que les moines

vont la vendre et la remplacer par une balustrade de cuivre argenté. En général, les ornements précieux disparaissent aujourd’hui des couvents et des églises du Mexique; les moines se hâtent de réaliser, omme un vieillard qui sait bien qu’il n’a pas longtemps à vivre. Ce peuple meurt et se sent mourir.

Dans l’église même de Notre-Dame de Guadalupe, on vend des chapelets bénits et des images miraculeuses. Les bons pères qui font ce petit trafic n’ont jamais lu dans l’Évangile que Jésus-Christ chassa du temple ceux qui vendaient des colombes pour les sacrifices, ni la dissertation du savant chanoine Thiers sur les porches des églises, dans laquelle àl est fait voir qu'il n’est permis d'y vendre aucune marchandise, non pas même celles qui servent à la piété. Après quelques dévotes emplettes, je montai sur la colline qui est derrière l’église, et d’où l’on a une belle vue de Mexico. La campagne est couverte çà et là d’efflorescences salines qui ont l’aspect de la neige.

Ce que j'ai vu en fait d'architecture de plus ravissant pendant tout mon voyage en Amérique, c’est la chapelle construite au-dessus de la source miraculeuse de Notre-Dame de Guadalupe. Cette ar chitecture est très-originale; elle ne ressemble à rien, C’est bien une sorte de R'uaissance, mais

PROMENADE EN AMÉRIQUE. 327 d'un goût particulier, arabe et mexicain, très-élé- . gant ct très-étrange. Des zigzags blancs et noirs

surmontent des fenêtres en étoiles autour desquelles des anges déroulent des légendes empruntées aux litanies, en langue espagnole. Les colonnes sont à demi grecques, mais d’un grec de fantaisie; — la porte est moresque, il y a des fenêtres moresques. Tout cela semble devoir être très-incohérent et ne l’est point. La disposition de l’ensemble fait de ce caprice architectural un taprice harmonieux.

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