CHAPITRE III
Une université américaine, — Histoire et Organisation de cette université, M. Sparks, M. Everett, M. Agassiz.
New-Cambriqge.
Près de Boston est l’université de Cambridge, Professeur moi-même, ayant visité les universités de l'Allemagne et étudié dans l’une d'elles, j'éprouve un vif désir de voir ce que peut être cette université américaine,
D'abord, il n'y a rien ici de pareil à ce qu'en France on appelle université. L'établissement doit surtout ses développements, qui remontent presque à l'origine de Ia colonie (1636), à des dons particuliers. Le premier de ses bienfaiteurs, Harvard, lui a donné son nom; on l'appelle Harvard College, collége d'Harvard, en l'honneur de ce théologien de la Nouvelle-Angleterre qui lui légua
la moitié de son bien et toute sa bibliothèque. De même
un particulier nommé Yale fut dans le Connecticut le fondateur du collége de New-Haven, et lui a donné son nom. D’autres ont établi des chaires qui portent également leur nom. À Cambridge, un professeur de grec s'appelle professeur d'Éliot, parce que c’est à un M. Éliot qu'est due l'existence de la chaire qu'il occupe. On voit que, dès l’origine de la colonie, de simples citoyens ont fait ici ce que faisaient en Europe la royauté et les aristocraties. Il y a aux États-Unis le collége d'Harvard, le collége d'Yale, comme il y avait à Paris le collége Montaigu et le collége d'Harcourt. Seulement ce sont des noms de théologiens et de commerçants, au lieu d’être des noms de grands seigneurs.
Aujourd'hui, plus que jamais, les particuliers font pour l'instruction ce que font en Europe les gouvernements. M. Lawrence, le ministre actuel des États-Unis à Londres, a créé à Cambridge un ensemble de chaires scientifiques, une sorte de faculté de sciences; il a donné pour cela cinq cent mille francs. On peut citer dans les annales du collége un grand nombre d’autres dons; mais il n’en est pas de plus touchants que les dons en
nature offerts à cette institution dans ses faibles com-
mencements. C'était peu de temps après l'établissement de la colonie, l'argent était rare, et le zèle se produisait par des offres modestes. Un particulier donna pour le collége une pièce d'étoffe de coton de la valeur de neuf shillings; un autre, un pot d'étain du même prix; un troisième, un plat à fruit, une cuiller, une petite salière et une grande. Les noms de ceux qui firent à la science ces simples offrandes ont été conservés, et méritaient de l'être. Cambridge compte parmi ses bienfaiteurs des noms illustres : le chronologiste Usher, le célèbre théologien Baxter, enfin le philosophe idéaliste Berkeley, qui a nié la matière comme d’autres ont nié l'esprit, et qui a vécu plusieurs années en Amérique, où il était venu dans l'intention de travailler à l'éducation des colons et à la conversion des Indiens. Walpole contraria ses généreux desseins; quant à son système, il n'a pas laissé de trace en Amérique, la négation de la matière ne pouvait être la philosophie des États- Unis.
Cambridge a toujours été un point lumineux dans Ja Nouvelle-Angleterre. La première presse établie en Amé-
rique le fut à Cambridge, en 1638, vingt ans après
l'arrivée des pèlerins. La premitre feuille périodique qui ait paru dans les colonies fut publiée à Boston en 1764 !. Comparez à cela l’état intellectuel de la Virginie, où l’imprimerie ne se montra que quatre-vingt-dix ans après son apparition à Cambridge, et où un gouverneur pouvait dire : « Grâce à Dieu, nous n'avons ni écoles ni imprimerie, et j'espère que nous n'en aurons pas de cent ans, Car la science a mis au monde la désoh“issance , l'hérésie, les sectes et les intrigues contre le gouvernement. »
En effet, ce fut de la Nouvelle-Anglcterre, affigée du double fléau des écoles et de la presse, que sortit le mouvement vers l'indépendance, suivi bientôt, du reste, par la Virginie. Les idées de liberté pénétrérent à Cambridge bien avant l'affranchissement des colonies. Dés le milieu du xvinrt siècle, les thèses qu’on y agitait pré- ‘udaient à l'insurrection. En 1743, Samuel Adams y posait celle-ci : « S'il est légitime de résister au magis-
trat suprême lorsque la république ne peut pas être
1. Il n'y eut de véritable journal, c'est-à-dire de feuille paraissant chaque jour dans l'État de Massachusetts qu'en 1813. En 1834, il y avait cent huit journaux à Boston. (Annual Almanach for 1835, page 175.)
