Voy. sur le plan, n
snr lequel on lisait de distance en distance ces mots gravés en relief: Juliœ. Augustœ. Ce nom, qui paraît bien être celui du propriétaire, a été porté par plusieurs personnes, notamment par Livie, la femme d'Auguste ; et M. Léon Renier est convaincu que c'est bien d'elle qu'il est question *. La maison du Palatin serait donc celle où Livie s'est retirée après la mort de son mari; c'est là, selon M. Renier, qu'elle a passé dans la tristesse et l'isolement les dernières années de sa vie, haïe et jalousée par son fils, qui rougissait de lui devoir sa grandeur. D'un autre côté, notre petite maison semble à MM. Visconti et Lanciani celle dont parle Josèphe et par où s'échappèrent les meurtriers de Caligula ; aussi n'hésitentils pas à l'appeler la maison de Germanicus. Quoi qu'il en soit de ces opinions, qu'il ne serait pas tout à fait impossible de concilier, et dont la seconde vient peutêtre d'une fausse désignation populaire, la maison est certainement plus ancienne que le portique ; divers détails de construction montrent qu'elle date de la fin de la république ou des premières années de l'empire. Elle continua d'exister au milieu des changements que subissait le Palatin ; de plus en plus cachée et enterrée par ces grands palais qui se bâtissaient autour d'elle, elle a eu la bonne fortune de leur survivre. Tout l'étage inférieur en est parfaitement conservé. Autour de Vatrium, auquel on arrive en descendant quelques marches, sont disposées quatre salles que couvrent encore aujourd'hui les plus belles peintures et les plus intactes qu'on ait découvertes à Rome. Le long des corniches courent des arabesques
1 M. Renier a soutenu cette opinion dans un mcmoire publié par la /.Vi'ue archéologique en 1871, auquel M. Georges Perrot a joint une étude importante sur les peintures du Palatin. Depuis cette époque, M. Perrot a reproduit le travail de M. Renier et le sien dans ses Mémoires d'archéologie.
élégantes, des guirlandes de feuilles et de fleurs entrelacées de génies ailés, des paysages fantastiques d'un goût charmant. Sur le milieu des panneaux, on voit cinq grandes fresques qui forment des sujets distincts. Les deux moins importantes par les dimensions et le mérite sont des scènes d'initiation et de magie. Une autre, qui a près de 3 mètres de hauteur, représente une rue de Rome qu'on est censé apercevoir par une fenêtre ouverte. C'était une manière d'agrandir ou d'égayer un appartement, et de donner aux maisons romaines ces jours sur la rue qui leur manquent d'ordinaire. Cet usage existe encore aujourd'hui. «Tous ceux qui ont voyagé en Italie, dit M. Perrot, savent quel goût les Italiens ont conservé pour ces trompe-l'œil, pour ces perspectives que leurs dé corateurs emploient avec une rare habileté. On entre dans une cour, et, sur le mur du fond, au lieu de la couleur grise et terne du plâtre sale ou de la criarde blancheur du lait de chaux, on aperçoit ou une rue qui fuit, bordée de beaux édifices, ou un jardin, des taillis remplis d'oiseaux qui volent dans la feuillée, des treilles où pendent des raisins mûrs. Le regard, sans être induit en erreur, épreuve pourtant un vif plaisir à cette substitution ; l'esprit se plaît à jouir d'une illusion qui, suivant que la main du peintre a été plus ou moins adroite, peut se pro' longer plus ou moins longtemps. Des artistes qui décoraient les maisons des cités campaniennes et de la Rome impériale, jusqu'à ceux qui passent aujourd'hui leurs couleurs à la détrempe sur les murs des maisons de Gènes, de Milan, de Padoue et de Bologne, il y a une tradition ininterrompue, un héritage fidèlement transmis de sièck en siècle à travers toutes les vicissitudes politiques. » Ls perspective du Palatin reproduit l'aspect d'une rue, avec des maisons où l'on remarque à chaque étage tantôt des ter fasses découvertes, tantôt des balcons surmontés d'un toi
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que supportent des colonnes comme une /o^^yj'a d'aujourd'hui. Des personnes, penchées aux fenêtres, regardent les passants; une femme vient de sortir de sa porte, et, comme elle est accompagnée d'une jeune fille qui tient à la main un de ces plats où l'on mettait les gâteaux sacrés, on peut supposer qu'elles vont toutes les' deux faire quelqiu) offrande dansun temple voisin. C'est donc un paysage réel, un coin de Rome exactement reproduit, où nous retrouvons ce qui manque à Pompéi, des maisons à plusieurs étages.
