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Tilc Live, XLV, 2i : comilium oeslibultim curiœ

qu'elle était voisine de la curie*: le Sénat, qui connaissait l'importance de la parole, voulait la surveiller de près. <( Il a l'œil sur la tribune, dit Cicéron, et la tient sous sa main, pour l'empêcher d'être téméraire et la maintenir dans le devoir -. » Un passage de Pline nous apprend qu'elle devait être située en face du Grcecostase, c'est-àdire de l'autre côté de l'église Saint-Adrien ^. Nous savons enfin qu'elle se trouvait sur les limites extrêmes du comitium. De là l'orateur peut être entendu de tout le monde, et sa voix arrive aux étages divers du Forum*. Seulement il est de règle, pendant les premiers siècles, que quand il parle, c'est vers le comilium qu'il doit se tourner ; il faut qu'il s'adresse de préférence à la noble assemblée qui gouverne réellement la ville. Plus tard, Licinius Crassus, ou, selon d'autres auteurs, les Gracques, osent manquer à ce vieil usage et se tournent les premiers vers la plèbe : la souveraineté a changé de place.

Le Forum étant le lieu le plus fréquenté de la ville, le commerce naturellement s'y porta : on prétend que, dès l'époque des rois, il était entouré par des magasins. Le côté du couchant, opposé au comitium, offrait plus d'espace libre ; il fut aussi le premier bâti : on y construisit ce qu'on appela les boutiques vieilles {labernœ veteres). Quand le terrain vint à manquer de ce côté, on se transporta de l'autre, sur l'emplacement que le comitium et la curie laissaient vacant, et l'on y éleva les boutigues nouvelles {tabernœ novœ). Elles devaient contenir, surtout

1. Asconius, Cic, Pro Mil., 5 . erant enim tune rostra non eo loco quo nunc sunt, sed ad comitium, prope juncta curiœ. — 2. Cic.» Pro Flacco, "li: speculatur atque obsidet rostra vindex temeritatis et moderalrix officii curia. — 3. Pline. Nat. hi.it., vu, 60. Il dit que, pour délermiiier l'heure de midi, on observait le soleil entre le Grœcostase et les rostres. Le Grœcostase étant voisin du temple de la Concorde, à droite de la curie, les rostres devaient être placés à gauche. — 4. Dion Cassius (xlhi, 49) dit que la tribune était au milieu du Forum.

dans les premiers temps, des industries très différentes. L'école où se rendait Virginie, quand elle fut saisie par les gens du triumvir Appius, était située sur le Forum. Lorsque son père fut réduit à la tuer, afin de sauver son honneur, on nous dit qu'il alla prendre un couteau sur l'étal d'un boucher, aux boutiques neuves. Plus tard , les marchands, chassés du Forum par les beaux édifices qu'on y construisait, se réfugièrent dans les environs. Un grand nombre d'entre eux s'établit dans le quartier de la Yoie sacrée. A côté de marchands de fruits ou de comestibles*, on devait y trouver des boutiques plus élégantes, des parfumeurs, des orfèvres, des bijoutiers. C'est là qu'habitait, vers l'époque de Jules César, c'est-à-dire avant le christianisme, ce « joaillier de la Voie sacrée » auquel, dans son épitaphe, on donne ce bel éloge qu'il était miséricordieux et « qu'il aimait les pauvres - ».

Le vieux Forum, qui était presque resté le mémo pendant cinq siècles, subit un grand changement, en 570, quand Caton y bâtit la première basilique. Ce conservateur des anciens usages était souvent un révolutionnaire qui ne se faisait pas scrupule d'introduire dans la cité des usages nouveaux; cet ennemi des Grecs n'hésitait pas à les imiter quand il le trouvait utile. Il tenait surtout à plaire au peuple, dont il était le candidat favori. Le peuple, pour son plaisir ou pour ses affaires, fréquentait beaucoup le Forum, mais le Forum n'était pas toujours un lieu fort agréable. 11 fait souvent très chaud à Rome, et il n'est pas rare qu'il y pleuve : les jours de pluie et les jours de chaleur, les affairés et les oisifs ne savaient où s'abriter sur cette place découverte. C'est pour leur donner un abri que Caton bâtit sa basilique. Les monuments de ce

