‹ Promenade en HollandeChapitre 8 sur 10 · JARDIN ZOOLOGIQUE D'AMSTERDAM · texte numérisé non relu

JARDIN ZOOLOGIQUE D'AMSTERDAM

A travers les fleurs des parterres , Sous les arbres pleins de soleil , De gais enfants, de jeunes mères Passent le visage vermeil.

Le jour est chaud , c'est un dimanche , On cause, on rit, on court aux jeux ; Sous une colonnade blanche On mange les sorbets neigeux.

Les hommes, en fumant à Taise De fins cigares havanais , Boivent la bière hollandaise Dans de grands verres en cornets.

Dans l'avenue aux longs ombrages.

En liberté siir leur perchoir, Les perroquets ajix vifs plumages Jasent du matin jusqu'au soir.

Un rire d'enfant ou de femme Annonce qu'avec leur naseau Le grand phoque et l'hippopotame Sur les passants font jaillir l'eau.

Un nègre, comme une panthère, Bondit au dos d'un éléphant; Sur la bosse d'un dromadaire Se huche un tout petit enfant.

208 PROMENADE EN HOLLANnE.

Puis les girafes paciQques Passent balançant leurs longs cous; De leurs grands yeux mélancoliques Plane le regard triste et doux.

Au loin mugit, race indomptée, Le lion , prisonnier royal ; L'hyène à la peau mouchetée, Le tigre fauve et le chacal.

Plus près, la troupe bigarrée Des jeunes singes gambadant Attire la foule parée, Qui va riant et regardant.

Dans l'allée où le monde afflue , Je m'avance au bras du docteur; On m'examine, on le salue D*un coup d'œil interrogateur.

c C'est une princesse en voyage! »

Disent les promeneurs entre eux.

Au poëte en rendant hommage , Ah I qu'ils me flatteraient bien mieux !

Le lendemain lundi, le docteur Yân H... vient me chercher à onze heures comme la veille. Noire première visite est pour la bibliothèque, q\jj ne vaut ni celle de la Haye, dont j'ai parlé, ni celle d'Utrechl, dont je parlerai plus tard. De là, nous allons aux archives. Nous arrivons, par un escalier roido comme une échelle, jusqu'au cabinet du directeur, M. Scheltema. C'est le vrai type de l'érudit du Nord : parlant peu , avec douceur et clarté, et passant ses

jours dans les parchemins et les vieux papiers poudreux. M. Scheltema me promet un document inédit sur la Hollande septentrionale, que je n*ai point le temps de visiter ; mes lecteurs verront bientôt qu*il m*a tenu parole. »

Nous nous rendons à la vieille église [onde kerke), située sur une place pittoresque que de beaux arbres ombragent. Elle fut érigée en 1300, sous le patronage de saint Nicolas, dont elle renfermait la statue d*argent massif. Cette statue servit, en 1578, a frapper monnaie pendant le siège que soutint Amsterdam.

On pénètre dans Tintérieur de cette église par quatre portails d'une curieuse architecture et déco- . rés de peintures de Keemskerk. L'intérieur de la nef est supporté par quarante-deux colonnes. Cinq candélabres de trente branches chacun sont suspendus dans la nef; dans les bas côtés on en compte de douze à seize branches.

Ad milieu de la nef, vers le nord, est une fort belle chaire dont la balustrade est en bronze massif.

La vieille église a deux jeux d'orgue des plus mélodieux, et qui sont aussi fort remarquables par les peintures et les sculptures sur bois qui les décorent. De beaux vitraux ne laissent pénétrer dans le temple qu'une lumière voilée disposant au recueillement et à la prière. On montr^î dans cette église les tombeaux de plusieurs amiraux hollandais.