Les deux autres tableaux sont mythologiques. Dans l'un, on voit Polyphéme qui poursuit Galatée. Le géant est à moitié plongé dans les flots, et, pour montrer qu'il est dominé par sa passion, le peintre a représenté derrière lui un petit Amour sans ailes, debout sur son épaule, et qui le tient en laisse avec deux rubans. Galatée s'enfuit assise sur un hippocampe, elle se rci.ourne du côté du Cyclope ; son bras droit est appuyé sur la croupe du cheval, tandis que le gauche, qui étreint le col de la monture, retient un manteau rouge qui glisse jusqu'au bas des reins. La draperie rouge et la crinière noire de l'hippocampe font ressortir la blancheur des chairs delà nymphe. A l'arrière-plan, on aperçoit un bras de mer enfermé entre de hautes falaises. Les montagnes sont couronnées d'arbres, les eaux ont conservé leur transparence : K Je ne me rappelle pas de paysage antique, dit M. Perrot, où il y ait une plus heureuse et plus large inter|)rétation de la nature. » L'autre fresque, la plus belle de toutes par l'exécution, représente lo au moment où Hermès va la délivrer d'Argus. Rien de plus élégant et de plus gracieux que l'attitude de la jeune fille désolée, dont les yeux sont tournés vers le ciel et qui, dans le désordre de sa douleur, retient à peine sur sa poitrine un manteau prêt à s'échapper. Derrière elle Hermès arrive
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en silence, dérobé par un rocher aux regards d'Io et de son gardien, tandis que le vigilant Argus ne perd pas des yeux sa victime , et , comme ramassé sur lui-même, semble prêt à s'élancer sur ce libérateur qu'il redoute. « Ce tableau, dit un des meilleurs juges de la peinture ancienne, M. Helbig, révèle une main extraordinairement habile et sûre, les contours en sont très finement nuancés et pourtant bien arrêtés ; la gamme des couleurs, qui se tient dans des tons relativement clairs, produit une impression harmonieuse et qui repose l'œil. On trouverait difficilement à Pompéi une figure qui égalât celle d'Io au Palatin ; les proportions en sont plus élancées et plus délicates, le coloris plus transparent et plus doux que chez les peintres campaniens. Faut-il expliquer cette finesse supérieure de la conception et de l'exécution en disant que les peintres de Rome avaient bien plus d'occasions que ceux de province de voir et d'étudier de près les originaux grecs? Faut-il songer surtout à l'influence que devaient exercer sur les artistes romains les réalités qui les entouraient et l'élégance des femmes du monde dans la grande cité? C'est ce que je n'ose décider*. »
H parait bien surprenant que cette élégante maison, à peine séparée des palais impériaux par des portiques et des rues, ait pu subsister sans changement notable depuis la fin de la république jusqu'à la ruine de l'empire. Peut-être était-elle protégée par le souvenir des hôtes illustres qui l'habitèrent dans les premières années; peutêtre aussi les Césars qui suivirent avaient-ils une raison particulière pour l'entretenir et la réparer avec tant do
1. Nous possédons, à l'école des Beaux-Arts de Paris, une copie très exacte de ces peintures, qui est l'œuvre de M. Layraud, pensionnaire de l'Académie de France à Home Ces tableaux sont placés dans le vestibule do la salle où se font les expositions publiques, du côté du quai Mulaquais.
soin*. Quelque plaisir qu'on trouve à être empereur ou roi, il y a des moments où ce métier assujettissant ennuie et où l'on éprouve le besoin de descendre un peu de ces hauteurs. Cette vie officielle et publique lasserait les plus intrépides ambitieux si elle n'était interrompue de temps en temps par un peu de solitude et d'ombre. Louis XIV lui-même, si fait pour celte représentation perpétuelle et qui s'y était habitué dès l'enfance, allait à Marly, où l'étiquette était moins rigoureuse, pour échapper à ce que saint Simon appelle « la mécanique de la cour», et s'appartenir un peu plus à lui-môme. Qui sait si cette petite et charmante maison, si voisine des palais impériaux et pourtant indépendante d'eux, où rien ne rappelle la dignité suprême, n'a pas quelquefois servi de retraite aux princes fatigués des soucis de l'empire? Elle était tout à fait propre à les délasser ; elle leur offrait une image de la vie privée vers laquelle on se retourne toujours avec quelque regret quand on l'a quittée. Il me semble qu'indépendamment du plaisir que causent les belles peintures qui en couvrent les murailles, la pensée que des princes comme Vespasien ou Titus, Trajan ou Marc- Aurèle l'ont souvent fréquentée, qu'ils y ont passé des heures agréables dans de douces causeries avec leurs amis, augmente l'intérêt qu'on éprouve à la visiter.
