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seigneuriaux se composent principalement de ce que l’on paye pour la tenure du sol, ce qui est trèspeu de chose, et d’un droit sur les ventes qui s’élève à 12 pour 100; ce dernier droit est seul onéreux. Celui qui garde sa propriété pour la trans. mettre à sa famille, ce qui est en général le cas pour les Canadiens français, ne souffre pas de la législation du pays, car il ne paye que le droit de tenure, qui est insignifiant ; mais la transmission de la propriété foncière est très-gênée par le droit de vente. Le plus grand inconvénient des seigneuries est d’immobiliser la terre, et surtout d’écarter les émigrants, qui veulent une possession plus complète et la liberté de disposer du sol à leur gré.
Un tel état de choses ne peut durer, mais la difficulté est d’en sortir. Quelques-uns proposent de supprauer le droit des seigneurs, ce qui scrait une véritable spoliation. Le chef du ministère actuel, M. Lafontaine, est d'avis qu'il ne faut point dcpouiller les seigneurs de leur droit, mais déclarer la commutation forcée, c'est-à-dire, donner à l’occupant la faculté de devenir propriétaire en achetant le fonds pour un prix établi sur une évaluation
équitable. C’est aux seigneurs à faire un arrange- °
4 Le séminaire de Montréal est le seul seigneur que le consistoire puisse
forcer à la commutation.
PROMENADE EN AMÉRIQUE. 121 ment, sans quoi ils scront dépouillés tôt ou tard, Malheureusement, ils semblent peu disposés aux concessions, et ils pourraient finir par tout perdre pour avoir voulu tout garder.
Le clergé catholique est très-populaire parmi les habitants d’origine française, et dans une complète sympathie avec eux. Il a pour revenu la dixme, qui n'est pas un dixième, mais un vingt-sixième des produits ruraux. Le paysan préfère beaucoup un impôt en nature à un autre impôt.
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ù C’est sous le rapport de l'instruction que l’avan- : tage des États-Unis sur le Canada est peut-être le | . plus considérable. Les puritains de la Nouvelle-Angleterre, malgré leur fanatisme intolérant et perséù cuteur, furent conduits par le principe protestant, Je qui fait à tout chrétien une loi de lire la Bible et d’y : puiser directement sa foi, à établir des écoles, « le | principal objet de Satan, disaient-ils, étant d'empè- | “ cher lés hommes de connaître l'Écriture, en les 4 détournant de l’étude des langues, à cette fin que si l'instruction ne soit pas enfouie dans les tombeaux a de nos pères. » Après ce considérant, dans lequel ne le diable joue le premier rôle, viennent des dispo- = sitions qui établissent des écoles dans chaque dis- | ’ à
trict sous peine de grosse amende. On était loin du
sd principe volontaire, mais enfin on fondait des éco-
les; par un motif ou par un autre, on apprenait à lire à tout le monde. Au Canada, le clergé catholique a beaucoup fait pour l'instruction. Les séminaires de Québec et de Montréal, les jésuites, les récolles, ont contribué largement à cette œuvre. J'ai trouvé dans le séminaire de Québec" un cabinet de physique très-complet. Jai reconnu nolamment les appareils électro-magnétiques inventés par mon père. J’ai vu un vieux prêtre, autrefois professeur de physique, tout ému par la présence du fils de celui dont il avait longtemps exposé les découvertes. |
Tout cela montre combien le clergé canadien est éclairé, combien il a soin de se tenir au courant des progrès de la science européenne. Avec la meilleure volonté du monde pourtant, il était impossible à ce clergé de répandreles bienfaits de l’instruction parmi des populations disséminées sur un si vaste espace. Ces populations avaient aussi sur ce point, il faut le dire, des sentiments bien différents de ceux que manifestent généralement les citoyens des États-Unis. Aux États-Unis, un des premiers
‘ La chapelle du séminaire contient quelques tableaux de Lagrenée, de Vanloo, de Parrocel, et trois attribués à Philippe de Champagne. Les collections de tableaux sont si rares aux États-Unis, que celle de Québec est probablement la plus considérable qui existe dans toute l'Amérique sep-
entrionale.
