Les Pères ont appelé le Christ le premier martyr
A M. ALEXIS DE TOCGQUEVILLE
Il se fait un grand vide, une effroyable nuit.
Toute âme se dessèche au vent de l'égoïsme,
Qui peut l’abandonner, cadavre, au despotisme.
Ah! c’est le mot fatal qui vous remplit d'effroi;
Oui! que cet ennemi s'appelle peuple ou roi,
C’est lui qu'il faut surtout redouter et combattre; Car vous n’élevez pas la voix pour nous abattre,
Car vous ne voulez pas, prophète désolé,
Vous asseoir et gémir sur le monde ébranlé.
Ce n'est point pour glacer, mais armer les courages, Que vous nous dépeignez, dans vos plus belles pages, Ce despote, oppresseur des fils de l'Union,
Qu'on nomme multitude ou bien opinion;
Qui blesse les cœurs fiers, courbe les âmes viles, Rampant dans leur orgucil, superbement sorviles ; Qu'adorent à genoux des tribuns eourtisans,
Qui se repait d'erreur, de mensonge et d'encens!
Ou que vous nous montrez, au sein de nos conquêtes -Cet absolu pouvoir qui menace nos têtes,
Non pas l'œil sombre et dur, le bras souillé de sang, Mais le bras désarmé, l'œil louche et caressant, Enervant par degré toute force virile:
Qui, sourdement actif, mortellement habile,
Tuteur des nations, les voudrait soulager
Du soin de se régir et de se protéger,
Et qui, croissant toujours dans l'ombre et le silence, S'étendrait sur l'État ainsi qu'un piége immense! Pour conjurer ces maux nés de l'égalité, Aimez-nous, dites-vous, aimez la liberté!
Ah! c'est là la grandeur de votre œuvre immortelle, A son culte épuré d'être vraiment fidèle,
De ne la pas confondre avec les passions,
Que soulève le flot des révolutions ;
A M ALEXIS DE TOCGQUEVILLE De voir en elle une arme, un remède héroïque, Au danger qui menace un temps démocratique !
Vous voulez rendre un cœur à ce siècle abattu Et de la liberté Jui faire sa vertu!