Varro, De linqua lot., v, 8, et Festus, p
qu'elle tournait à gauche, pour longer le temple de César, puis qu'arrivée près de celui de Castor elle tournait encore et montait vers le Capitole en suivant la basilique Julienne. Ce dernier tracé, qui entoure le Forum de deux côtés, est entièrement à découvert. Ajoutons à ces opinions celle des éclectiques, comme Bunsen, qui croient que tout le monde a raison, et que toutes les rues qui traversent le Forum étaient désignées sous le nom de Voie sacrée ; n'oublions pas non plus celle de M. Jordan, qui est porté à supposer que la Voie sacrée n'a pas toujours passé par les mêmes endroits, et que la construction de grands édifices a pu, à certaines époques, en modifier la direction : hypothèse assez vraisemblable, et qui offre peut-être un moyen de concilier tout le monde.
Heureusement, ces incertitudes fâcheuses ne s'étendent pas à tout le parcours de la Voie sacrée. Dans ce long tracé douteux, il reste deux points qui échappent à toute contestation, et où nous pouvons, pour ainsi dire, loger sans crainte tous les souvenirs que ce nom rappelle. Nous venons de la voir sous l'arc de Titus; tout le monde est d'accord qu'elle y passait, et que c'est elle dont nous foulons encore aujourd'hui le pavé. Nous la retrouverons au pied du Capitole, à l'endroit où toutes les rues du Forum se rejoignent. De quelque côté qu'elle se dirigeât, il fallait bien qu'elle vînt passer entre le temple de Saturne et celui de Vespasien. C'est quelque chose d'être sûr de ces deux points extrêmes.
Nous voici maintenant arrivés à l'entrée du Forum ; la rue qui débouche près du temple d'Antonin, de quelque nom qu'on l'appelle, nous y conduit. Avant d'y pénétrer et d'essayer de le décrire, je crois utile d'arrêter encore un moment le lecteur sur le seuil. II y a quelques réflexions importantes qu'il ne faut pas négliger de faii|-e d'abord, si l'on veut éviter de graves mécomptes. N'ou-
blions pas que le Forum que nous allons visiter est celui de l'empire. La plupart des monuments de l'époque des rois ou des temps glorieux de la république, que nous sommes tentés d'y chercher avant tous les autres, n'y sont plus; il a été si souvent reconstruit et remanié, il a tant de fois changé d'apparence, que ces anciens souvenirs n'y ont laissé que fort peu de trace. Ils n'existent pour nous que dans les textes des écrivains anciens qui nous en parlent; mais ces textes, quoique obscurs et rares, ont été interprétés avec tant de sagacité par une critique savante, qu'on peut aujourd'hui, sans trop de peine et avec assez de vraisemblance, replacer les pauvres monuments des premiers temps de Rome sur ce terrain encombré d'édifices d'un autre âge *.
Pour y réussir, l'aspect de la place et sa configuration naturelle sont d'un grand secours. Nous avons vu que, selon Denys d'Halicarnasse, Romulus et Tatius se réunirent dans un certain endroit du Forum pour conférer ensemble , et que ce lieu , appelé depuis comitium (réunion) , fut désormais celui où les citoyens tinrent leurs assemblées. Mais où fallait-il chercher l'emplacement du comitium? Pendant longtemps on l'a mis un peu partout, même dans les bas-fonds de la plaine. Le bon sens indiquait pourtant qu'il devait être dans un
1. Pour l'intelligence de ce qui va suivre, j'ai reproduit avec quelques légères modifications, la carte queM. Detlefsen a donnée, à la suite de son travail sur le comitium, dans les Annales de ilnslilut de correspondance archéologique (1860). Quoiqu'il ne soit ici question que du Forum primitif, il n'était pas possible de se rendre compte de l'emplacement des monuments anciens sans figurer ceux de l'époque suivante ; mais, afin d'éviter toute confusion, on les a désignés par des traits moins marqués et des lettres plus petites. Il est bien entendu qu'en essayant de revenir à des temps si reculés et dont il ne reste presque plus rien, on ne peut pas prétendre à une exactitude minutieuse. La carte de Detlefsen ne cherclic qu'à nous donner une idée approximative du Forum de l'époque royale et républicaine.
LE FORUM dans les preniisrs siècles de la république
D'a-pi-èa Dellefsen