‹ Promenades archéologiques, Rome e PompéiChapitre 38 sur 68 · Pline. Epis!., ix · texte numérisé non relu

Pline. Epis!., ix

avait un moment chassés de la ville, qui se préparaient à y revenir bientôt, et qui voulaient profiter de leur séjour aux champs pour rapporter à leurs fonctions ordinaires «n corps plus robuste et un esprit plus vif.

Quand on sait pour qui les villas romaines étaient faites et ce qu'on venait y chercher, on trouve qu'elles répondaient parfaitement à leur destination. C'est leur premier mérite, qui se retrouve dans l'ensemble et les moindres détails, d'être tout à fait appropriées à ce qu'on demandait d'elles. Pline le Jeune nous a rendu le service de nous décrire les siennes, et cette description suffit à nous donner une idée des autres. On sera frappé d'abord en la lisant de voir combien ces maisons de Laurente et de l'Etrurie ressemblaient pour l'essentiel à la vi'la d'Hadrien que nous venons d'étudier. Il n'y a vraiment entre elles qu'une différence, celle que la fortune et le rang mettaient entre leurs propriétaires. Un simple particulier ne pouvait pas se permettre ce qu'osait faire un empereur ; mais le système général des constructions et de la décoration est le même, et les lettres de Pline confirment souvent la restauration de M. Daumet.

Je suppose que notre première impression, si nous pouvions voir les villas de Pline, surtout celle de l'Etrurie,, qui était la plus belle, serait d'être fort étonnés de la multiplicité des bâtiments qui les composent. Tous ces édifices, de hauteurs et de formes différentes, plutôt juxtaposés qu'unis, nous feraient l'effet d'un village bien plus que d'une maison de campagne ^ Mais il faut se souvenir qu'il s'agit d'y loger un Romain , et qu'un Romain , même lorsqu'il se pique de vivre simplement.

i. Je ne sais si Pline ne veut pas exprimer une idée semblable quand il dil qu'on aperçoit de sa maison de Laurente une foule de villas « qui, vues de la mer ou même de la côte, présentent l'image d'une multitude de villes. » {Epist., il, 17. j

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ne peut se passer d'une foule d'esclaves. Quand on ne se contente pas de les entasser dans les caves, et qu'on veut, comme Pline, leur donner des chambres convenables qu'on pourrait au besoin offrir à des amis, il faut avoir beaucoup de place et des corps de logis nombreux. Ce qui surprend encore plus que le nombre de ces corps de logis, c'est qu'on n'ait pas pris la peine de les disposer d'une façon plus régulière; mais nous avons déjà vu que les Romains, surtout dans leurs maisons de campagne, ne paraissaient pas tenir beaucoup à l'apparence extérieure. C'est ainsi qu'au lieu de placer tous les salons et toutes les chambres du même côté pour des raisons de symétrie, leurs architectes les distribuaient un peu partout, afin de leur donner des expositions différentes; ils multipliaient les pavillons séparés, pour qu'on y fût plus isolé et qu'on y eût de tous les côtés une plus belle vue. L'ordonnance générale pouvait sembler moins heureuse ; mais les appartements étaient plus commodes, ce qui leur suffisait. Nous sommes des vaniteux , qui songeons d'abord à la façade ; pourvu qu'elle ait meilleure mine, nous acceptons volontiers d'être mal logés. Les Romains s'inquiétaient moins des passants , et ils ne faisaient la maison que pour ceux qui devaient l'habiter. Tout ce qui pouvait la leur rendre plus agréable était prodigué sans mesure ; on n'épargnait rien quand il s'agissait de leur procurer ce repos fortifiant et cette variété de plaisirs calmes qu'ils y venaient chercher. Certes Pline était loin d'être un voluptueux ; il passait au contraire pour un homme de mœurs antiques, et le poète Sentius Augurinus voyait en lui plusieurs Catons*. On ne peut s'empêcher pourtant d'être effrayé quand on voit jusqu'à quel point il avait poussé la recherche du

1. Pline, Epist., IV, 27 : Ille o Plinius, ille, quoi Calones!

•iiO PROMENADES ARCHÉOLOGIQUES.

