‹ Promenade en Amérique [microforme] (volume 3)Chapitre 39 sur 76 · TL · texte numérisé non relu

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Unis reçoit chaque année une forte couche de population allemande. Les Allemands tomptent maintenant dans l’Union par millions’, et lui fournissent une classe en général très-laborieuse et trèsrespectable d'agriculteurs. Celle-ci a moins de peine à se fondre dans la nationalité américaine que les lettrés, et encore remarque-t-on que les émigrants allemands s’agrégent volontiers en associations particulières et conservent assez longtemps leur langage ct leurs mœurs. C'est surtout dans les villes que la séparation et l’antipathie subsistent. Je lisais l’autre jour dans un journal qu'à New-York une troupe de ces bandits qu’on appelle des roudies, et qui remplissent de désordre et de violences pas assez réprimés les quartiers peu fréquentés de cette ville, avait, il y a quelque temps, juré haine aux Allemands et en a tué plusieurs.

En cherchant des antiquités, j'ai rencontré un petit coin de forêt qui, plus qu'aucun autre lieu que j'aie vu jusqu'ici, m’a donné le sentiment de ceite beauté tranquille et sauvage qui est celle des forêts primitives; les arbres qui croissent sur les

‘ Cette année, l’émigration allemande a égalé en nombre l'émigration irlandaise : Loutes deux ont importé environ cent vingt mille hommes sur le sol américain.

tertres n’ont pas été abattus, et autour de ces ar-

bres droits et magnifiques serpentent ct s’enlacent en lianes ligneuses des vignes vierges de cinquante pieds de hauteur. Quand je cesse de marcher, le silence est complet autour de moi. À quelques pas coulent à travers la forêt, comme enfoncées entre deux grands espaces de verdure, les eaux vertes elles-mêmes du Scioto. Ce fleuve sans bruit et comme sans rives semble perdu dans la solitude ; on dirait qu'il dort et qu'il rêve.

Ce coin de forêt est bien un reste de la forêt pri-

R mitive, la hache n’a jamais frappé les arbres autour : desquels s’enroulent les lianes et les vignes sau- S vages; mais l’homme, qui ne l’a pas encore cultivé, e en a déjà pris possession; il l’a entouré d’une bare rière qu’il a fallu escalader pour pénétrer dans cette solitude. Un groupe remarquable de M. Greenn ough, statuaire américain, représente la race anglou saxonne contenant et désarmant la race indienne; Le de même ici la civilisation étreint, pour ainsi dire, le désert qu’elle va faire disparaître.

s Je dois aux antiquités de l'Ohio d’avoir Joui

comme je ne l’avais pas fait encore de ce charme silencieux des eaux et des forêts américaines. Le pays est ravissant : partout on aperçoit des montagnes arrondies couvertes de belles forêts, en ce moment parées de toutes les splendeurs de Pau-

tumne. Nulle part dans le monde, les teintes du feuillage en cette saison ne sont vives et varices comme dans l'Amérique du Nord; la diversité des arbres dans les forêts est très-grande, et plusieurs de ces arbres se teignent en automne des couleurs les plus brillantes : le rouge sanglant, l’orangé, le brun doré, y éclatent à cté l’un de l’autre au milieu d’une verdure tantôt sombre, tantôt claire. Le regard est vraiment ébloui de cet arc-en-ciel de Ja végétation, il n’en est pas toujours complétement satisfait. Quelquefois ces tons si vifs ne sont pas harmonieusement fondus et crient, mais par moments on rencontre, au contraire, les combinaisons les plus harmonieuses, en même temps que les plus éclatantes. Alors c’est un spectacle qui, je crois, n’a point son pareil dans un autre pays, el, pour emprunter les expressions d'un poëte américain, « les teintes que déploient les bois d'érable sont comme le bouton qui s'ouvre ou la rose qui { pâlit, ou variées comme les couleurs des nuages au coucher du soleil. »

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