autrement conservée; » et il soutenait l'affirmative, En 1715, Gerry en soutenait une encore plus explicite et directement applicable aux discussions qui s'élevaient déjà entre l'Angleterre et ses colonies, savoir, «qu'à une innovation dans les lois financières qui détruit le commerce d'un peuple, les sujets peuvent légitimement désobéir sans cesser d’être fidèles, » La plupart des orateurs de la révolution ont été gradués à Cambridge.
Le calvinisme, qui a présidé à la fondation de cet établissement, y est devenu avec le temps presque entièrement étranger. De là un grand soulèvement de l'esprit de secte contre l’esprit tolérant de Cambridge, On permet aux élèves juifs d'observer le sabbat, aux catholiques de célébrer toutes les fêtes reconnues par leur Église. Le collége de New-Haven, dans le Connecticut, et le collége d'Amherst sont restés davantage sous l'empire du vieil esprit puritain. Cependant, à Cambridge même, 1l s’est conservé quelque chose de cet esprit : les élèves protestants doivent aller tous les jours une fois à l’église, et deux fois le dimanche; celui d’entre eux qui s’en est dispensé, sans excuse valable, trois fois en quatre ans,
est renvoyé.
Dans l'université de Cambridge, on a trés-bien combiné avec l'indépendance des professeurs la surveillance de l'État et l'intervention du public; l’un et l'autre sont représentés par le comité des surveillants (overseers). Ce comité se compose aujourd’hui de trente personnes, dont six doivent être choisies chaque année par la législation ; le gouverneur et le directeur de l’enseignement public en sont de droit, Les personnages officiels sont là pour exercer le contrôle de l'État; les autres, celui de l'opinion publique. En somme, le comité surveille, modère, mais ne dirige pas.
La corporation, composée du président de l'université, de cinq fellows et d'un trésorier, a une importance beaucoup plus grande : c'est entre ses mains qu'est déposée toute la propriété de l'établissement. Les vacances sont remplies par les votes des membres de la corporation que confirme ou infirme une décision des surveillants, ce qui donne à ceux-ci une large part dans cette élection ; mais, une fois élus, les membres de la corporation nomment les professeurs et les maîtres, et font tous les règlements universitaires, lesquels doivent être confirmés par les surveillants.
L'application de ces lois et de ces règlements appar-
tient à la faculté, composée de tous les officiers qui sont craployés à l'instruction et à la discipline du collége. C'est la faculté qui confère les grades, inflige les punitions, et gère tout le département de l'instruction et de la discipline. Le président des facultés veille à ce que les lois et règlements soient observés, et dénonce au gouvernement de l'État les abus qui peuvent naître de la violation ou des lacunes de ces réglements.
Telle est l'iistoire et l'or zanisation de la république littéraire que je vais visiter.
L'omnibus m'a transporté en une demi-heure à Cambridge : il m'arrête aux colléges. Je vois de jolies petites maisons de bois semées au milieu des arbres : ce sont les maisons des professeurs. De grands bâtiments en briques servent de demeures aux étudiants ; le tout a un aspect recueilli et solitaire. On est bien loin de l'Amérique industrielle, ou plutôt on a l'air d'en être bien loin; mais elle est à une demi-licue, et je crains que les préoccupations matérielles, le besoin de s'enrichir, ne soient également à la porte de ce séjour scientifique, et n'attirent prématurément les jeunes gens que je vois
errer sous ces paisibles ombrages. Comment se plaire long-
temps ici avec des livres, quand, à deux pas de soi, on sent l'activité inquiète d’un peuple calculateur et entre- Prenant? Comment ne pas être bientôt entraîné par le tourbillon, et ne pas quitter de bonne heure des occupations sans résultat positif, pour celles qui donnent la fortune , l'influence, la considération, le pouvoir?
Ma première visite est pour M. Sparks!, président actuel de l'université, M. Sparks à consacré sa vie à l'histoire de son pays. Il a publié des documents importants sur l'histoire de la révolution américaine ; il en a recueilli un bon nombre dans les archives du ministère des affaires étrangères à Paris, et se loue beancoup de la libéralité avec laquelle ces archives ont été ouvertes à ses recherches. M, Sparks a écrit la Vie de Washington, et donné an publie la correspondance annotée de ce grand homme. Il est auteur de plusieurs biographies très-bien faites sur les principaux personnages qui ont figuré dans l'histoire de son pays. C’est
le Plutarque américain.