Il ne reste rien de Néron au Palatin. Comme il avait par-dessus tout le goût du gigantesque, il rêva do se faire un palais où toute une ville fût contenue. L'étroite colline, couverte déjà de temples et de maisons respectés , ne lui donnait pas assez de place pour les constructions qu'il méditait; il résolut de bâtir son palais ailleurs. Déjà, pour construire le sien, Caligula avait empiété sur le Fo-
1. Les inscriptions que portent les tuyaux de plomb qu'on y a trouvés prouvent qu'elle fut réparée sous Domitiea et sous Seplinie Sévère.
no PROMENADES ARCHÉOLOGIQUES.
rum ; Néron imagina d'aller rejoindre les jardins de Mécène à travers la vaste plaine qui sépare le Palatin et le Caeliusde l'Esqnilin. Quand le terrible incendie, qui dura dix jours, eut débarrassé le terrain des maisons qui l'encombraient, les architectes de Néron, Sévère et Geler se mirent à l'œuvre. Leur imagination hardie, féconde en combinaisons imprévues, était faite pour charmer un prince dont l'esprit malade n'aimait que les spectacles nouveaux et les conceptions extraordinaires. Ils lui bâtirent un palais comme on n'en avait jamais vu. L'espace immense dont ils disposaient fut rempli de constructions de toute sorte. A l'entrée , vers l'endroit où Hadrien éleva plus tard le temple de Rome, ils placèrent la statue du prince, un colosse de 120 pieds, dont on fit ensuite l'image du Soleil. Du côté de l'Esquilin, où la terre est si fertile, s'étendaient de vastes prairies, des champs, des vignes, des bois, dans lesquels erraient des botes sauvages. Au centre de la plaine, on avait creusé un étang qui était, selon Suétone, aussi vaste qu'une mer, et sur les bords duquel s'élevaient de pittoresques édifices. Quant au palais proprement dit, tout y resplendissait de métaux précieux et de pierres rares incrustées dans les murs : aussi l'appela-t-on la Maison-d'Or. On y voyait d'immenses portiques, des salles à manger avec des tables d'ivoire, et des jets d'eau percés de trous étroits qui répandaient sur les convives une pluie impalpable de parfums et d'essences précieuses, des bains où l'on trouvait en abondance l'eau de la mer dans des piscines et toute sorte d'eaux sulfureuses. Quand Néron prit possession de sa nouvelle de* meure, il daigna remercier ses architectes, qui l'avaient servi à son gré, et on l'entendit dire qu'enfin il était logé,
Les Fïavii et leur politique. — Description du palais de Domilien. — Palais dfc Sévère. — La loge impériale sur le grand cirque. — Logements des soldats et des serviteurs.
La dynastie des Flavit, qui remplaça les Césars, était tenue de se conduire autrement qu'eux. Comme son illustration était récente et qu'elle n'avait pas cette autorité que donnent d'anciens souvenirs, il lui fallait s'appuyer sur l'opinion publique, écouter ses plaintes et en tenir grand compte. De toutes les entreprises insensées de Néron, la construction de la Maison-d'Or était peut-être celle qui avait le plus irrité les honnêtes gens : elle rappelait l'une des plus terribles calamités de ce règne, l'incendie de Home, qu'on accusait Néron d'avoir allumé luimême pour se procurer plus aisément les terrains qu'il convoitait. Le feu à peine éteint, il s'était empressé, dit un historien, de se servir des ruines de sa patrie pour bâtir un palais magnifique. On était indigné de voir ces champs, ces jardins, ces prairies, qui remplaçaient tant de maisons pauvres, et, au milieu d'une ville qui regorgeait de monde, tout cet espace immense remj)li par une seule habitation. « Rome, disait-on dans des vers malins, ne sera bientôt plus qu'un palais. Préparez-vous encore, citoyens, à émigrer à Véies, à moins que Véics ne soit comprise elle-même dans la maison de César. * » De plus, ces magnificences coûtaient très cher, les architectes de l'empereur ne calculaient pas, et le trésor était toujours vide ; pour le remplir, on avait recours, selon l'usage, aux confiscations et aux assassinats, en sorte que la Maison-d'Or semblait rappeler tous les crimes qu'elle avait