JEAN-JAGQUES AMPÈRE XXV
sujet qui l'occupa dans la première suppléance que lui offrit Fauriel à la Faculté des lettres en 1832, Ces divers cours, dont on a les leçons d'ouverture et quelques fragments, offraient de l'intérêt et donnaient aux jeunes esprits qui y assistaient une teinture de ce
$ sujets étrangers et jusqu'alors tout à fait isgnorés chez nous : c'était |] Ê
une premiére couche excellente ,
L'occasion était belle pour Ampère dans les premières années qui succédérent à la révolution de 1830. Après une suppléance passa= gore dans la chaire de Fauriel et dans celle de M. Villemain à la Faculté des lettres (1832-1833), la mort d'Andrieux au mois de mai de cette dernière année laissa vacante au Collége de France la chaire de littérature française, et Ampère y fut nommé. Il lui fut donr° pendant des années, et sauf quelques intervalles de congé et d'école buissonnière qu'il avait besoin de s'accorder de temps en temps !, de parcourir en entier plusieurs fois toutes les périodes, tous les stades de notre histoire littéraire depuis les origines latines et romanes jusqu'au xvut siècle, J'étais un auditeur fidèle de ses cours, et je dois dire que bien qu'appartenant moi-même à très-peu près à la même génération, je suis à certains égards un élève d'Ampère, Combien n'ai-je point eu à profiter de lui! Critique alors tout biographique et anecdotique, je me laissais volontiers guider par lui dans les grands cadres environnants et pour les accessoires extérieurs. C'est pour moi encore un sensible regret, toutes les fois que j'y songe, de penser que le travail immense, spirituel et judicieux au-
quel il s'était livré, n'ait point pris la forme d'une œuvre suivie et
1. Ampère se fit suppléer pour la première fois par M. de Loménie en décembre 1845. À partir de décembre 1855, il n'est plus remonté dans sa chaire. Ces dix années, de 45 à 55, ont été fort mélées et entrecoupées ; mais les précédentes, de 33 à 45, avaient été entières.
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définitive, d'un monument, et que ce qui était fait et comme bâti déjà n'ait pas été cimenté ct fixé,
… Ampére, trés-suivi dans les dernières années par des per. sonnes des deux sexes, était vraiment le professeur de littérature française le plus approprié à son époque. Les grands travaux im provisés de M, Villemain avaient fait leur temps: on n'avait pas à les recommencer, non plus que le talent prestigieux du professeure orateur, On était devenu plus rassis et plus positif. On voulait des faits, on voulait suivre pas à pas son guide et reprendre avec lui et apres lui les méômes lectures, npére était l'homme de ce moment, etsa noble et large impartialité d'esprit, Sa connaissance directe des autres littératures, l'usage et la fniliarité qu'il en avait de longue main, le sentiment juste des rapports (ce sentiment qui semble s'être perdu depuis), tout lui permettait d'assigner à la production française sa vraie place et son vrai rang, sans lui rien retrancher et sans rien eXagérer non plus,
Hn'avait rien d'universitaire : ceci est à remarquer: quoiqu'il cùt été élevé dans les lrcées et colléges, quoiqu'il eût pour M, Cousin toutes les amitiés respectueuses, et envers M. Viliemain toutes les déférences, il n'avait point précisément la tradition comme on l'entendait aux environs du collége du Plessis où à l'ombre de la Sorbonne, je veux dire la marque et le cachet de l'éducatton puisée à nos écoles, n'avait rien de ce que MM. Nisard et Rigault laissent voir tout aussitôt dans leur critique. L'esprit d'Ampère offrait table rase aux doctrines et aux méthodes dos Fauriel, des Nichuhr, Grinun, Goethe... [ne recevait pas ces doctrines sur Ja défensive en quelque sorte, 6f, Comme doit faire tout bon uiiversitaire, la baïonnette en avant, à Son corps défendant, es que fit toujours le docte Victor Le Clerc par exemple, Il n'était pas toujours à cheval sur Ja priorité accordée à des Francais, sur la prééminence francaise, et aussi il n'allait pas jusqu'à dire d'impatience comme Voltaire: « Nous autres, Francais, nous sommes la crème fouettée de l'Europe, » Il se tenait en éveil de toutes parts, dans un état d'indifférence curieuse,
Et comment en aurait-il été autrement? Sachons bien qu'Ampére