L. Depuis mon voyage, M. Walker a succédé à M, Sparks, ct pour Son inauguration il a prononcé un discours fort remarquable sur l'im-
portance des universités dans des pays démocratiques,
A ceux qui douteraient qu'on püût. rencontrer aux États-Unis le type parfait du scholar et du gentleman, je citerais M, Ed. Everett, qui vit à Cambridge, où il à été président de l’université, comme il a été gouverneur de l'État du Massachusetts! et ambassadeur en Aneleterre. M. Everett est surtout renommé pour l'élégance de son style; la collection de ses discours offre un modèle classique de la prose américaine. M. Everett à tout à fait les manières d'un homme d'État anglais. Nous parlons des institutions des États-Unis: il ne voit pour elles qu'un danger, mais ce danger lui paraît grand : c’est la terrible difficulté de l'esclavage. En abordant ce sujet, sa figure sérieuse et douce exprime une inquiétude profonde, et eet homme si éclairé ne semble voir aucune solution au redoutable probléme. Comment ne pas reconnaître, en effet, que l'esclavage est en soi un fait monstrueux et une institntion détestable? S'il s'agissait de l'établir aux États-Unis, la
question ne «serait pas douteuse, et il faudrait le re-
1. M. Everett a remplacé M. Webster comme secrétaire d'État, pour les affaires étrangères, jusqu'au jour où M. Filmore, président whig, a
été remplacé par M. Picree, président démocrate,
pousser comme le repoussérent à plusieurs reprises les colonies anglaises, quand la métropole leur envoyait, maleré leurs réclamations, à la fois des nègres et des forçats; mais il ne s'agit pas d'établir l'esclavage, 1l s'agit de le conserver dans les États où il existe, ou bien de l'y abolir. Le conserver est déplorable, l'abolr ne peut se faire que du consentement de ces États, aussi complétement maîtres chez eux, à cet égard, vis-à-vis les autres États, que la France le serait vis-h-vis de l'Angleterre. Dans les États à esclaves, beaucoup d'hommes éclairés gémissent de l'esclavage. Des planteurs de la Virginie m'ont dit combien ils préféreraient faire travailler leurs terres par des mains libres. La culture du blé n'a nullement besoin des noirs, et partout on reconnait tout d'abord les États à esclaves à ce qu'ils sont moins actifs, moins prospéres : «Il me suffirait de voir le bout d'une haie, disait un Américain, pour savoir si je suis dans un État à esclaves ou dans un État libre ; » mais la difficulté est de passer du régime de l'esclavage au régime de la liberté. Comment jeter demain, au sem d'une société dans laquelle la
contrainte joue un si faible rôle, et qui n'a pour appui
PROMENADE EN AMÉRIQUE (Ou
que le bon sens général développé par l'éducation universelle, une population de trois millions d'esclaves brusquement émancipés ? Comment leur condition présente les aurait-elle préparés à prendre place dans la démocratie énergique et intelligente des États-Unis ? À part la question de race, l'esclavage est peu propre à former des citoyens, et quand les noirs auraient en eux de quoi devenir tels, le préjugé invincible de Ja majorité des blanes les maintiendrait dans une situation inférieure, dans une humiliation flétrissante. Que pourraient-ils faire alors, si ce n'est, comme il arrive trop souvent, aller grossir d'un chiffre énorme les classes dangereuses de la société? Les Etats à esclaves défendent avec passion, avec fureur, ce qui est à leurs veux le droit de propriété : les abolitionnistes sont pour eux ce que sont les communistes pour les propriétaires francas. De plus, cette odicuse propriété est liée à la possession des droits politiques, puisque cinq esclaves donnent trois votes !, Le sentiment profond aux Etats-Unis
1. Dans la Caroline du Nord, l'assemblée représentative est élue pa la population fédérale, dont le chiffre est déterminé en ajoutant aux
rersonnes libres les trois cinquièmes des esclaves. Ainsi cinc )01-
sonnes de couleur comptent pour trois blancs.