C'est dans l'église neuve (niewe kerke) qu*est le tombeau de l'amiral Ruyter. Il s'élève dans la partie orientale du chœur. Le héros repose étendu, la tête appuyée sur une pièce de canon et le bâton de commandant à la main. Deux tritons sonnent de la conque comme pour proclamer la gloire de l'illustre mort ; entre deux colonnes de marbre noir, un combat sur mer est représenté en bas-relief. Deux génies soutiennent une couronne navale, quatre autres les armes de la Hollande ; la Renommée fait retentir sa trompette sur le faîte du monument. L'^^/i$«n^t;tf, qui fut fondée en 1408, renferme une chaire en bois d'acajou qui est un des chefs-d'œuvre de Vinken- «brink. Je suis cliarmée par la beauté et le fini des sculptures. Aux quatre coins de la chaire, sont les quatre Évangélistes , en compagnie de la Foi , de la Force^ de la Charité^ de V Espérance , de la Prudence et de la Justice. Chacune de ces figures a une expression caractéristique qui fait deviner le symbole qu'elle représente. Au-dessus, des génies servent d'emblèmes aux sept œuvres de la Miséricorde, lie toit de la chaire , tout ruisselant de feuillage » supporte une tour percée à jour, dans laquelle on aperçoit de belles figurines. La balustrade de l'escalier est formée par des pampres enlacés, et la rampe par une corde si bien fouillée et tordue , qu'on la dirait flexible comme une corde vraie.

Après ces deux églises, le docteur Van H... voulut

me montrer V Institut des jeunes aveugles; il est situé dans un bel hôtel au vestibule de marbre blanc. Les salles d'études et les dortoirs sont spacieux. Un vaste jardin s'étend derrière l'hôtel et sert de lieu de récréation aux enfants. Rien de touchant comme de voir les travaux et les amusements de ces pauvres ôtres des deux sexes. Les petites filles apprennent k coudre, à tricoter, à broder; les garçons fabriquent des paniers en osier, nattent des chaises', filochent, etc. , etc. Une de leurs plus vives distractions est le chant et la musique instrumentale. Ils se plaisent aussi à faire des parties de dames, et s'en tirent avec une rectitude merveilleuse.

Nous fûmes reçus à Tlnslitut des jeunes aveugles par le directeur, M. Van Dapperen, qui nous en fit les honneurs avec un aimable empressement. Après nous avoir fait parcourir les classes et le jardin, M. Van Dapperen nous conduisit dans un grand salon aux corniches dorées et aux parois couvertes de peintures à fresque. A un signal donné, tous les élèves s'alignèrent derrière des bancs. Un d'eux (l'un des plus grands) s'assit au piano et joua Taccompagnement d'un psaume ; c'était une musique allemande religieuse et solennelle. Aussitôt les enfants entonnent le premier verset de Thymne biblique. Tous ces visages ternes et attristés, que le rayonnement des yeux n'éclaire jamais, semblent s'illuminer tout à coup d'une flamme intérieure. On dirait

que CCS yeux vagues et morts, qui ne voient rien de la terre, aperçoivent Dieu dans le ciel : Tâme palpite dans leur chant. Une jeune fille, surtout, chante les solos d'une façon sif-émue et si pénétrante, que je ne puis l'entendre sans pleurer.

C'est en souvenir de cette émotion que j'adressai, à mon retour à Paris, les vers qu'on va lire à M. Van Dapperen :

Pauvres enfants, pour qui reste un sombre mystère La beauté de la mer et celle du soleil , Et qui, sur les hauteurs, n*ont jamais vu la terre Sourire à son réveil ;

Pauvres enfants , privés d'admirer la nature , Ses grâces , ses splendenrs , ses sublimes accords ; Pour eux , l'intelligence est comme une torture Infligée à leur corps!

Ils pensent.... mais la nuit dérobe à leur pensée Ce qu'ils voudraient aimer et ce qu'ils voudraient voir, Et chaque but riant où leur âme est poussée Se change en gouffre noir.

Ignorer les couleurs, les lignes, Tharmonie D'un paysage en fleur et d'un visage humain ; Ignorer le rayon des œuvres du génie Que palpera leur main ;

Rôver que l'or est gris et que le marbre est terne ; Que flamme et diamant ne sont qu'obscurité ; Recouvrir tout éclat d'un linceul qui consterne La vie et la beauté;

El quand ils aimeront, ne pas voir la figure

De rélre dont la voix les fera tressaillir....

Oli! par tous ces tourments que leur pauvre âme endure.

Rien qu'en les regardant on se sent assaillir.

