‹ Promenades archéologiques, Rome e PompéiChapitre 10 sur 68 · PROMENADES ARCH ÉO LO-GIQUES · texte numérisé non relu

PROMENADES ARCH ÉO LO-GIQUES

dans cttte pente raide qu'on appelait clivus capitolinuSy un cortège sinistre se détachait de la troupe joyeuse qui suivait son char. C'était le vaincu qu'on avait promené tout le jour derrière son vainqueur, et livré, le long des rues de Rome, à la curiosité insultante de la foule. La fête achevée, on le menait à la prisan Mamertinc pour le faire mourir *. C'est le sort qu'ont subi les deux plus nobles ennemis de Rome, Jugurtha et Vercingétorix, coupables d'avoir défendu avec courage l'indépendance de leur patrie. Pendant ce temps, le vainqueur, continuant sa route, passait près de la petite terrasse où se trouve l'élégant portique des « Dieux Consentes », et ce qu'on croit être les boutiques des scribes - ; de là il arrivait au fameux temple de Jupiter, situé près de la roche Tarpéienne, et dont on a retrouvé récemment les fondations sous le palais Caffardli ^,

Effet que produit d'abord le Formn. — Absence de symétrie. — Peu d'étendue de la place. — Usages très variés auquels elle servait. — Assemblées politiques. — Gomment les orateurs s'y faisaient entendre.— Comment la place contenait tout le peuple qui devait s'y réunir.

Nous savons à peu près maintenant l'emplacement et l'histoire des principaux édifices du Forum, il nous est facile de réparer et de relever par l'imagination toutes ces ruines, etdenousfigurercequedevaitêtrecetteplaceavaut que le temps ne l'eût mise en l'état où nous la voyons. Cher-

1. Cicéron, Verr., v, 30 : cum de Foro in Capitolium currum (léclere iucipiunt illos duci in carcerem juhent. — 2. M. Jordan fait remarquer avec raison que ces petites boutiques distribuées sur la petite place des Dieux Consentes sont bien sombres pour qu'on puisse croire que les scribes pouvaient y travailler. — 3. Dull. arch. munie, 1877.

chons à nous rendre compte de l'impression qu'elle nous produirait si nous pouvions la voir comme elle était aux derniers temps de l'empire, à la veille de l'invasion des barbares, quand elle faisait encore l'admiration des visiteurs.

Je crois que, pour en être frappé comme il convient, il faut nous faire d'abord quelque violence, et commencer, ce qui est toujours difficile, par oublier un moment nos habitudes et nos préjugés. Nous sommes accoutumés à mettre parmi les mérites principaux d'une place publique sa régularité, sa symétrie, son étendue. Il faut avouer que ces qualités paraissent manquer un peu au Forum. 11 a le défaut de tout ce qui n'a pas été construit d'après un plan déterminé. On peut dire que ce sont les siècles qui l'ont fait; il n'y a pas eu d'architecte qui ait réglé d'avance les proportions delà place et distribué les monuments autour d'elle. On a vu qu'elle se composait à l'origine d'étages différents et inégaux: au-dessus d'une plaine marécageuse s'élevait le comitium, qui avait lui-même au-dessus de lui la curie, puis le vulcanal, d'où l'on montait par une rampe raide jusqu'au Capitole. Dans la suite la constructien de grands édifices parvint à dissimuler en partie ces différences de niveau; mais ces édifices, bâtis au hasard, à des époques très diverses, ne se correspondent pas toujours entre eux, ils sont entassés sans beaucoup d'ordre et pressés les uns contre les autres. Les grands personnages qui ont gouverné la république ayant tenu à laisser un souvenir d'eux sur le lieu le plus célèbre de Rome, aucun espace n'est resté vide autour de la place : on y trouve plusieurs basiliques, sept ou huit temples, un palais pour le Sénat, trois passages, ou Janus, pour les gens d'affaires, cinq arcs de triomphe. La partie même qui s'étend entre ces édifices et qu'on aurait dû laisser vacante pour l'usage du public était encombrée de trophées, d'édicules, de co-

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lonnes, de statues surtout qui formaient, selon l'expression de Chateaubriand, tout un peuple mort au milieu du peuple vivant. La vanité les avait tellement multipliés que le Sénat fut quelquefois obligé d'en faire ôter une partie*. Parmi les colonnes, il y en avait qui devaient tenir une place considérable ; elles étaient entourées d'un balcon qui dominait tout le Forum; les jours où un candidat heureux et reconnaissant donnait au peuple quelque spectacle, les descendants de ceux en l'honneur desquels la colonne avait été construite avaient le droit de venir se placer avec leur famille à cette sorte de tribune pour regarder de là les gladiateurs et les athlètes. Il est donc à craindre qu'au premier aspect le Forum ne soit exposé à déplaire, que cet entassement de ricl>esses ne fatigue un peu l'esprit, et qu'on ne regrette de n'y pas trouver un peu plus d'ordre, de simplicité, de symétrie. Mais cette première impression ne durera guère, si nous songeons aux événements et aux personnages que tous ces édifices rappellent. C'est vraiment ici qu'il convient de dire avec Cicéron : « En quelque endroit qu'on mette le pied, on éveille un souvenir *. » Le Forum n'est pas une de ces places publiques comme on en trouve dans toutes les villes et il serait injuste de lui appliquer les règles ordinaires. Il ne faut pas demander que par son plan général et ses dimensions elle ressemble tout à fait aux autres, puisqu'elle a ce caractère particulier et ce genre de beauté spécial de contenir en elle toute l'histoire d'un pays. Le grand nombre de ses monuments, qui nous a d'abord causé quelque surprise, s'explique et se justifie par celui des faits glorieux dont ils conservent la mémoire. Cette première inquiétude de notre goût écartée, je crois que, notre

I. Pline, xxxiv, 6, 14. — 2. Cic, De Fin., v, 2: quacumque ingredimur, in aliquam historiam vestigium poninus. Cicéron, dans ce passnge, parle d'Athènes.

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