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PROMENADE EN AMÉRIQUE. 127 tudes et son éducation à exercer ce pouvoir, Cette constitution à la fois trop monarchique et trop démocratique, et l’incurie du gouvernement anglais, n’ont produit pendant longtemps dans les deux Canada que confusion et désordre. Le Haut-Canada était presque exclusivement anglais, le Bas-Canada presque exclusivement français. Il y avait entre les deux pays animosité de race, de langue, de religion ; on n’échappait aux inconvénients de la constitution de Pitt qu’en ne l’appliquant pas. Enfin, en 1857, lord John Russell imagina dela faire abolir par le parlement. Le conseil législatif cessa d’être électif, et comme l'assemblée représentative avait refusé de voter les fonds nécessaires pour les services publics, le gouvernement fut autorisé à prendre dans le trésor provincial, pour en disposer à son gré, des sommes qui avaient été votées, il est vrai, par la législature canadienne, mais dont l’appropriation avait été jusque-là réservée à cette législature aussi bien que le vote. Ce fut un coup d'État parlementaire contre les droits constitutionnels du Bas-Canada.
On sait ce qui a suivi. Les Canadiens ont pris les armes, ont livré aux Anglais trois combats, dans l’un desquels ils ont eù l'avantage ; puis leurs vaillantes milices ont été écrasées par les troupes régulières
de la métropole. La victoire a été cruclle; on à frappé surtout les jeuncs gens appartenant aux meilleures familles. Après les exécutions des insurgés, on a voulu décapiter le pays, noyer la population française dans la population anglaise, en prononçant la réunion du Haut et du Bas-Canada.
C'était le rève du parti anglais, et ce que ses oryanes demandaient avec passion depuis plusieurs années. On est parvenu à faire voter ce changement par les deux législatures. Celle du Haut-Canada à été unanime, et à force d’argent on a obtenu dans le Bas-Canada quelques voix qui ont donné la majorité à la mesure tant désirée; mais le résultat a été diamétralement opposé à celui qu'on attendait. Dans l'assemblée, où siégent réunis les représentants des deux provinces, les Français du :Bas-Canada ont voté de concert et ont attiré à eux un certain nombre d’Anglais éclairés et influents. Depuis ce temps, ils ont la majorité. C’est ainsi qu’ils ont pu obtenir ce que lordJohn Russell avait refusé, la responsabilité des ministres. Le parti anglais violent, exaspéré de voir tourner en faveur du parti français une mesure au moyen de laquelle il avait espérél’anéantir, s'est soulevé à son tour; mais sa campagne a été honteuse, elle s’est bornée à une ignoble émeute qui, après avoir tenté de pendre les ministres, a brûlé
PROMENADE EN AMÉRIQUE. 129 la salle des séances du corps législatif et la bibliothèque: tel a été l'exploit principal de ceux qui se nommaient au Canada les tories et les conservateurs. Quelques-uns de ces tories émeutiers et incendiaires, par le dernier effort d’un machiavétisme désespéré, poussent aujourd’hui à l'annexion, pour anéantir, même au profit de leurs adversaires naturels, le pays qu’ils n’ont pu opprimer. Enfin le gouvernement anglais a compris qu'après tant d’iniquités et de maladresses il était temps d’appliquer au Canada la maxime de Fox : «Le Canada doit être conservé à la Grande-Bretagne par le choix de ses habitants; mais pour cela il faut que leur condition ne soit pas plus mauvaise que celle de leurs voisins. » La grande majorité des Canadiens français, voyant cette disposition impartiale du gouvernement, résiste à l'attraction que les États-Unis exercent sur une portion peu considérable, il est vrai, mais très-vive de l'opinion libérale. A la tête de cette fraction, séparée des Anglais par une ranune irréconciliable, est M. Papineau, le plus grand talentoratoire du Canada. il est fâcheux que dans les circonstances présentes il ne nuisse jouer un rôle. Retiré dans sa seigneurie, sur les bords de l’Ottawa, il attend un jour, qui viendra peut-être, si les anti-
pathies de race assoupies momentanément se ré- TL 9
veillent entre les descendants des Anglo-Saxons ét : les descendants des Normands, qui ont changé de rôle en Amérique et semblent, sur cette terre loin laine, poursuivre les représailles d’un ancien combat. La sagesse de l'Angleterre doit prévenir ce réveil, qui lui serait fatal et donnerait certainement le Canada aux États-Unis.
Avant de quitter Québec, j'ai passé quelques heures fort agréables chez un homme très-Français d’esprit comme de manières, M. Chauveau. J'ai appris de lui, ce qui m’a été confirmé par d’autres, combien la population canadienne est occupée de la France. À peine si on lit les livres nouveaux qui se publient en Angleterre; mais tout le monde li les ouvrages français. Voltaire disait un peu ironiquement :
Partout, même en Russie, on vante nos auteurs.
Maintenant la Russie est à notre porte, c’est une province littéraire de la France; mais un peu plus loin, au Canada, il en est de même qu'en Russie : toutes les jeunes filles savent par cœur l’Automne de M.. de Lamartine. M. Chauveau, bien que jurisconsulte et homme politique, cultive avec goût la poésie; il a écrit, pour défendre son pays contre quelques sévérités françaises, des vers très-fran-
une lus 1e :
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