‹ Promenade en Amérique [microforme]Chapitre 53 sur 64 · LE · texte numérisé non relu

LE

l'ROMENADEÉ EN AMÉRIQUE

sation et lui dit : « Sans doute mon frère avait fait un grand mal à quelqu'un de tes parents. » L’attorney l'assura qu’il n’en était rien, et tenta de lui expliquer quelle était la nature de ses fonctions. Le chef écouta en silence, puis il reprit : « Reçois-tu de l'argent pour remplir ces fonctions dont tu parles? » Il fallut en convenir, « Eh quoi! dit alors l’Indien jouant la surprise et avec une extrême indignation, ainsi tu as vendu le sang de mon frère! » Le magistrat qui me racontait cette scène avouait que dans le moment il n'avait trouvé rien à répondre,

Maloré ce qu'on me dit à l'avantage des Indiens, je m'aperçois que leurs vestiges ont été bien vite effacés. Là où est aujourd’hui la promenade publique, on ne voyait, 11 y a quinze ans, que leurs wigwams et leurs tombeaux. Que sont devenus ces tombeaux ? ai-je demandé. Washed away, balayés par les eaux, m'a-t-on répondu. N’a-t-on pas aidé aux eaux? Cependant le culte des tombeaux est un des traits les plus touchants et les plus respectables du caractère indien. On m'a raconté que des sauvages étaient venus il n’y a pas

longtemps, et venus de très-loin, dans un canton de la

Nouvelle-Angleterre, d'où ils avaient été chassés depuis plusieurs générations, pour visiter les tombeaux de leur tribu. Quand ils virent qu'on avait détruit ces sépul-

tures, leur surprise et leur désespoir furent au comble :

Travaux hydrauliques, (Chicago)

rien ne pouvait apaiser leur douleur ni calmer leur indignation.

C’est là ce qui perd dans l'esprit des Indiens les hommes civilisés, qu’ils ont trop souvent sujet de mépriser. Des bandits, l’écume de la population, s’établis-

sent sur la frontière pour tromper les malheureux sau-

vages. Un de ces hommes disait naïvement: « Je suis venu de cent lieues pour voler des Indiens. » Aussi l'oncle de la dame que j'ai vue ce matin, auquel elle offrait de se charger de l’éducation de ses enfants, lui répondit : « J'aimerais mieux leur couper la gorge que d’en faire des coquins pareils à ceux qui nous repren-

nent ce qu’ils nous ont donné. »

Page 1