‹ Promenade en Amérique [microforme]Chapitre 3 sur 64 · VI JEAN-JACQUES AMPÈRE · texte numérisé non relu

VI JEAN-JACQUES AMPÈRE

lui-même un genre, une langue et un rhythme, et il ne fallait rien moins que tout cela alors, du moins dans l'ordre lyrique, dans tout ce qui était odes, élégies, méditations, si l'on voulait être un poûte de la jeunesse, un de ceux dont elle saluerait l'avénement avec transport. Ampère n'était pas assez artiste pour prendre dès l'abord un parti franc et décisif dans la réforme poétique qui se tentait d'un certain côté : son bon sens hésitait devant quelques excès apparents; la tradition et la nouveauté se livraient bataille en lui: il était trop sage et trop avisé pour se faire par système un style, et il n'était pas de ces natures souveraines qui en trouvent un naturellement.

Et quant aux couronnes du théâtre, auxquelles il semble avoir plus particuliérement visé, il y avait, pour y atteindre, des difficultés plus grandes encore que dans la branche lyrique. La tragédie exigeait un certain renouvellement ; mais à quel degré 2 dans quelle mesure? Le public ne savait pas bien lui-même cs qu'il désirait, M. Lebrun, par un heureux mélange de naturel et de passion, et aussi grâce au pathétique du sujet, réussissait avec éclat dans sa Marie Stuart, et cependant il ne pouvait faire agréer son second ouvrage, le Gid d'Andalousie, bien qu'il nous semble à quelques égards supérieur au premier, Casimir Delavigne, favorisé dès ses débuts et qui parut à un moment près d'exceller, ne se soutint bientôt qu'à l'aide de concessions multipliées et de sacrifices qu'il semblait faire à un goût contraire au sien, Ampcre, en le supposant lancé dans ertte même voie dramatique, n'eût guere pu que le suivre ou le côtoyer, avec plus de conviction et de sens critique assurément, mais avec infiniment moins d'adresse et moins d'élégance, Il ne maniait le vers qu'en ouvrier assez inégal et dont la facilité même était trop prompte à se satisfaire,

Au nombre des influences vagues, mais ardentes, qui le saisirent à cette première époque, et qui planèrent sur sa jeunesse durant ces deux où trois années passées entre le collége et le monde ([S18-1820), je ne saurais omettre celle de Sénancour et d'Oberman. Sautelet, Frank Carré, Jules Bastide, Albert Stapfer,

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