‹ Promenades archéologiquesChapitre 37 sur 69 · LEGEND · texte numérisé non relu

LEGEND

Théâtre Grec

JVi^m^A^e .

Théâtre IitUùv.

Terrasse*.

Exèdre.

Piarxa. d'Oro .

BMioUièffues.

JValaivriujn .

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Mur du. ïheeile.

CerUo Ccunereile.

•Stade.

Thermes.

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Salle du. ûmcpe.

Imp. Paul Brodard.

Tibiir existait déjà. On ignore à quelle époque il avait commencé à la bâtir ; mais il est sûr qu'il passa les trois dernières années de sa vie à rembellir, à l'achever, et à la mettre en cet état de perfection qui la fit regarder comme un de ses plus beaux ouvrages *.

Le site de la villa de Tibur n'est pas seulement fort agréable, il est aussi très sain : c'était alors le premier mérite d'une maison de campa-gne. Sans doute la plaine de Rome, couverte d'arbres et de moissons, remplie d'habitations charmantes, de villas et de jardins, ne ressemblait pas à ce qu'elle est devenue après plusieurs siècles d'abandon : ce n'était pas encore un désert et un cimetière ; mais même au temps où elle était le plus riche et le plus peuplée, on y craignait le mauvais air. Gicéron félicite beaucoup Romulus d'avoir trouvé moyen de fonder une ville salubre dans un pays empesté, inpesti- Icnti loco salubrem 2. On sait que cette prétendue salubrité de Rome n'empêchait pas que tous les ans, selon le mot d'Horace, la chaleur n'y amenât les fièvres et n'y fît ouvrir les testaments : ce devait être bien pis dans les campagnes qui l'entouraient. Aussi était-il avant tout nécessaire, quand on y voulait bâtir une villa, d'en bien choisir l'emplacement. Celle d'Hadrien est située près des derniers contre-forts des Apennins, au pied de la montagne sur laquelle est construit Tivoli. Tandis qu'elle est largement ouverte à l'influence bienfaisante du vent d'ouest, les collines qui l'environnent la protègent contre le scirocco et les souffles pestilentiels du midi. Deux pe-

1. La carte qu'on a dressée de la villa d'Hadrien est faite surtout d'après î^ibhy; mais pour la partie voisine de la vallée de Tempe, on a corrigé souvent Nibby par le plan de M. Daumet. 11 n'a pas été possible de marquer sur la carte le résultat des dernières fouilles, qui ne sont pas encore achevées, et qui amèneront sans doute quelques modifications dans la manière de se figurer le rniais impérial ît le natatonum. — 2. Cic, de liep., u, 6.

rr.

tites vallées parallèles courent dans la direction du nord au sud ; elles enferment une plaine qui s'élève en étages et forme une sorte d'éminence de trois milles de longueur : c'est dans cette plaine qu'était bâtie la villa. Le terrain contenait beaucoup de ces inégalités naturelles que nous conservons avec soin et qui nous semblent un des plus grands agréments de nos jardins. Les Romains, au contraire, ne les aimaient pas, et ils se donnaient beaucoup de peine pour aplanir par de vastes substructions le sol sur lequel s'élevaient leurs maisons de la ville ou de la campagne. Ces substructions se retrouvent aussi et en grand nombre dans la villa de Tibur. Deux petits ruisseaux, qui descendent des montagnes de la Sabine, traversent les deux vallées et se réunissent près de l'entrée de la villa, pour se jeter ensemble dans l'Anio. Gomme presque tous ceux de l'Italie méridionale, ils sont à peu près vides pendant l'été, c'est-à-dire dans la saison où l'on a le plus besoin qu'ils soient pleins. On y suppléait par des aqueducs dont on a retrouvé les restes et qui apportaient en abondance, soit dans le lit desséché des ruisseaux, soit dans les appartements du palais, les eaux fraîches et saines de la montagne.

