JEAN-JAGQUEÉS AMPÈRE XI
toutes ces personnes penser et parler au milieu d'une compagnie nombreuse : au contraire, en Allemagne, on reconnait à la parole 5 meilleur d'entre nous qu'il vit dans la solitude, ot toujours c'est une seule voix que l'on entend, »
Goethe revint souvent en ces années sur ces articles d'Ampère à
son sujet ; il les traduisit en allemand : il disait :
« Le point de vue de M, Ampère est trés-élevé, Les critiques allemands, dans des occasions semblables, aiment à partir de la philosophie ; leur examen et leur discussion de l'œuvre poétique sont tels que leur commentaire explicatif n'est intelligible qu'aux philosophes de l'école à laquelle ils appartiennent : quant aux autres lecteurs, l'explication est pour eux beaucoup plus obscure que l'ouvrage qu'elle veut éclaircir, Au contraire, M. Ampère agit tout pratiquement, tout humainement. En homme qui connait le métier à fond, il montre la parenté de l'œuvre avec l'ouvrier, et juge les différentes productions poétiques comme des fruits différents des différentes époques de la vie du poëûte, I a fait la plus profonde étude des vicissitudes de ma carricre sur cette terre et des Situations diverses de mon âme, et il a eu letalent de voir ce que je n'avais pas dit et ce qu'on ne pouvait lire, pour ainsi dire, qu'entre les lignes. Avec quelle justesse n'a-t-il pas remarqué que, dans les dix premières années de ma vie de ministre et d'homme de cour à Weimar, je n'avais, autant dire, rien fait : que c'est le désespoir qui m'a poussé en Italie; que là, pris d'un nouveau désir de produire, Je saisis l'histoire du Tasse pour me délivrer, en prenant comme sujet tous les souvenirs et toutes les impressions de la vie de Weimar, qui me fatiguaient encore de leur poids accablant ! Le nom (ou la signification) de Werther renforcé qu'il donne au Tasse est d'une justesse frappante, 11 n'y apas moins d'esprit dans ce qu'il dit sur le Faust, lorsqu'il montre que le dédain sarcastique et l'ironie amcre de Méphistophélés sont des parties de mon propre caractère, aussi bien que la sombre activité tou-
Jours inassouvie du héros, »
Ce fut précisément dans le temps où Goethe s'occupait avec tant d'intérèt du Globe, des articles d'Ampère et de ses amis, que le jeune homme, venant de Bonn où il avait passé quelques mois à germa= niser, à suivre des cours, et méditant d'aller dans le Nord et en
Scandinavie, fit sa visite attendue et prévue à la cour poétique de