‹ Promenade en Amérique [microforme] (volume 3)Chapitre 21 sur 76 · RER · texte numérisé non relu

RER

PROMENADE EN AMÉRIQUE, 151 cais de tour et d'esprit, et qui ne semblent point du tout venir de l’autre monde.

Autrefois le commerce du Canada consistait surtout en fourrures. Il faut lire dans l'introduction d’Astoria, tracée par la plume élégante de Washington Irving, la peinture de l'existence presque féodale des membres de la compagnie du nordouest; l’auteur peint aussi la vie aventureuse des voyageurs canadiens, qu'il a vus dans sa jeunesse. Les premiers apparaissent dans la splendeur patriarcale de leurs banquets hospitaliers; les autres, tels qu'ils sont encore aujourd’hui, campant et bivaquant près des feux allumés au bord des fleuves ou faisant entendre aux rives solitaires des grands lacs les refrains grivois qui charmaient nos pères, et qui, maintenant oubliés d'une génération plus morale ou plus morose, vont expirer, contraste bizarre! dans les majestueuses solitudes des forêts du nouveau monde.

Aujourd’hui le principal commerce du Canada | est le commerce des bois. On l'accuse de séduire et de démoraliser les Canadiens par l’existence tour à tour très-pénible et très-oisive qu’il impose. Un proverbe dit que le raflsman (celui qui amène le bois coupé dans les forêts le long des fleuves) se trouve à la fin de l’été avec une constitution épui-

sée, des habitudes d’ivrognerie, une paire de pantalons et un parapluie.

Cette vie misérable n’est pas sans poésie, et cette poésie a élé exprimée assez heureusement dans un chant composé aux États-Unis. Le Maine a aussi dans ses forêts des abatteurs (lumberers), et c’est l'un d'eux que le poëte fait parler :

«€ Frappons, que chaque coup ouvre passage au jour, que la lerre longtemps cachée s'étonne de contempler le ciel! Derrière nous s'élève le murmure des âges à venir, le retentissement de ‘] la forge, le bruit des pas des agriculteurs rapportant la moisson 1 dans leur demeure future.

| « Reste qui voudra dans les rues des villes, ou se plaise sur la plaine nivelée. Donnez-nous la vallée couverte de cèdres, les rochers et les sommets du Maine. T'enons-nous-en à notre pays boréal, sauvage et boisé; rude nourrice, mère vigoureuse, gardcnous sur ton cœur ! »

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