Ce qui frappe d'abord quand on parcourt la villa d'Hadrien, c'est son immense étendue. Nibby prétend qu'elle couvrait une surface de 7 milles romains. La villa Braschi, que le gouvernement italien a achetée et qui est la seule qu'on visite, ne la contient pas tout entière. Si l'on s'aventure du côté du midi, à travers les ronces, en bravant les chiens et les gardes et en franchissant les clôtures, on découvre d'autres salles, plus grandes et plus belles peut-être que celles qu'on montre aux étrangers. Pour réunir ces appartements si éloignés les uns des autres et qui sont comme les quartiers différents d'une ville, on avait creusé des passages souterrains ou crypto-

pm tiques, qui permettaient au prince d'aller d'une extrémité à l'autre de son palais, sans craindre la chaleur ou les importuns. Dans toutes ces constructions, le marbre était tellement prodigué, qu'aujourd'hui encore le sol en est couvert; avec le temps, il s'est émietté, il forme une 6orte de poussière qui brille au soleil et fatigue l'œil par ses miroitements. La villa, quand les bâtiments en étaient debout, devait être une merveille. On ne peut pas jeter \es yeux sur la restauration que M. Daumet a essayé d'en faire, sans être un peu ébloui de tant de magnificence. Il est difficile d'imaginer une réunion d'édifices plus riches et plus variés; c'est une suite incroyable de portiques, de péristyles, de bâtiments de toute forme et de toute dimension. Les dômes des grandes salles, les voûtes rondes des exèdres s'y mêlent aux frontons triangulaires des temples, tandis que les tours élevées et les terrasses ombragées de treilles se dressent au-dessus des toits. A notre admiration se joint pourtant quelque surprise : l'ensemble de ces vastes constructions nous échappe ; nous en admirons la variété, nous y trouvons une fécondité remarquable d'invention et de ressources, mais nous sommes étonnés de n'y pas voir plus de symétrie. C'est l'impression que produit aussi le Forum, si rempli de temples, de trophées, de basiliques, et le Palatin avec les cinq ou six palais qui l'encombrent. Nous en avons conclu, on s'en souvient, que les Romains étaient moins sensibles que nous à certaines beautés qui nous charment, et que probablement nos grandes rues droites et nos places régulières les auraient laissés froids. La villa d'Hadrien confirme cette opinion. L'architecte semble y avoir ajouté les édifices les uns aux autres à mesure que le besoin s'en faisait sentir, sans se préoccuper de l'effet que 'ensemble pouvait produire. Il faut prendre notre parti de ce peu de goût des Romains Dour la symétrie. Songeons

qTi*après tout il ne s'agit pas ici d'un palais situé dans une capitale, qui doit avoir un grand air et donner une idée avantageuse de celui qui l'habite, mais d'une maison de campagne où l'architecte est tenu de songer à la commodité bien plus qu'à l'apparence.

Jusqu'ici nous n'avons rien fait remarquer dans la villa d'Hadrien qui, à un moindre degré, ne se rencontrât dans les autres ; il n'y en avait pas, quand elle appartenait à quelque grand personnage, qui ne fût placée dans une situation salubre, pourvue, s'il était besoin, de grands travaux souterrains, richement dotée d'eaux vives, décorée de marbres précieux, et qui ne contînt un nombre incroyable d'appartements magnifiques : voici ce qui faisait l'originalité de celle qui nous occupe. Comme rien n'avait plus intéressé Hadrien que ses voyages, il voulut, même après qu'il y eut renoncé, en conserver des souvenirs vivants autour de lui. Son biographe raconte qu'il attacha à certaines parties de sa villa de Tibur les noms des plus beaux endroits qu'il avait visités. On y trouvait le Lycée, l'Académie, le Prytanée, Canope, le Pœcile, la vallée de Tempe, «et même, ajoute Spartien, pour que rien n'y manquât, il avait imaginé d'y faire aussi une reproduction des Enfers ». Ce texte peut donner lieu à .beaucoup de discussion. Il y a des auteurs qui supposent qu'il faut le prendre à la lettre et qui veulent qu'Hadrien se soit astreint à faire des copies exactes de tout ce qu'il avait admiré dans ses voyages. Canina, surtout, s'acharne à ces ressemblances ; si on le croyait, il n'y aurait pas, dans tous ces débris, un pan de nmraille qui ne fût l'imitation de quelque monument important. Il ne voit pas que c'est le moyen de rendre Hadrien fort ridicule. Est-il possible d'imaginer un plus sot projet que celui de faire tenir toutes les curiosités du monde dans un espace aussi étroit? Quel ellet pouvaient produire au

