‹ Promenade en Amérique [microforme] (volume 3)Chapitre 52 sur 76 · TL · texte numérisé non relu

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ment britannique que, malgré l'essor imprimé à l'instruction du peuple, le chiffre des crimes s'était ‘apidement accru à New-York. Des anomalies pareilles ont été signalées dans plusieurs États de l'Europe. Le traducteur américain de l’ouvrage des deux publicistes français que j'ai nommés plus haut, M. Lieber, a examiné aussi la question, et, après avoir indiqué comment des circonstances particulières pouvaient modifier l'influence habituelle de l'éducation, il a établi que l'instruction n’était pas bonne d’une manière absolue. « L'arithmétique, dit-il, sert au fripon autant qu’à l'honnète homme qui travaille pour sa famille; un couteau sert au meurtrier aussi bien qu’à celui qui l'emploie à couper un morceau de pain pour un mendiant. » Puis M. Lieber ajoute à ces observations des considérations ingénicuses et vraies sur l’ulilité indirecte que l'éducation en commun à pour l'enfant. Il remarque que rien n’est plus dangereux qu’un homme qui ne sait pas lire dans un pays civilisé. Je trouve que M. Licber a raison. En effet, cet homme est en quelque sorte en dehors de la société; une foule d’avenues lui sont fermées; il a comme un sens de moins ; de là une humiliation et un obstacle perpétuel dont le sentiment doit le pousser au vice st au crime.

IL y a encore un autre motif aux États-Unis pour apprendre à lire à tout le monde : c’est que, dans ce pays, où toutes les carrières et toutes les chances sont ouvertes à tous, personne ne veut donner à ses enfants la seule infériorité radicale que cette société admetle, et créer pour eux l’unique incapacité qui puisse les empêcher d'arriver à la fortune et au pouvoir. Je crois qu’une partie de la reconnaissance qu'on professe aux États-Unis pour les bienfaits moraux de l'instruction s'adresse tout ‘ ti lité qu'on en peut retirer. C’est un mou irèsavouable de répandre l'instruction élémentaire, seulement il faudrait l'avouer davantage.

Les écoles publiques sont établies et entretenues, tantôt par des fonds que chaque État fournit, tantôt par des taxes que votent les villes et les communes. Le système le plus généralement adopté est celui de New-York, qui consiste dans une combinaisor des deux autres. Le principe général est que la ville s'impose également ou proportionnellement à ce que lui dunne l’État aux termes de sa constitution. L'État de New-York s’est réservé à perpétuité pour les écoles le produit de toutes les terres qui lui appartiennent, et un capital appelé fonds des écoles.

Dans la ville de New-York, les écoles ont consi-

dérablement augmenté relativement à la population. Celle-ci était, en 1851, d'environ 170,000 âmes, maintenant elle dépasse 500,000, elle a plus que triplé; mais le nombre des enfants instruits, qui est aujourd'hui de 120,000, a quintuplé. Le personnel des instituteurs estde plus 12,000. En 1852, seulement pour les écoles du soir, on a dépensé ne somme de 80,000 francs. Les écoles de l’État de New-York se distinguent aussi de celles de plusieurs autres États en ce qu'il n’y à pas d’écoles pour les enfants pauvres. Nulle distinction n’existe entre ceux-ci et les enfants riches. L’impôt qu’on prélèverait sur les parents aisés au profit des petits indigents, ils le payent pour l’école, dont ces derniers profitent avec leurs propres enfants. Le déboursé est le même, et la dignité de tous est mieux respectée. Il s’est fait depuis une douzaine d'années une révolution dans l’organisation des écoles à New-York, et M. Hughes, archevéque catholique de cette ville, car les Américain ne sont pas si chatouilleux à l’endroit du papisme que les Anglais, a amené ce changement. Il existait une ancienne corporalion qui était en possession de crécr et de gouverner les écoles. Cette corporation, dans laquelle se trouvait un certain nombre de quakers, laissait l’enseignement religieux à la famille et aux