bien-être dans ses maisons de plaisance. On se perd dans l'éniimération qu'il nous fait de ses appartements; il a des salles à manger de grandeur différente pour toutes les occasions; il dîne dans celle-ci quand il est seul, l'autre lui sert à recevoir ses amis intimes, la troisième est plus vaste et peut contenir la foule de ses invités. L'une s'avance dans la mer : on y voit, tout en prenant son repas, les flots se briser contre les murailles; l'autre s'enfonce dans les terres : on y jouit de tous les côtés de la vue des champs et des spectacles de la vie rustique. D'ordinaire une chambre à coucher suffit aujourd'hui aux plus exigeants ; il serait difficile de dire combien en contiennent les villas de Pline. 11 y en a non seulement pour tous les besoins, mais pour tous les caprices. Ici, on peut voir la mer de toutes les fenêtres; là, on l'entend sans la voir; ailleurs, on la voit sans l'entendre. Cette pièce est disposée en forme d'abside, et par de larges ouvertures elle reçoit le soleil à toutes les heures du jour; une autre est obscure et fraîche, et ne laisse entrer que tout juste assez de lumière pour qu'on ne soit pas dans les ténèbres. Si le maître désire s'égayer, il se tient dans cette salle ouverte d'où il voit tout ce qui se passe au dehors; s'il éprouve le besoin de se recueillir, il a précisément une chambre où il peut s'enfermer et qui est disposée de telle sorte qu'aucun bruit n'arrive , jamais à ses oreilles. Pline l'appelle « ses délices » ; il est heureux, dans sa villa, d'être loin de Rome; dans cette chambre, il lui semble qu'il est loin même de sa villa. Ajoutons que ces pièces sont parées de belles mosaïques, souvent couvertes de peintures gracieuses, et qu'elles contiennent presque toutes des fontaines de marbre: car l'eau y coule de tous les côtés, claire, fraîche, abondante; elle égayé tout par son murmure, elle est un d.'s éléments essentiels de la décoration des

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villas. Elle entre pour une grande part dans les inventions capricieuses des architectes, quand ils veulent trouver des dispositions nouvelles dont l'originalité puisse plaire à ces grands seigneurs difficiles et désœuvrés. On se rappelle l'élégante salle de bain entourée par Teuripe dans la villa d'Hadrien; Pline ne pouvait pas se faire bâtir un édifice aussi coûteux ; mais il avait, à l'extrémité de son jardin, une treille touffue, soutenue par quatre colonnes de marbre de Caryste. Sous cette treille, qui formait un abri agréable, on avait placé des fontaines jaillissantes, un bassin rempli d'eau sans cesse renouvelée et qui ne débordait jamais, enfin un lit de repos en marbre blanc, où l'on venait s'étendre à la chaleur du jour. (( De ce lit, dit Pline, l'eau «'échappe de tous les côtés par de petits tuyaux, comme si le poids même de celui qui s'y couche la faisait jaillir *. » Pour compléter cet ensemble, il faut imaginer des bains, des piscines, des jeux de paume, des portiques qui s'étendent dans tous les sens pour jouir de toutes les expositions, des allées sablées pour les promenades à pied , d'autres dont le sol est plus ferme, et qui conviennent mieux aux courses en litière , enfin , pour ceux qui veulent aller à cheval , un vaste hippodrome , formé d'une longue allée, droite et sombre, qu'ombragent des platanes et des lauriers , tandis que de tous côtés serpentent des allées circulaires, qui se croisent et se coupent de manière à rendre l'espace plus grand et la promenade plus variée. Voilà ce qu'on devait trouver dans la villa d'un homme

1. C'est une fantaisie de ce genre qui avait donné naissance à la fameuse volière de Varroii, si vaste, si belle, si pleine de complications ingénieuses, si peuplée d'oiseaux rares. Le milieu de la volière formait une salle ù manger, où la table et les lits des convives étaient entourés d'une eau courante, en sorte qu'en mangeant les mets les plus délicats, on pouvait voir nager les poissons à ses pieds et entendre chanter autour de soi les merles et les rossignols.

riche, mais rangé, qui, sans faire de folies, tenait à être connmodément logé à la campagne pour s'y reposer à l'aise.

Nous n'avons rien dit des parcs et des jardins, ce qui peut sembler étrange quand il est question d'une maison des champs ; mais il est assez difficile d'en parler. Comme on le pense bien, c'est ce qui dans les villas antiques s'est le moins conservé. Nous n'avons plus, pour juger ce qu'ils devaient être, que quelques peintures où ils sont tant bien que mal représentés, et ce que les écrivains nous en disent par hasard. Ces témoignages sont assez incomplets et ne satisfont qu'à moitié notre curiosité, mais ils ont au moins cet avantage d'être tout à fait d'accord ensemble. Parmi les paysages qui décoraient les maisons anciennes, on a retrouvé, soit à Pompéi, soit à Rome, quelques peintures de jardins : ce sont toujours des allées régulières, enfermées entre deux murs de charmilles, et qui se coupent à angle droit. Au centre se trouve d'ordinaire une sorte de place ronde avec un bassin dans lequel nagent des cygnes. De distance en dislance, on a ménagé de petits cabinets de verdure, formés de cannes entrelacées et couverts de vignes, au fond desquels on aperçoit une colonne de marbre ou une statue et des sièges placés tout autour pour permettre aux promeneurs de se reposer un moment. Ces peintures font souvenir de ce mot de Quintilien qui exprime d'une façon naïve le goût de son temps : <( Est-il rien de plus beau qu'un quinconce disposé de telle manière que, de quelque côté qu'on regarde, on n'aperçoit que des allées droites *? » Les écrivains ajoutent à ces renseignements quelques détails curieux. On voit par les descriptions de Pline le Jeune que, dans ses Jardins, comme dans les

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