LA VILLA D'HADRIRN. 231

risiteur ces réductions de montagnes, ces vallées en miniature, ces monuments amoncelés? Hadrien, on le sait, était un artiste habile, un homme de goût, un ami et un admirateur éclairé de l'art grec : quel plaisir aurait-il pu trouver à tourmenter la nature pour lui faire produire des ressemblances qui ne pouvaient jamais être qu'incomplètes? On nous dit qu'il voulait que sa villa lui rappelât sans cesse les merveilles qu'il avait vues; mais ces contrefaçons mes* quines étaient plus propres à gâter ses souvenirs qu'à les conserver. Heureusement le texte de Spartien ne nous force pas à admettre toutes ces exagérations. Tl dit simplement que l'empereur construisit sa maison de campagne de manière à y pouvoir inscrire les noms les plus célèbres des lieux qu'il avait visités {ita ut in ea et provinciarum et locorum celeberrima nomina tnscriberet) , ce qui permet do supposer qu'il ne tenait pas à des imitations très fidèles et se contentait le plus souvent d'un à peu près. C'était surtout pour les sites qu'il fallait mettre beaucoup de complaisance ; comment espérer de pouvoir reproduire les merveilles de la nature dans la petite plaine qui s'étend au pied de Tiburl Avec les monuments on était plus à l'aise, et il y en avait, comme le Pœcile, qui pouvaient être assez exactement imités. Il est pourtant probable que cette exactitude ne fut jamais poussée très loin. M.Daumet fait remarquer que dans les ruines de ces Lycées, de ces Gymnases, de ces Prytanées, c'est à-dire de ces monuments grecs que l'architecte prétendait copier, on retrouve partout la voûte romaine : n'est-ce pas la preuve, ajoute-t-il, qu'il ne se piquait pas d'une fidélité scrupuleuse, et qu'en conservant à ces édifices leur nom étranger il les avait appropriés au goût de son temps et aux usages de son pays?

De toutes ces belles choses que Spartien vient de nous énumérer, beaucoup sont impossibles à distinguer, aujour-

d'hui que tout est en ruine. Il y en a trois pourtant qu'on retrouve d'une manière à peu près certaine, el qui nous aident à juger du reste ; c'est la vallée du Tempe, le Pœcile et Canope,

Pour Tempe, il ne peut guère y avoir de doute : il ne serait pas possible de la placer ailleurs que dans cette sorte de dépression qui sépare la villa des montagnes sur lesquelles s'élève Tivoli. Elle était donc située vers le -•ôté du nord-est, le long de ce petit ruisseau que les archéologues appellent le Pénée. Assurément il n'y avait là ui l'Olympe, ni le Pélion, ni l'Ossa, ni ces rochers taillés â pic, dont parle Tite-Live, « du haut desquels les yeux ît l'âme sont remplis d'une sorte de vertige*», ni ces bois séculaires « que le regard des hommes ne peut atteindre ^ », et qui donnent à la véritable vallée de Tempe un mélangé de grandeur et de grâce qu'admirent tous les voyageurs. La grandeur est fort diminuée, mais la grâce est restée. La petite plaine de sa nature n'était pas sans charme; on y multiplia les ombrages, on en fit un lieu de promenades agréables, et comme les allées y étaient fraîches et touffues, qu'on avait grand plaisir à s'y reposer près de l'eau sous les grands arbres, et qu'on se rappelait alors les moments heureux qu'on avait passés à parcourir la belle vallée de Thessalie, on se hasarda à lui en donner le nom. Du côté de la villa, en face de la plaine, s'étendaient de grandes terrasses, qui se reconnaissent encore, avec des portiques et des bassins de marbre ' ; un vaste exèdre soutenu par des colonnes et adossé à la Piazza d'oro dominait toute la vallée*; on descendait de là jusqu'aux parterres par de» rampes en pente douce. 11 ne reste de tout cela que des ruines, mais le site aujourd'hui encore est charmant.