soins des communes qui se forment sur un terrain défriché d'hier est d'organiser des écoles"; mais au Canada, quand, il y'a quelques années, la législature à décrété l'établissement d’écoles paroissiales, les habitants ont accueilli cette fondation avec peu d’empressement. L'on avait voté pour cet objet une somme considérable, et l’on voulait appliquer
le principe américain d’une contribution des com-, | P
munes égale à la somme donnée par l’État; mais les communes très-souvent nommaient des commissaires, à condition qu'ils ne feraient rien, et, quand ils voulaient faire quelque chose, ils couraient risque d’être assommés. En quelques endroits, on a mis le feu à la maison de ces commissaires. Là où la commune consentait à payer sa part du traitement des instituteurs, chaque habitant voulait avoir un instituteur à sa porte. Certaines communes en ont demandé dix-sept, ce qui réduisait singulièrement les appointements de chacun. Cette disposition des esprits s’est, grâce au ciel! beaucoup améliorée * : des faits pareils ne se
‘ Cet empressement n’est cependant pas universel. En 1834, la législature de Pensylvanie publia un acte pour un système général d'écoles dans Etat. 11 y eut dans Philadelphie deux mille quatre-vingt-quatre pétitions pour, et deux mille cinq cent soixante-seize contre. Parmi les derniers
pétitionnaires, soixante-six ne savaient pas signer leur nom. (American Almanach, 1836, p. 349.)
Dans un rapport sur l’état des écoles du Cauada, en 1851, le docteur
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reproduiront plus; mais, pour qu'ils aient pu avoir licu, il a fallu que, parmi les honnêtes cultivateurs du Canada, un certain nombre.fùt bien étranger à ce besoin d'instruction, qui est si général aux Etats-Unis.
Quant à la conduite du gouvernement anglais, elle a commencé par être odieuse et perfide toutes les fois que ce gouvernement ne se croyait pas menacé. Peu de temps après la conquête, une proclamation royaleenjoignit au gouverneur de convoquer des assemblées provinciales, comme dans les autres colonies anglaises de l'Amérique: les Canadiens étaient invités à se confier à la protection royale pour la jouissance et le bienfait des lois de notre royaume d'Angleterre. Les assemblées ne furent point convoquées, mais les lois anglaises furent brusquement introduites à la place de la coutume de Paris. À ce changement on gagnait l'établisse ment du jury; on recevait un don moins précieux dans le chaos de lois que l’usage et la tradition peuvent rendre supportables en Angleterre, mais qui, au Canada, sans rapport avec les antécédents du pays, étaient un véritable fléau. Les Canadiens
Meilleur établit que, durant l’année finissant au mois de juillet 4850, le nombre des écoles a augmenté de cent soixantc-six et celui des élèves de cinq mille deux cent vingt et un sur l’année précédente.
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PROMENADE EN AMÉRIQUE. 425 français réclamèrent contre ces lois, « infiniment sages et utiles, disaient-ils, pour la mère patrie, mais qui ne peuvent s’allier avec nos coutumes sans renverser nos fortunes ei détruire entièrement nos possessions ‘. » Ceci se passait au moment où l’Anuleterre commençait à craindre pour ses autres co-. lonies; il ne fallait pas trop désaffeclionner la population française, en grande majorité au Canada. On lui rendit donc, par l’acte de Québec, l'usage de l’ancienne coutume française, landis que, pour rassurer les sujets anglais contre l'arbitraire et les lettres de cachet, on introduisit dans la législation l’habeas corpus et le jugement par jury dans certains cas déterminés.
C’est probablement à ces concessions prudentes que l’Angleterre dut la conservation du Canada lors de l'insurrection américaine. Il cst certain qu'à cette époque une grande portion du peuple canadien sympathisajt avec les États-Unis. Il yavait deux cents Canadiens dans l'armée du général américain Montgomery, qui vint, comme Wolfe et Montcalm, mourir sous les murs de Québec. Les seigneurs et le clergé s'opposèrent à ce mouvement et conservérent le Canada à l'Angleterre. Il faut avouer que
* Pétition de divers habitants de 1: province de Québec, présentée à Sa Majesté en février 1774.
les colonies anglaises qui invitaient les Canadiens à secoucr le joug de la métropole, ne faisaient rien pour se les attacher. Le congrès, dans une adresse au peuple américain, reprochait à l'Angleterre l'acte de Québec, qu’il dénonçait comme une tenta- . live criminelle pour établir la foi catholique, comme un exemple de tyrannie dans l'empire britannique; et d’autre part, dans une lettre aux Canadiens, le même congrès leur disait que cet acte ne pouvait être bien mis à exécution par les Anglais. Ces contradictions durent contribuer à retenir le Canada sous la domination anglaise. M. de Lafayette désira tenter dans ce pays une expédition, il se flattait que son nom y réveillerait des souvenirs français; mais il ne put réaliser ce dessein, auquel il tenait beau- Coup.
En 1791, Pitt divisa la province en Haut et Bas- Canada, et voulut y établir une constitution faite à l’image de la constitution britannique. Cette image était très-infidèle, comme Fox le fit remarquer. Au lieu d’une chambre des lords représentant une aristocratie indépendante, laquelle n’existait pas au Canada, Pitt créait un conseil législatif sans indépendance ; 1l plaçait à côté de lui une assemblée représentalive nommée par un corps électoral trèsnombreux, et peut-être peu préparée par ses habi-