JEAN-JAGQUES AMPÈRE XXVII
vécut d'une vie commune et fit ménage intellectuel de 1830 à 1847, pendant près de dix-sept ans, avec un homme qui est l'érudition et la curiosité mêmes, M, Mohl, le savant orientaliste et mieux que cela, mieux qu'un savant, an sage :esprit clair, loyal, étendu, es= prit allemand passé au filtre anglais, sans un trouble, sans un nuage, miroir ouvert et limpide, moralité franche et pure ; de bonne heure revenu de tout avec un grain d'ironie sans amertume, front chauve et rire d'enfant, intelligence à la Goethe, sinon qu'elle est exempte de toute couleur et qu'elle est soigneusement dépouillée du sens esthétique comme d'un mensonge, Pendant dix-sept ans, Ame pére vécut avec M Mol dans un appartement contigu et qui com muniquait : à l'heure du déjeuner, le savant asiatique entrait après une malinées déjà longue passée à l'étude, et c'étaient des nouvelles de Berlin où de F'nde, de Calcutta ou. de Londres : cela, pour commencer, ne laisse pas d'étendre les idées et d'élargir les horizons. Et le soir, combien de fois, rentrant vers minuit, Ampère retrouvait son ami veillant encore, et là, assis au bord du lit, le nressant des questions qui le préoceupaient et que les rencontres de Ta journée avaient suscitées en lui, il prolongeait jusque bien avant dans la nuit Les doctes enquêtes et les poursuites historiques de sa pensée ! car, quand une pensée le tenait une fois, il en était comme obsédé et il ne s'en délivrait qu'en l'épuisant.
… La premiere grande infidélité qu'Annpère fit a son cours du Collége de France fut son voyage d'Égypte (novembre IS44-janvier 1845). Jusque-là ee n'avaient été que de légères et vives échappées d'un savant professeur en vacances, échappées extrémement agréables d'ailleurs et qui ont laissé leurs traces, Le Voyage dantesque, c'est-à-dire le pélerinage à tous les lieux consacrés par les vers du poëte florentin, lt Pocsie grecque en Grèce, et une Course dans l'Asie Mineure, qui n'en est qu'un chapitre détaché, sont des essais d'un genre composite, un melange de réalité, de souvenirs, de lectures et d'observations, le tout vivement présenté et des mieux assortis. Aupére observait peu directement : il n'était pas organisé par la
nature pour regarder à fondet pour exprimer puissamment ce qu'il