‹ Promenades archéologiques, Rome e PompéiChapitre 4 sur 68 · Dcnj's, n · texte numérisé non relu

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de choses, ne le déposséda pas de ce privilège. On construisit autour de lui des places plus vastes, plus régulières, plus somptueuses, mais qui ne furent jamais regardées que comme des annexes et des dépendances de ce qu'on s'obstinait à appeler par excellence « le Forum romain». Il résista aux premiers désastres des invasions, et survécut à la prise de Rome par les Wisigoths et les Vandales. Après chaque bourrasque, on s'occupait à le réparer tant bien que mal, et les barbares eux-mêmes, comme Théodoric, prenaient quelquefois la peine de relever les ruines qu'ils avaient faites. La vieille place et ses édifices existaient encore au commencement du septième siècle, lorsque le sénat eut l'idée malheureuse de consacrer à l'abominable tyran Phocas cette colonne dont Grégorovius nous dit « que la Némésis de l'histoire l'a conservée comme un dernier monument de la bassesse des Romains». A partir de ce moment, les ruines s'amoncellent. Chaque guerre, chaque invasion renverse quelque ancien monument qu'on ne prend plus la peine de réparer. Les temples, les arcs de triomphe, qu'on a flanqués de tours et couronnés de créneaux comme des forteresses, attaqués tous les jours dans la lutte des partis qui divisent Rome, ébranlés par des assauts furieux, finissent par s'écrouler et couvrent le sol de leurs débris. Chaque siècle ajoute à cet entassement. Lorsqu'on 1536 Charles-Quint traversa Rome, au retour de son expédition de Tunis, le pape voulut faire passer le vengeur de la chrétienté sous les arcs de Constantin, de Titus et de Sévère; rien ne fut épargné pour lui faire un plus beau chemin : « On a démoli et abattu, dit Rabelais, qui en fut témoin, plus de deux cents maisons, et trois ou quatre églises ras-terre. » Quelques années plus tard Sixte V fit transporter, dit-on, sur cette place déserte les matériaux dont il était embarrassé, et qui provenaient des constructions qu'il faisait ailleurs. Toute

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l'antiquité se trouvait recouverte et perdue sous plus de dix mètres de décombres. A partir de ce moment, le Forum, devenu le champ aux bestiaux, Campo Vaccino, prit l'aspect qu'il a conservé jusqu'au commencement de ce siècle. Ce ne fut plus qu'une place poudreuse, entourée d'églises médiocres, autour de laquelle s'élevaient quelques colonnes qui sortaient à moitié du sol, un endroit mélancolique et désert, tout à fait convenable pour y venir rêver à la fragilité des grandeurs humaines et aux vicissitudes des événements. C'est ainsi que l'ont représenté Poussin, dans son petit tableau de la galerie Doria, et Claude Lorrain, dans le paysage que possède le Louvre. Il semble que ces colonnes à demi enterrées auraient dû provoquer la curiosité des savants. Comment se fait-il qu'aucun d'eux n'ait entrepris, depuis la renaissance, de fouiller jusqu'à leur base pour découvrir le sol où elles s'appuyaient? Ce sol était celui du Forum ; on savait à n'en pas douter qu'on le trouverait jonché de débris historiques, et l'on ne songea jamais sérieusement à entreprendre des travaux qui pouvaient amener les plus belles découvertes. C'est seulement dans les premières années de ce siècle que les recherches savantes commencèrent; mais elles furent trop souvent interrompues, et soulevèrent encore plus de problèmes qu'elles n'en résolurent. Les renseignements qu'on en tira étaient si incomplets que des luttes acharnées s'élevèrent entre les archéologues. Chacun donnait un nom différent aux édifices qu'on avait découverts, chacun se faisait un plan particulier du Forum; on n'en connaissait ni les limites exactes, ni même la position précise : les uns supposaient qu'il devait s'étendre de l'arc de Sévère à celui de Titus, c'est-à-dire du nord au sud*, les autres le plaçaient dans la direction tout

1. Quoique ces désignations ne soient pas tout à fait exactes, j'appelle côté nord du Forum celui qui est situe au pied du Capitole, et

