JLAN-JACQUES AMPÈRE XV
Et pour la France elle-méme, en présence des générations qui ont succédé et par une sorte de contraste avec elles, la génération dont fit partie Ampère restera à Jamais honorée par ce mot de Goethe, par cotte prophétie, hélas! trop peu vérifiée, Que sont-ils devenus ces milliers d'hommes qui devaient penser comme lui? Qu'est elle devenue cette tradition nouvelle, élargie, féconde, qui, une fois noue, devait se perpétuer et grandir pour l'honneur de la civilisation et de da libre intelligence ? Combien peu de ces jeunes hommes mêmes, formés dés lors de si bonne heure et si brillants à leur entrée dans le monde des lettres, ont accompli toute leur mis= sion et rempli toutes leurs promesses? Pourquoi faut-il qu'obéissant à des souflles bientôt différents et contraires, distraits la plupart et enlevés par la politique et les affaires, ils se soient plus où moins dispersés, qu'ils n'aient pas eu d'action immédiate et directe sur leurs successeurs, et que ceux-ci, obéissant à de tout autres inspirations, quelques-uns pleins d'esprit, de génie même, puissants, prodigieux de veine, aient marché au hasard des temps, aient mélé la cupidité à l'art, säté le talent par d'impurs alliages, et n'aient rien créé qui fût tout à fait digne de si orgucilleux débuts, de si flo rissantes prémices?
Je reviens au succés de notre voyageur à la cour poétique de Weimar, succès rapide et complet, tout à fait justifié dans sa per sonne, Je repasse en revue mes souvenirs, je fais en idée le recensement de nos amis d'alors, et il me semble qu'aucun, en eftet, n'était aussi qualifié qu'Ampère pour représenter avec avantage auprés de Goethe la génération intellectuelle dont il faisait partie. On aurait été aux voix dans les rangs du Globe pour élire un envoyé littéraire auprès de Gocthe que l'on n'aurait pu tomber plus juste ni mieux choisir, Et j'écarterai tout d'abord ie glorieux trio de Sorbonne, MA. Cousin, Villemain et Guizot, qui de loin pouvaient paraitre présider au Globe ou y être mélés, mais qui de fait n'en étaient pas. IIS appartenaient chacun à un ordre et à un mouvement d'idées anté= rieur, C'étaient les princes de l'esprit, et l'on n'envoie pas des princes pour ambassadeurs.