de lindépendance propre à chaque État se révolte à la pensée de l'intervention du gouvernement central dans une question que la constitution a soustraite à l'autorité de ce gouvernement. D'autre part, l’indignation qu'inspire si naturellement l'esclavage gagne tous les Jours du terrain dans les États du Nord, et s'y exalte de plus en plus. Ce sentiment est fortifié par l'enthousiasme religieux, et l'enthousiasme religieux ne recule Jamais. L'irritation est à son comble entre les défenseurs et les adversaires de l'esclavage ; l'Union semble toujours au moment de se dissoudre et ne subsiste que par des mesures de compromis auxquelles la majorité se rallie encore, mais qui sont plus violemment attaqués chaque Jour. Si l'on ne se hâte de prendre un parti, la difficulté ne fera que s'accroître avec le nombre des esclaves. II Y en a en ce moment trois millions; dans un certain nombre d'années, il y en aura six millions. En présence d'une situation si tendue, on conçoit les patriotiques inquiétudes de M. Everett. Un étranger est plus sensible encore à l'horreur que l'esclavage en lui-même inspire. IH faudra bien qu'on sorte par quelque voie. de cette
honte. L'abominable institution doit mourir. L'esclavage
est un monstre, et les monstres ne sont pas organisés pour vivre.
Mais je ne suis pas venu dans une université pour ne m'occuper que de politique. Je vais chercher M. Agassiz, ce naturaliste du premier ordre que la Suisse à donné à l'Amérique, que j'ai entrevu à Paris, et qui me semble ici un compatriote, parce qu'il est Européen, IL m'accueille comme un ami, et Je crois que dans peu ce nom nous conviendra tout à fait. Certes, la froideur américaine n'a pas gagné M. Avassiz: il est impossible d'avoir l'esprit plus vif, la conversation plus animée, des maniéres plus cordiales, Les travaux de M. Apassiz sont très-divers, Une grande question sur le rôle des glaciers aux époques anciennes partageait les géologues, M. Agas- SZ, pour la résoudre en connaissance de cause, voulut étudier de près la nature et les mouvements des glaciers, l'action qu'ils exercent sur les murs de rochers entre lesquels ils cheminent, sur les débris qu'ils entraînent à leur surface, ou poussent devant eux en marchant. M. Agassiz, en véritable enfant des Alpes, alla camper el vivre plusieurs mois sur les glaciers, M. Avnssiz a
fourni à cette histoire de la création avant l'homme, que
de notre temps l’homme a osé entreprendre, une autre page plus considérable par son grand travail sur les poissons fossiles ; il a fait pour les poissons ce qu'avait fait pour les mammifères et les reptiles antédiluviens M. Cuvier, dont il se proclame l'élève reconnaissant et dont il est le digne continuateur. Avec des empreintes fugitives et presque effacées, quelquefois avec une écaille épargnée seule par les siècles, il a reconstruit des milliers d'espèces; de plus, il les a classés en groupes naturels, correspondant aux divers âges de l'apparition de ces êtres. Dans tous ses travaux, M. Agassiz fait marcher de front l'anatomie, la géologie et l'embryogénie, et, dans chacun des grands plans d'organisation établis par Cuvier, les vertébrés, les mollusques, les articulés et les zoophytes, il fait concourir à la classification des êtres les données de ces trois sciences, déterminant la supériorité des divers types d'animaux selon qu'ils sont plus parfaitement organisés et moins anciens dans l'ordre géologique. M. Agassiz étudie tous les êtres vivants, sous le triple aspect de leur organisation présente
et de leur organisation antérieure, soit dans le sein de
leur mére, soit dans l’état de développement moins avancé
atteint aux époques primitives par les espèces qui étaient comme les embryons des espèces actuelles. On sent ce que les harmonies de ces diverses sciences ont de orandeur; mais, pour les cultiver et les approfondir simultanément, il faut l'étendue et l’activité d'esprit qui caractérisent M. Agassiz, qui lui permettent de suivre à la fois plusieurs ordres de connaissances et plusieurs publications entièrement différentes, et, sous ce rapport, le rendent très-propre, quoique enfant de la vicille Europe, à représenter dans la science l'énergie, l'ardeur et l’impétuosité de la jeune Amérique.
Comment l'Amérique a-t-elle fait une conquête que les corps savants et toutes les capitales de l'Europe pourraient lui envier? Il faut faire ce récit, qui est à la louange de l'Amérique autant que de M. Acassiz.