Mais d'un jour imprévu leur visage s'éclaire, Dans un psaume leurs voix viennent de retentir; . On dirait que leurs yeux s'ouvrent par la prière , Tant ce qu'ils ne voient pas ils semblent le sentir!

Sur leur lèvre on dirait que c'est Tâme qui chante , Chaque vibration évoque un sentiment :

Avril fleurit pour eux, et l'amour les enchante; Ils lisent dans le firmament.

Tous les rêves divins flottants dans la musique, Visibles, ont passé dans leurs regards émus ; A leur sourire heureux, à leur pose extatique, Ou dirait qu'ils ne souffrent plus.

AJais mot, pour qui leur chant est un naïf hommage. Je pleure à les entendre et je souffre pour eux , Et j'emporte en mon cœur Tineffaçable image De leur sort douloureux ! '

Le peuple comme la haute société d'Amsterdam sont passionnés pour la musique. Les salles de concert abondent dans cette ville, et l'on chante les Psaumes dans les temples avec une expression et un ensemble vraiment majestueux. C'est l'art fondu à la prière et lui prêtant des ailes nouvelles pour aller à Dieu.

Amsterdam a fondé mie société pour la propaga-

il 4 PROMENADE EN HOLLANDE.

lion de la mnsique profane et sacrée ; cette société embrasse tout le royaume.

Ce sont pourtant les chanteurs français ou italiens qui défrayent en général FOpéra d'Amsterdam. La salle de son grand théâtre peut contenir seize cents personnes. L'avant-scène est formée par un beau portique soutenu par quatre colonnes d*ordre corinthien. De chaque côté s'élèvent sur des piédestaux les figures de Melpomëne et de Thalie , au-dessus desquelles sont les médaillons d*£schyle et d'Aristophane.

Le rideau qui ferme la scène représente le Génie d'Amsterdam faisant une libation sur l'autel des beaux-arts ; Apollon, assis dans un nuage, tient une couronne de lauriers à la main. Cette belle toile a été peinte par J. Kampuizen, d'après un dessin de Kuyper. On lit en bas, en lettres d'or, un distique hollandais dont yoici le sens : Le Dieu des arts, invoqvé avec ardeur sur les rives de /'F, ne couronne ici que le génie et la vertu.

Des artistes italiens jouaient ce soir le Barbier de Séville. Le docteur Van H... Toulut me faire entendre, pour me reposer de la fatigue du jour, cette musique si y'ue où le génie de Rossini a prêté des ailes à l'esprit de Beaumarchais et Va répandu dans le monde entier. L'imagination la plus abattue se ranime et se sent en verve d'ironie en écoutant les • airs de Figaro. Le chant de Rosine dispose à l'amour, et le grand morceau de Basile à la misan^

tbropie ; on s'isnagine , à cette harmonie imitalive des méchants propos du monde, qu'on entend siffler autour de soi les serpents de la médisance et de l'envie. Quel génie que celui de Rossini! quelle profondeur ! quelle diversité ! quelle force calme de dieu grec certain de sa beauté ! Quoique toujours inspiré, il sait être toujours correct, et quoique fécond , toujours nouveau. On serait écrasé par la puissance complète de cette organisation d'artiste, si, en l'espace de huit j^urs, on pouvait passer sans désemparer de l'audition du Barbier à pelle diOthellOj de celle de la Gazza ladra à celle de SémiramiSy de Guillaume Tell à Moise, et de tant d'autres chefs-d'œuvre qui s'emparent de l'âme et de l'esprit et y demeurent à jamais, car ils sont^ l'expression idéale de toutes les passions et de tous les sentiments.

Rassérénée par la verve pétillante du Barbier, je quittai le théâtre disposée à voir tout en beau dans un pays où les plaisirs de l'esprit et l'admiration remplissaient mes heures. Je disais au docteur Van H..., tandis qu'il me reconduisait à l'hôtel :

< J'aime la Hollande ; elle me semble plus forte et plus sensée que la France. Vous exercez vos passions et vos facultés sans en abuser. Vous êtes un peuple sain, à l'esprit droit, aux mœurs pures ; vous êtes une terre de liberté qui repousse la licence et n'a aucune des plaies de la civilisation. »

Le docteur sourit tristement, sans me répondre.