1. Tite Live, xuv, 6. — 2. Pline, N. H., iv. 8. 15. — 3. Voy., sur le plan, n* 4. — A. Voy. n" 5.

De vigoureux oliviers ont poussé dans les jointures des pierres. Quand on s'assied, après midi, sous un de ces grands arbres au tronc noueux, dont les branches affectent des formes bizarres, on a toute une nappe de verdure à ses pieds, en face de soi les clochers élégants de Tivoli et les grandes villas modernes avec leurs treilles qui reposent sur des piliers en pierres blanches et ressemblent à des portiques ; il est difficile de n'être pas saisi de la beauté du spectacle, et la vallée parait si agréable qu'on pardonne aisément au fantasque empereur de l'avoir appelée d'un si grand nom*.

Le Pœcile au contraire est tourné vers l'ouest, en face de Rome. Lorsqu'on se dirige de ce côté, on arrive à une vaste esplanade, où l'on a corrigé les inégalités du sol par des substructions considérables. Afin que rien ne fût perdu, l'architecte a bâti, selon l'usage, dans les substructions mêmes, plusieurs étages de logements, de grandeur et de formes différentes, qu'on appelle vulgairement les Cent-Chambres, Cento Camerelle*. Ligorio qui se représentait les Césars comme les princes de son temps et qui s'imaginait qu'ils n'allaient nulle part sans être suivis de leurs soldats, supposa que ces logements étaient destinés à la garde impériale, et les autres archéologues ont accepté cette opinion. En réalité, les empereurs romains, surtout ceux qui étaient solidement établis et n'avaient guère à craindre de révolution imprévue, ne traînaient pas des armées à leur suite, et, comme il y avait d'ordidinaire dans leurs maisons de campagne plus d'esclaves que de soldats, il est naturel de penser que les Gent- Chambres, dont on a voulu faire une caserne de prétoriens, étaient simplement le domicile des gens de ser-

1. N'oublions pas d'ailleurs que ce nom était devenu général chez les Romains et que, dans leurs villas, toutes les vallées agréables et fraîches s'appelaient Tcoipé. — 2. Voy., sur le plan, n* 11.

vice. L'esplanade qui s'étendait au-dessus des substructions était enfermée par un immense portique rectangulaire, au milieu duquel se trouvait un grand bassin dont on voit encore quelques vestiges. Un des côtés du portique s'est conservé *. C'est une muraille en briques de 10 mètres de haut et de 230 mètres de long. Au milieu de tant de ruines amoncelées, elle est restée debout Lorsque, après s'être frayé péniblement un chemin à travers ces blocs renversés, ces fragments de colonnes épars, on arrive tout d'un coup en face de ce mur si merveilleusement intact, la surprise égale l'admiration. On se demande par quelle fortune étrange il n'a pas eu le sort du reste et ce qui l'a préservé de la ruine commune à laquelle il semblait plus exposé par son étendue et sa hauteur mêmes. Il n'est guère douteux que ce portique ne soit celui que Spartien mentionne sous le nom de Pœcile et qui était l'imitation d'un monument athénien. Lo Pœcile d'Athènes, que la description de Pausanias nous fait connaître, était surtout célèbre par les peintures de Polygnote. Il y avait représenté des souvenirs glorieux, notamment la victoire de Thésée sur les Amazones et la bataille de Marathon. Il n'en reste plus aujourd'hui aucune trace. Gomme nous ne savons pas si Hadrien avait été un imitateur fidèle, il est difficile de dire jusqu'à quel point la copie peut donner une idée exacte du modèle. Ce qui est sûr, c'est qu'on se figure facilement ce que devait être le Pœcile de Tibur. Des deux côtés du mur, qui s'est si bien conservé, s'élevaient des colonnes dont il ne resta plus que quelques soubassements. Elles soutenaient un toit élégant et formaient deux portiques qui communiquaient ensemble par une porte qui existe encore. Ce double portique était orienté de telle manière qu'une

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