à fait opposée, de saint Adrien à saint Théodore, et tous croyaient trouver dans les écrivains anciens des textes formels qui appuyaient leur opinion. Pour que cette confusion pût être dissipée, de nouvelles fouilles étaient indispensables. Elles furent entreprises avec la pensée de faire cette fois une œuvre définitive. Il [ne suffisait plus d'essayer quelques sondages pour toucher çà et là le sol antique, on était décidé à le débarrasser entièrement des décombres qui le couvraient et à le mettre partout à nu : c'était le moyen de savoir enfin la vérité sur les énigmes du Forum. M. Rosa continua d'abord à fouiller la basilique Julienne, qui avait été déblayée en partie sous l'ancien gouvernement, et en même temps il acheva de débarrasser les temples qui l'entourent. Ce travail terminé, on se trouvait connaître et posséder tout un côté du Forum, celui qui s'étend à l'ouest, depuis la rampe du Gapitole jusqu'aux premières arêtes du Palatin. On poussa alors les ouvriers en avant, vers le côté de l'est, et l'on ne s'arrêta qu'au bord des églises de Sainte-Martine et de Saint-Adrien. Le Conseil municipal de Rome ne permettait pas d'aller plus loin: il ne voulait pas laisser détruire les rues par lesquelles communiquent les divers quartiers de la ville moderne. Quelque pénible que fut ce contre-temps, on devait être satisfait de ce qu'on avait pu faire. On doit rendre cette justice à M. Rosa que les travaux qu'il a dirigés ont été vigoureusement conduits. Il a fallu enlever plus de 120 000 mètres cubes de terre, mais, sous ces décombres, on a retrouvé beaucoup de monuments anciens qu'on ne connaissait que de nom, et sur plusieurs points la topographie du Forum a été fixée.

côté sud celui qui va de S. Lorenzo in miranda (temple d'Aiitonin) à Sainte Marie-Libératrice. Le côté de l'est est celui que bordent les églises de Sainte-Martine et de Saint-Adrien; le cùtéde rouest, celui qui s'étend de la rue de la Consolation au Palatin.

Il est regrettable que l'administration romaine n'ait pas cru devoir publier un journal détaillé de ces fouilles intéressantes; mais cette lacune est heureusement comblée en partie par l'ouvrage qu'un jeune pensionnaire de notre école de Rome, M. Ferdinand Dutert, a publié sur le Forum, et dont je vais beaucoup me servir *. M. Dutert fut témoin des travaux de M. Rosa; il en suivit jour par jour les progrès, marchant derrière les ouvriers, recueillant et copiant les moindres débris d'ornements, les plus petits fragments de sculpture à mesure qu'ils les rencontraient sur leur route. Non seulement son ouvrage peut apprendre à ceux qui ne l'ont pas vu et rappeler à ceux qui l'ont visité l'état actuel du Forum, mais il a essayé de nous en faire connaître l'état ancien. Il répare ces temples en ruines, il relève ces colonnes renversées, il replace ces statues sur leurs bases et remet sous nos yeux toutes ces magnificences dont il reste à peine quelques débris. Je sais qu'il entre toujours beaucoup de conjectures dans les travaux de ce genre, mais la restauration de M. Dutert, qui s'appuie d'ordinaire sur des indications exactes, est en général très vraisemblable. On y a seulement signalé quelques lacunes et quelques erreurs que, dans l'état actuel de nos connaissances, il était fort difficile d'éviter *.

1. Le Forum romain, par M. Fcrd. Dutert, architecte, ancien pensionnaire de France à Rome. Paris, cliez A. Lévy. — 2. Voyez un article de M. Jordan dans le Jahresberichl de 1876, p. 171. Le reproclic le plus grave qu'on ait adressé à M. Dutert, c'est d'ùtre resté trop étranger aux questions d'érudition que le Forum soulève. Par exemple, il écorche sans pitié les noms propres; il donne le nom de Lepiditis au triumvir Lépide, et Varcus fabianus devient chez lui l'arc de Fabien. Je ne relèverais pas cette faute, si on ne pouvait en tirer une leçon u'.ile. On n'est pas assez persuadé à l'Académie de France qu'il ne suffit pas que la restauration d'un monument antique soit élégantç et agi^iable à l'œil, qu'il faut aussi qu'elle soit exacte, et qu'elle ne peut l'être que si l'arcliitccle qui l'entreprend a d'abord étudié les témoignages de Tantiquilé à propos du monument qu'il restaure. Pour-

Les travaux du Forum continuent, et rien n'y est entièrement achevé. Les ouvriers sont occupés à en fouiller les alentours; la place elle-même n'a pas pu être encore tout à fait déblayée. Aussi le moment n'est il pas très propice pour essayer d'en connaître la topographie générale. On doit s'attendre que les découvertes qu'on fera plus tard éclaireront des problèmes qui semblent aujourd'hui insolubles, et montreront la fausseté d'opinions que tout le monde regarde comme certaines. Il faut donc ne s'avancer qu'avec beaucoup de prudence sur un terrain si mal assuré, éviter d'être trop affîrmatif, s'en tenir aux probabilités, et se résigner d'avance de bonne grâce aux démentis que l'avenir nous réserve.

La Voie sacrée. — Discussions sur sa direclion. — Points oii l'on est sur de la retrouver. — Le Forum des roisetde la république. — Emplacement du comitium et de la curie. — La première tribune aux harangues. — Les boutiques vieilles et les boutiques nouvelles. — Construction des basiliques.

