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endroit élevé, qui fût à l'abri des inondations. Le Forum, dans son état primitif, était un marais ^ Tarquin, en bâtissant le grand égout, qu'on a retrouvé sous le portique de la basilique Julienne, fit écouler les eaux stagnantes dans le Tibre et rendit le premier le bas de la place praticable. Il ne pouvait être question avant lui d'y établir un lieu d'assemblées publiques. C'est donc un peu plus haut, dans un endroit sec, sur la pente d'une colline, qu'on doit mettre le comitium. Les textes des anciens auteurs prouvent qu'il était au nord-ouest du Forum, vers la partie où se trouvent aujourd'hui l'arc de Sévère et les églises de Sainte-Martine et de Saint- Adrien. Il formait une place carrée, élevée de quelques marches, entourée d'une balustrade, et assez vaste pour qu'on put y tenir les comices curiales. Au-dessus du comitium, on avait bâti la curie, où se réunissait le Sénat. On s'accorde à croire qu'elle était à peu près à la place qu'occupe l'église Saint-Adrien; un peu plus haut que la curie, une plate-forme assez étendue était occupée par des monuments divers, notamment par le Grœcostase, lieu où les ambassadeurs étrangers attendaient que le Sénat voulut bien les recevoir, et par le temple de la Concorde, dont les débris existent encore aujourd'hui, ce qui a permis de fixer la position de tout le reste -.
Nous pouvons donc nous faire une idée du Forum ancien de Rome^ quoiqu'il n'en reste presque plus rien. Figurons-nous, au pied du Capitole et de la citadelle, une série de terrasses qui s'élèvent l'une au-dessus de lautre. Au plus bas, une sorte de plaine marécageuse, qui est le Forum véritable, où se rassemble la plèbe; un
1. Ovide, Fast., vi, 401 : Hoc, ubi nunc fora sunt, udœ tenuere paludes. — 2. Pline, xxxiii, 1,6 : œdem Concordiœ... in Grœcostasi, quœ tune supra comilium erat.
peu plus haut, le comitiurn, formant une esplanade carrée, qui sert de lieu de réunion aux nobles, c'est-à-dire aux citoyens véritables qui gouvernent Rome^plus haut encore, la curie, où le Sénat tient ses séances, et dont le comitiurn est, pour ainsi dire, le vestibule * ; en sorte que la configuration môme de la place est une image exacte de la constitution politique du pays, et que les étages différents dans lesquels elle est distribuée représentent les degrés divers de la hiérarchie sociale , chaque classe montant plus haut à mesure qu'elle s'élève en puissance véritable, les nobles au-dessus de la plèbe, et le Sénat audessus de tout.
Cet État si sévèrement tenu, où toutes les classes de la société sont si bien subordonnées entre elles, n'est pas pourtant un État despotique. L'aristocratie, qui tient le pouvoir et veut le garder, ne ressemble pas à celle de Venise, qui délibérait dans l'ombre et défendait de parler. Les plus graves questions se traitent dans le comitiurn, au grand jour, et tout est mené par la parole. Sur l'omplaceoient où se tiennent les assemblées politiques il y a une tribune pour les orateurs, et on la regarde comme un lieu sacré (templum). C'est une petite terrasse, assez élevée, assez étendue, et sans balustrade, d'où celui qui parle est vu de partout tout entier, ce qui le force à se draper d'une manière convenable et à prendre des attitudes nobles. Le mur qui la soutient porte un ornement singulier: on y a fixé les éperons de fer {rostra) des navires que les Romains ont trouvés dans le port d'Antium, après la prise de la ville. Ils ont brûlé les vaisseaux, ne sachant qu'en faire, et emporté les rostres comme un trophée qui doit décorer leur Forum. L'emplacement de la tribune peut être établi avec assez d'exactitude. On nous dit