‹ Promenade en Amérique [microforme] (volume 3)Chapitre 64 sur 76 · SC RENTE · texte numérisé non relu

SC RENTE

PROMENADE EN AMÉRIQUE. 51 captivité des Juifs et de leur fuite. M. Hawkes cite dans son ouvrage un bas-relief égyptien où l’on voit des hommes qui portent des pierres et des briques, et au-dessus desquels sont tracés des hiéroglyphes qui, je crois, veulent dire : Les captifs portent. pour bâtir le palais du roi. Malheureusement aucun nom de peuple n’est indiqué dans l'inscription hiéroglyphique, et on ne peut être sûr qu’il s'agisse des Juifs plutôt que d’autres populations captives ; mais rien n'empêche de voir là les Hébreux qui furent condamnés à faire de la brique pour les rois d'Égypte, et que Moïse délivra.

M. Hawkes est à la fois un voyageur savant et un des prédicateurs les plus distingués de l'église épiscopale aux États-Unis. L'église épiscopale anglaise avait été repoussée par la révolution comme le gouvernement anglais, avec lequel elle avait toujours fait cause commune; mais, après que l'indépendance des États-Unis eut été reconnue par l'Angleterre, ce même motif de séparation n'existait plus : ceux qui tenaient pour l'église anglicane, et qui pensaient qu’eile était dépositaire de la vraie tradition apostolique, éprouvèrent le besoin de s’en rapprocher. White, un des membres les plus vénérables du clergé américain, conduisit à bien, à travers un assez grand nombre

de difficultés, cette réconciliation. I fit le voyage d'Angleterre pour aller demander la consécration épiscopale, par l'imposition des mains, à l'archevéque de Cantorbéry, et revint fonder la communion épiscopale américaine, qui ne jouit, comme on pense bien, d'aucun privilége, mais qui est préférée par les classes élevées de la société, et qui possède dans le quartier élégant de New-York une église à laquelle M. Hawkes est attaché.

De toutes les’ communions chrétiennes, ce sont les épiscopaux qui possèdent à New-York le plus grand nombre d’églises : ils en ont 46; il y en a 44 presbytériennes, #2 méthodistes, 55 baptistes, seulement 9 congrégationalistes (puritaines) et 2 unilairiennes; on y compte aussi 17 églises réformées allemandes et 22 églises catholiques. Pour célébrer le dernier anniversaire de la proclamation de l’indépance, M. Hawkes a prononcé un discours politique selon l’usage. L’excitation qu'a produite dans les esprits l'attente de l’arrivée de Kossuth, la fièvre démocratique qui s’est allumée à cette occasion, ont inspiré à M. Hawkes un véhément discours de résistance. « Une lutte approche en Europe, a-t-il dit, non pas, comme on le répète, entre la liberte et le despotisme ", mais entre le gouvernement ct l’anar-

* Ce discours a été prononcé au mois de septembre 1852,

chie; tous deux ont des armes et des échafauds, et celle page de l’histoire ne peut être écrite par Dieu que dans le sang; l'Amérique, libre et heureuse, ne doit intervenir que par ses exemples, non par les armes. On parle de la souveraineté du peuple : n°v croyez pas; le peuple n’est pas souverain, lesouverain est toujours quelque part ailleurs : en Europe, dans un gouvernement despotique ou constitutionnel ; chez nous, Américains, dans un ensemble de principes raisonnables, et, comme tels, venus de Dieu, qui sont inscrits dans notre constitution. Cette constitution est le souverain. Si elle contient des principes faux, ils doivent être changés paisiblement et légalement, et remplacés par des principes vrais. Jusque-là, on doit la respecter et lui obéir. » Et passant à un autre sujet : « New-York, a-t-il ajouté, a cela de particulier, que c’est ici que se fait l’alliance de l'ancien monde et du nouveau. Chaque année, 600,000 enfants de la vieille Europe, dépravés par l'ignorance et la servitude (nous n’avons jamais été ignorants ni serfs), sont jetés sur ces bords. La question est de savoir s’ils seront purifiés par nous, ou si nous serons viciés par eux; si nous infuserons un sang plus jeune et plus pur dans ces corps décrépits, ou s'ils infecteront nos

veines de la corruption qui est en eux. Pourrons-

Fr € # L se ne TER " à DR EAP EST A PER MINS SD DS EP PSS CRE NOEL DETENTE DEP

LD

nous, comme nos fleuves, nous débarrasser du limon déposé dans notre sein? Un grand nombre de ces hommes est entièrement impropre à vivre selon nos institutions; les rejetterons-nous? Non, cela n’est pas dans le cœur américain. Nous avons de l’espace à leur donner, mais qu’ils y respectent notre liberté. Dans l'ouest, des Hongrois ont été chassés par des catholiques allemands parce qu'ils lisaient une bible protestante. Je le dis au nom de la tolérance religieuse, cela ne doit pas être toléré. » Il y a eu aussi quelques paroles dirigées contre les sectes mystiques et en faveur d’un christianisme acüif. « Notre reconnaissance envers Dieu, a dit M. Hawkes, doit être en action, non en paroles; nous devons donner tout ce que nous avons reçu. Dieu demande l'action, et non certaines émotions qui font oublier l'action. On parle de belle mort, on me dit qu'un tela fait une belle mort : je demande comment il a vécu ? »

Tandis que le ministre de l’église épiscopale tonnait ainsi à la fois contre les catholiques, les dissenters mystiques ct les révolutionnaires, un ministre méthodiste prêchait dans une autre église en l'honneur de Kossuth e! de l'intervention, à un certain degré, de l'Amérique dans les affaires européennes. | |

Page 1