Peut-être sera-t-il utile, pour l'étude difficile que nous allons faire, de ne pas nous établir du premier coup au centre du Forum. Explorons-en d'abord les environs, et tâchons d'y pénétrer par le chemin que suivait ordinairement la foule. Je suppose que nous venions du Golisée et de l'arc de Constantin ; nous trouvons en face de nous une grande rue antique, qui a conservé ses larges dalles, sur lesquelles roulent encore les voitures de la ville moderne. Elle monte droit devant elle, et gravit une

quoi les jeunes artistes de la villa Médicis n'ont- ils i)as plus souvent recours à leurs amis du palais Farnèse? L'Académie de France et l'École arcliéologique de Rome peuvent beaucoup s'aider l'une l'autre. C'est une bonne fortune pour l'art, comme pour la science, qu'on les ait ainsi rapprochées : il ne faut pas qu'elles perdent les fruits de cet heureux voisinage.

rampe assez raide qui la mène sous l'arc de Titus. — Nous sommes sur la Voie sacrée.

Ce nom rappelle aussitôt les plus grands souvenirs de Rome. On l'avait donné, dit-on, à cette rue, à cause des cérémonies religieuses dont, à certains jours, elle était le théâtre *; il ne nous rappelle plus aujourd'hui que des fêtes patriotiques. C'est par là que les triomphes allaient au Capitole ; c'est là que s'entassait surtout la foule pour voir défiler le cortège, pour admirer le butin, et applaudir le victorieux ^. Nous foulons avec respect ce sol où tant de grands personnages ont passé; nous voudrions pouvoir le parcourir tout entier et suivre ce chemin triomphal jusqu'au bout : malheureusement il n'est pas possible aujourd'hui de le faire. A peine a-t-on découvert la Voie sacrée sous l'arc de Titus, qu'on en perd aussitôt la trace. Les archéologues discutent avec acharnement pour savoir de quel côté elle se dirigeait. Chacun a son système et combat le tracé des autres : nous ne sommes pas encore entrés dans le Forum, et déjà les obscurités commencent.

C'est pour les dissiper que l'on s'est décidé, l'année dernière, à déblayer tout l'espace qui s'étend entre la basilique de Constantin et le chemin qui longe le palais des Césars. On y a fait des découvertes qui ne sont pas sans importance. Arrivée sous l'arc de Titus, la rue, que nous venons de suivre depuis le Colisée, tourne brusquement à droite; elle suit une vaste terrasse, élevée audessus d'elle par quelques marches ; c'est sur cette terrasse qu'Hadrien avait bâti son temple de Rome et de Vénus dont il reste de si beaux débris. Près de la basilique de Constantin, la rue tourne à gauche ; elle i)asse le long de la basilique et du temple de Romulus (église

1. Feslua, p. 290. — "1. Properce, iv, 22 : Misât erit Sacra plaudere iiosse via.

de Saint-Cosme et Saint-Damien), puis descend vers le Forum, dans lequel elle entre près du temple d'Antonin et de Faustine. Cette rue est grossièrement pavée ; tout le monde s'accorde à reconnaître qu'elle appartient à une basse époque, et que ce sont les papes qui l'ont construite ou réparée; mais elle en recouvre une autre plus ancienne, et qui remonte véritablement aux Romains. Nous venons de voir que d'un côté elle côtoyait des monuments publics; de l'autre, elle était bordée par des maisons particulières. Les fouilles ont mis à découvert tout un ancien quartier, composé de maisons serrées les unes contre les autres et qui paraissent remonter aux derniers temps de la république. Elles sont traversées par de grands murs de soutènement sur lesquels étaient construits des édifices d'un âge postérieur.Ce quartier, comme on voit, a dû être très bouleversé dans l'antiquité même. Les princes, bons ou mauvais , Auguste et Néron, Domitien et Trajan, étaient possédés de la manie de bâtir. Ils tenaient tous à attacher leur nom à quelque monument célèbre; et, pour que leur munificence eût plus d'éclat, ils voulaient le construire dans un des endroits les plus visités de la foule. C'est pour cela que le Forum et ses environs ont si souvent changé d'aspect.

Cette rue, que nous venons de suivre de l'arc de Titus jusqu'au Forum, est-elle véritablement la continuation de la Voie sacrée? Quelques savants refusent de le croire. Ils ne veulent pas admettre qu'elle ait pu faire tous ces détours, et supposent qu'elle se dirigeait vers le Forum par un chemin plus direct Nous possédons pourtant des textes précis qui, en parlant de la basilique de Constantin et du temple de Romulus, disent en termes exprès qu'ils sont situés « le long de la Voie sacrée* ». A la vé-

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