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PROMENADE EN AMERIQUE. 519 écoles du dimanche, seulement on lisait dans l'école la Bible sans commentaires; mais comme c'était une bible protestante, les catholiques avaient des scrupules : ils demandèrent qu’une partie du fonds des écoles leur fût attribuée. L’archevèque plaida cette cause avec beaucoup d'éloquence. Par respect pour le principe de ne rien faire qui favorise une communion chrétienne en particulier, principe qui est très-dominant dans la république, l'État de New-York n’a pas cru pouvoir affecter aux églises catholiques une portion du fonds commun. Néanmoins, tout en respectant le droit de l’ancienne corporation à laquelle on a laissé le gouvernement de ses écoles, l’État en a créé de nouvelles gouvernées par des préposés (trustees) qui sont nommés par des hommes choisis dans chaque division de la ville, et on a formé un collége pour l’enseignement supérieur gratuit sous le nom de Collége libre (Free Academy). |

Ce dernier collége ne s’est pas établi sans difficulté. [ei tout ce discute au point de vue politique, Les uns approuvaient, comme très-conforme à l’esprit républicain, qué des enfants placés dans les situations les plus diverses fussent ainsi admis à suivre un enseignement supérieur par le seul droit de la capacité. Les autres, dans l'excès de leurs

susceptibilités démocratiques, s'élevaient contre cet enseignement donné gratuitement, comme créant dans la jeunesse une sorte d'aristocratie au profit de laquelle scraient détournés l'argent et les maitres, au détriment des écoles primaires, utiles à tous. Il a fallu l'autorisation de la ville de New-York. Le consentement de la ville à été décidé par une majorité seulement de 20,000 voix, environ un dixième. La ville ayant consenti à l’établissement du nouveau collége, elle a dù demander à l’État de lui accorder par une loi la permission de se taxer pour cet objet.

Cet établissement m'a semblé très-bien conçu et très-bien organisé. Remarquons d’abord qu'en France il n’y a rien de pareil à cet enseignement des colléges donné gratuitement. Il va sans dire qu’on est admis d’après des examens, qui portent sur la lecture, l'écriture, l’arithmétique, le latin, la géographie, l’histoire des États-Unis. Tout élève des écoles publiques ayant plus de douze ans est admissible; les candidats sont examinés sur les différents chefs par des professeurs qui ne connaissent pas leurs noms, et écrivent, quand il y a lieu, bon (good) sur une carte anonyme qui leur est présentée par le candidat. Il faut pour être reçu un bon de chaque professeur. Il y a en ce moment

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PROMENADE EN AMÉRIQUE. ol 250 élèves. L'intention est d'obtenir ainsi un choix parmi le grand nombre d'enfants auxquels les écoles donnent l’enseignement indispensable. Les châtiments n'existent presque pas; on cherche à développer le ressort moral, et on accoutume les enfants aux procédés expéditifs qu’ils rencontreront partout sur leur chemin. Quand l’un d'eux commet une faute grave, on lui adresse des observations; s’il y retombe, on lui dit froidement : « Vous ne pouvez plus être associé aux autres élèves de ce collége, » et on le renvoie.

Deux choses m'ont paru caractéristiques dans la visite que j'ai faite au Collége hbre, dont l’organisation m’a été très-netlement expliquée par le principal, M. Webster. D'abord, c'est la manière dont la surveillance du principal est facilitée et simplifiée par des dispositions matérielles. Dans un gros volume tout semblable au livre de comptes d'un négociant est une table construite comme une table de multiplication, et qui permet de voir sur-lechamp ce qu’à une heure donnée fait un élève, dans quelle classe il se trouve; c’est la perfection de la tenue des livres appliquée à l'administration d'un collége. L'autre trait de mœurs qui m’a frappé, c'est que les élections des trustees ou préposés au gouvernement du collége ont un catactère polili-

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