M. Agassiz n'avait point de fortune personnelle. Sa Jeunesse a connu de mauvais jours. Il m'a raconté comment il s'était trouvé à Paris dans un tel dénûment, qu'il n'avait pas même de quoi retourner en Suisse. Un ami, qui n'était pas plus riche que lui, en ayant parlé devant M. de Humboldt, que M. Agassiz n'avait jamais
vu, le lendemain celui-ci recevait, dans sa petite chambre
d'hôtel garni, une lettre flatteuse de lillustre savant qui le priait, de la manitre la plus aimable, d'accepter l'avance de la somme dont il avait besoin. M. Agassiz aime à raconter cette histoire. Après me l'avoir racontée, il ajouta : « J'ai demandé à M. de Humholdt de ne pas lui rendre cette petite somme, alors si considérable pour moi. Il me plait de me sentir toujours son obligé. » J'espère que tous mes lecteurs comprendront comme moi la délicatesse d'un tel sentiment. Au bout de quelques années, M. Agassiz s'était fait un nom dans la science ; mais, pour publier son ouvrage sur les fossiles, de grands frais avaient été nécessaires. Il devait cent mille francs à son frère. Ceux-là il ne voulait pas les devoir toujours. Où, en Europe, aurait-il trouvé à s’acquitter rapidement en faisant des cours? Il vint aux États-Unis et professa la géologie dans l'institut de Lowell, à Boston. Cet institut est encore l’œuvre d’un particulier, M. Lowell, que la passion des voyages entraina en Orient, où il mourut, consacrant, par un testament daté de Louqsor, sa fortune à l'établissement d'un ensemble de cours destinés à montrer l'harmonie
de la religion naturelle et de la religion révélée. Ce legs
généreux de M. Lowell rappelle celui que dicta également en Égypte à un Français, M. le baron Gobert, un désir semblable d'être utile à la science et à son pays. M. Agassiz vint professer la géologie à l'institut de Lowell; improvisant dans une langue qui n’était pas la sienne, il produisit un effet immense, Le publie qui venait l'entendre était si nombreux, qu’il fut obligé de faire deux fois chaque leçon. Les vastes salles de l'institut ne pouvaient contenir que la moitié des auditeurs. En quelques années, il a gagné ainsi, au moyen de différents cours, les cent mille francs qu’il devait. Voilà ce qui s’est passé dans la mercantile Amérique. Il semble que parfois on n’y est pas indifférent au savoir, «4 que si l’on aime à gagner de l'argent, on sait le dépenser uoblement. La démocratie libre, qui a ses petitesses et ses misères, peut donc faire pour les sciences ce que faisaient les anciennes aristocraties, et ce que ne font Pas toujours les souvernements. L'examen géologique de deux comtés de l’État de New- York a été exécuté aux frais d’un partic ilier. Ne vient-on pas de voir un simple négociant, M. Grinnel, équiper deux vaisseaux pour aller à la recherche du capitaine Franklin,
perdu dans les glaces du pôle? Le capitaine Franklin.
est Anglais, M. Grinnel est Américain; le sentiment qui l'a inspiré est done pur même de l'égoïsme de la patrie, il n’a obéi qu'à l'humanité en consacrant une partie de sa fortune à aller au secours d’un homme qui appartient à une nation et à une marine rivales.
Cambridge a une bonne bibliothèque, un laboratoire de chimie, d’après les perfectionnements introduits par M. Liebig à Giessen, et un cabinet d'histoire naturelle, où j'ai vu avec intérêt quelques-unes de ces empreintes si curieuses laissées par des animaux antédiluviens sur le sable humide, qui garde aussi des traces de gouttes de pluie, vestiges durables de ce qui semble le plus fugitif. M. Hitchcock, professeur au collége d’Amherst, a attaché son nom à l'étude de ces pas fossiles, abondants surtout en Amérique, mais dont on a trouvé aussi quelques exemples en Écosse et en Allemagne. M. Hitchcock a pu, d'après ces indices si certains et si légers tout ensemble, déterminer quarante-sept espèces d'animaux : douze quadrupèdes, douze reptiles, vingt-deux oiseaux, ete.; mais il n’a pas, comme un de ses compatriotes, cru y reconnaître
l'empreinte de chaussures de femmes.