— Eh quoi, repris-je, me tromperais-je, el cette apparence de bonheur et de prospérité cacherait-elle, comme en Angleterre, des ulcères qui rongent la société ?

* — Moins dévorantes, reprit le docteur, mais assez vives, assez douloureuses pour préoccuper le philosophe et lui faire souhaiter des épurations nombreuses. Nous sommes un peuple libre, avez-vous dit. Personne né tient plus que moi à la liberté politique , mais le droit de la liberté ne doit pouvoir s*exercer que pour le bien : aussitôt qu'il s*agit du mal , il faut qu'il trouve des entraves infranchissables. Vous parlez de la pureté de nos mœurs : elle n'est qu'apparente et hypocrite comme en Angleterre. Et tenez, poursuivit-il en étendant la main vers une rue qui se déroulait devant nous brillamment éclairée, voyez ces groupes d'enfants, de pauvres filles qui ont à peine douze ans : la prostitution est permise à cet âge dans notre pays de liberté ! Chaque rue a une maison de jeu où même les adolescents peuvent entrer la nuit, et une maison de loterie où les pauvres ouvriers vont aventurer le jour l'argent qui doit payer leur pain. Les tavernes abondent dans tous les quartiers; on s'y abandonne , toujours de par la liberté, à toutes les turpitudes de l'ivresse ; ces chants de matelots qui retentissent sur votre passage, et qui empêchent la

PROMENADE EN HOLLANDE. 2il

uuil votre sommeil, sont Técho de ces orgies. Que pensez-vous d'une liberté qui dépouille la pauvreté, précipite dans l'abrutissement et peuple nos hospices d'orphelins ? Que dirait-on, si nous autorisions les pharmaciens à vendre librement des poisons à l'enfance et aux aliénés?

Les réflexions du docteur me. rappelèrent tout à coup les bandes d'orphelins des deux sexes que j'avais rencontrés la veille en traversant Amsterdam. J'civais été frappée de l'étrange costume de ces pauvres enfants : leur habit est moitié rouge et moitié noir; une étoffe de laine de ces deux couleurs le compose en parties égales, c'est-à-dire que la manche de droite est rouge et la manche de gauche noire, ainsi de suite pour les autres morceaux du vêtement; c'est d'un effet bizarre qui attriste; c'est comme une livrée ostensible de souffrance et de honte, portée par ces jeunes garçons et par ces jeunes filles.

Cependant , tous les hospices pour les orphelins lie sont pas remplis par les enfants trouvés. Il en est un pour les enfants pauvres et un pour les enfants de la bourgeoisie qui ont perdu leurs parents. Ce dernier est un très^bél établissement, fondé en 1528 par Mme Haasje Klaas.

Il était près de minuit quand nous arrivâmes à l'hôtel. Je remarquai que plusieurs grandes boucheries étaient encore ouvertes dans quelques rues.

2iS PROMENADE EN HOLLANDE.

Ces boucheries diffèrent entièrement des nôtres : la devanture s'avance sur les trottoirs et les envahit avec ses dalles, sur lesquelles découle le sang des bœufs, des veaux et des porcs ; dans les rues étroites, on se heurte souvent à ces animaux entiers, qui oscillent alors en tous sens.

Le lendemain matin, je m'aventure seule à travers la ville pour faire quelques einpleUes de toiles, de Uvres et de porcelaines du Japon. J'avise, chez un brocanteur juif, de petites tasses japonaises d'une pâte très-fine et d'un dessin fort rare ; je les marchande au flls de Moïse , qui me demande huit floriîis de chaque. Je lui en offre un seul florin ; Il se récrie, jure par Jéhovah que c'est impossible, et fitiit par me laisser les six tasses pour six florins.

