‹ Promenade en Amérique [microforme] (volume 3)Chapitre 7 sur 76 · PL · texte numérisé non relu

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PROMENADE EN AMÉRIQUE. "bt l'embryogénie, et, dans chacun des grands plans d'organisation établis par Cuvier, les vertébrés, les mollusques, les articulés et les zoophytes, il fait concourir à la classification des êtres les données de ces trois sciences, déterminant la supériorité des divers types d'animaux selon qu’ils sont plus parfaitement organisés et moins anciens dans l’ordre géologique. M. Agassiz étudie tous les êtres vivants, sous le triple aspect de leur organisation présente et de leur organisation antérieure, soit dans le sein de leur mère, soit dans l’état de développement moins avancé atteint aux époques primitives par les espèces qui étaient comme les embryons des espèces actuelles. On sent ce que les harmonies de ces diverses sciences ont de grandeur; mais, pour les cultiver et les approfondir simultanément, il faut l'étendue et l’activité d'esprit qui caractérisent M. Agassiz, qui lui permettent de suivre à la fois plusieurs ordres de connaissances et plusieurs publications entièrement différentes, et, sous ce rapport, le rendent très-propre, quoique enfant de la vieille Europe, à représenter dans la science l’énergie, l’ardeur et l’impétuosité de la jeune Amérique. Comment l'Amérique a-t-elle fait une conquête que les corps savants et toutes les capitales de l'Europe pourraient lui envier ? Il faut faire ce ré-

cit, qui est à la louange de l'Amérique autant que de M. Agassiz.

M. Agassiz n'avait point de fortune personnelle. Sa jeunesse a connu de mauvais jours. Il m'a raconté comment il s'était trouvé, à Paris, dans un tel dénûment, qu’il n'avait pas même de quoi retourner en Suisse. Un ami, qui n’était pas plus riche que lui, en ayant parlé devant M. de Humboldt, que M. Agassiz n'avait jamais vu, le lendemain celui-ci recevait, dans sa petite chambre d'hôtel garni, une lettre Matteuse de l'illustre savant qui le priait, de la manière la plus aimable, d'accepter l'avance de la somme dont il avait be-' soin. M. Agassiz aime à raconter cette histoire. Après me l'avoir racontée, il ajouta : «Jai demandé à M. de Humboldt de ne pas lui rendre cette petite somme, alors si considérable pour moi. Il me plaît de me sentir toujours son obligé. » J’espère que tous mes lecteurs comprendront comme moi la délicatesse d’un tel sentiment. Au bout de quelques années, M. Agassiz s'était fait un nom dans la science; mais, pour publier son ouvrage sur les poissons fossiles, de grands frais avaient été nécessaires. Îl devait cent mille francs à son frère. Ceux-là il ne voulait pas les devoir toujours. Où, en Europe, aurait-il trouvé à s’acquitter rapide-

ment en faisant des cours? 11 vint aux État-Unis et professa la géologie dans l'institut de Lowell, à Boston. Cet institut est encore l’œuvre d’un particulier, M. Lowel, que la passion des voyages entraina en Orient, où il mourut, consacrant, par un testament daté de Lougsor, sa fortune à l’établissement d’un ensemble de cours destinés à montrer l'harmonie de la religion naturelle ei de la religion révélée. Ce legs généreux de M. Lowell rappelle celui que dieta également en Égypte à un Français, M. le baron Gobent, un désir semblable d'être utile à la science et à son pays.

M. Agassiz vint professer la géologie à l’institut de Lowell ; improvisant dans unc langue qui n’était pas la sicnne, il produisit un effet immense. Le public qui venait l'entendre était si nombreux, qu'il fut obligé de faire deux fois chaque leçon. Les vastes salles de l'institut ne pouvaient contenir que la moitié des auditeurs. En quelques années, il a gagné ainsi, au moyen de différe:.': rours, les cent mille francs qu’il devait. Voilà ce qui s’est passé dans la mercantile Amérique. 1! semble que parfois on n’y est pas indifférent au savoir, et que si l’on aime à gagner de l'argent, on sait le dépenser noblement. La démocratie libre, qui x ses petitesses et ses misères, peut donc faire pour les

sciences ce que faisaient les anciennes aristocraties, et ce que ne font pas toujours les gouvernements. L’examen géologique de deux comtés de l'État de New-York a été exécuté aux frais d’un particulier. Ne vient-on pas de voir un simple négociant, M. Grinnel, équiper deux vaisseaux pour aller à la recherche du capitaine Franklin, perdu dans les glaces da pôle? Le capitaine Franklin est Anglais, M. Grinnel est Américain ; le sentiment qui l’a inspiré est donc pur même de l’égoïsme de la patrie, il n’a obéi qu’à l’humanité en consacrant une partie de sa fortune à aller au secours d’un homme qui appartient à une nation et à une marine rivales.

Cambridge a une bonne bibliothèque, un laboratoire de chimie, d’après les perfectionnements introduits par M. Liebig à Giessen, et un cabinet d'histoire naturelle, où j'ai vu avec intérêt quelques-unes de ces empreintes si curieuses laissées par des animaux antédiluviens sur le sable humide, qui garde aussi des traces de gouttes de pluie, vestiges durables de ce qui semble le plus fugitif. M. Hitchcock, professeur au collége d'Amherst, a attaché son nom à l’étude de ces pas fossiles, abondants surtout en Amérique, mais dont on a trouvé aussi quelques exemples en Écosse et en Allema-

gne. M. Hitchcock a pu, d’après ces indices si certains et si légers tout ensemble, déterminer quara te-sept espèces d'animaux : douze quadrupèdes, douze reptiles, vingt-deux oiseaux, etc.; mais 1l n’a pas, comme un de ses compatriotes, cru y reconnaître l’empreinte de chaussures de femmes:

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