Je rentre à l'hôtel, et j'en ressors à midi , avec le docteur Van H..., qui me conduit dans le Stadsher* àerçy où les vaisseaux de toutes grandeurs se pressent sur l'Y. En hiver, TY, ainsi qu'une partie du golfe du Zuyderzée , se couvrent de patineurs qui voltigent autour de traîneaux soinptueux, attelés de beaux chevaux richement harnachés. Sous des tentes élégantes et sur des estrades sont des tnusiciens et une foule de spectateurs. Les paysans des environs, qui sont des mattres dans Yart du patin, font souvent sur la glace cinq lieues à Theure.

Mais l'hiver n'est point venu; le soleil se rit et se

jonc dans les flots clairs de l'Y. Nous nous embarquons çnr un bateau à vapeur qui part pour Sardam, et qui (kit en une heure et demie la traversée. L* Y est calme ; aucune vague ne Tagîte et ne s'y engouffre. Nous débarquons à Sardam par un ciel bleu où courent çà et là quelques' nuages blancs.

Sardam est un petit port habité par des charpentiers et des pêcheurs, et qui surpasse encore en propreté, si c'est possible, toutes les autres villes de la Hollande. Ses maisons et ses moulins à vent sont bariolés des couleurs les plus vives. L'eau court dans toutes les rues; aussi chaque habitation a-t-elle son pont particulier.

Nous nous fîmes conduire dans la cabane où Pierre le Grand , sous le nom de Mikaïlow , travailla sept ans comme simple^ charpentier , et devint constructeur de navires, tout en étudiant le commerce et la civilisation dont son génie pressentait les merveilles. On entre avec une sorte de respect dans la petite chambre à alcôve de bois qu'habita si longtemps le souverain du plus grand empire de l'Europe. Quand l'empereur Alexandre !•' visita cette humble maison où son aïeul avait vécu et travaillé, il fit graver sur une tablette de marbre cette inscription :

Rien rCe»t trop petit pour un grand homme.

Au fond de la mer transparente, sur le rivage de

Sardam, on montre au voyageur des poutres énormes en sapin du Nord et en chêne, qui y furent jetées pour être préparées et devenir propres à la construction. Elles appartenaient à Mikaïlow, qui les abandonna en 1703, en quittant Sardam, où elles attestent encore son séjour et son labeur.

Sardam est un des nombreux petits ports qui s'ouvrent sur les rives et bornent au midi l'étroit continent de la Hollande septentrionale, dont Alkmaer est la capitale. C'est sur cette province peu visitée que M. Scheltema, archiviste d'Amsterdam, m'a donné un curieux document.

Durant la domination française, le préfet d'Amsterdam demanda au sous-préfet d'Alkmaer un rapport complet sur le physique, les mœurs et les usages de ses administrés.

Voici de longs et curieux fragments de la réponse du sous-préfet :

Alkmaer, 27 jain 1812.

L — La constitution physique des habitants.

« La constitution physique des habitants de cet arrondissement ne diffère presque pas de celle des habitants de la partie méridionale de la ci-devant province ^de Hollande, comprise m<iintenant dans le département des Bouches-de-la-Meuse.

« Généralement les hommes sont robustes. Rarement Ton rencontre, des ligures dont les propor-

lions soient fines et élégantes. Leur taille est plus que moyenne. Leurs traits sont prononcés, leurs chairs épaisses et massives. Ils sont hauts en couleur. Leur teint est assez blanc, mais sans transparence.

< Leurs yeux, bleus ou gris, sont ordinairement petits et à demi cachés sous les sourcils. Leurs traits annoncent une sorte de gaieté mêlée de réserve. On remarque dans leur physionomie et dans leurs actions une espèce de méthodisme et de retenue qui tient à l'éducation, à la manière de vivre, à celle de penser. Ils ne manquent cependant pas d'énergie et d'originalité.

c Les femmes offrent des visages assez doux, mais qu'un sentiment tranquille retient ordinairement dans le calme. l/cur teint est blanc et leurs yeux sont très-beaux et pleins de douceur, mais peu spirituels. On admire la beauté de leur eamatton. Leur taille ne vaut pas celle des femmes des provinces d'Utrecht, et surtout de la Frise. On croit, en général, que les boissons tièdes dont elles se servent fréquemment, aussi bien que les chauffe-pieds , qui sont d'un usage plus commun encore , nuisent beaucoup à la beauté des femmes et à leur santé.»

Page 1