1. Les marchands de fruits de la Voie sacrée étaient célèbres. Voy. Varron, De re rusl., 1, 2, et Ovide, Ars am., u, 205. — 2. Corp. insc. lai., i, 1027.

genre servaient, comme on sait, à beaucoup d'usages : non seulement on y vendait, on y achetait, on y rendait la justice, mais souvent aussi on s'y rassemblait sans avoir rien à faire, on venait y causer, y jouer, y rire ensemble. Il étaitnaturelquecepeuple,fort ami desdivertissements, sut beaucoup de gré à ceux qui lui ménageaient ces lieux de réunion et de rendez-vous *. Parmalheurcemoyende lui plaire n'était pas à l'usage de toutes les fortunes. On ne pouvait construire une basilique qu'en achetant les boutiques et les maisons des particuliers, et ces maisons, situées dans le plus beau quartier de la ville, avaient pris une grande valeur. Cicéron, qui s'occupa beaucoup de la basilique que César avait l'intention de bâtir, raconte que le terrain seul coûta GO millions de sesterces (12 millions de francs). uLes propriétaires, disait-il à Atticus, ont été intraitables '^. » Mais la faveur du peuple rapportait tant qu'on ne la payait jamais trop cher. Voilà pourquoi le Forum s'embellit peu à peu des superbes monuments dont les dernières fouilles nous ont rendu les débris.

Le Forum de l'empire. — Comment on est parvenu à en rcconnaitre et à en désigner les principaux monuments. — Stace et la statue de Domitien. — Le temple de César. — La basilique Julienne. — Les temples de Saturne et de Castor. — Ceux de Vespasien et de la Concorde. — Le côté est du Forum. — Le centre du Forum. — Le clivus capUolinus.

Nous pouvons maintenant l'étudier tel qu'il est, et en relevant les ruines qui le couvrent nous figurer ce qu'il devait être à la fin de l'en^pire. Pénétrons-y par la rue

1. Cicéron, Ad. Att., iv, 16: nihil gratins iUo monumento, nihil gloriosius. — 2. Id.,i6if/. : cum privatis non poterat transigi minore pecunia. Sur les basiliques de Rome, voy. Jordan, Top., ii, 216.

2i PROMENADES ARCHÉOLOGIQUES.

nouvellement découverte, qui passe le long du temple de Romulus et de celui d'Antonin. A l'entrée de la place, entre ce dernier monument et l'église de Sainte-Marie- Libératrice, située au pied du Palatin, nous rencontrons les ruines d'un édifice de peu d'étendue. Il n'en reste que les substructions, mais elles suffisent pour montrer que ce devait être un temple. La façade, qui était tournée du côté du Capitole, présente une particularité curieuse. Les marches de l'escalier n'en remplissent pas toute l'étendue, comme c'est l'usage ; le milieu est occupé par un mur de péperin, revêtu de plaques de marbre, qui se dresse entre deux escaliers étroits ^ Ce mur soutenait une sorte de plate-forme, d'où l'on a une vue assez complète du Forum. Plaçons-nous sur ce lieu commode et central; et regardons de là le spectacle qui se développe devant nos yeux ^

Je ne serais pas surpris que le premier coup d'œil ne remplit pas notre attente. Pour réunir les deux quartiers de la ville moderne, il a fallu laisser subsister au milieu des fouilles une disgracieuse chaussée, qu'on appelle le pont de la Consolation ; elle partage le Forum en deux et ne permet nulle part de l'embrasser dans son ensemble. On ne peut le voir tel qu'il devait être sans se débarrasser d'abord par la pensée de cet obstacle incommode. Ce premier effort accompli, il en reste à faire un autre. Nous n'avons devant nous que des ruines souvent informes. Ces décombres entassées sont assez peu agréables à l'œil; pour qu'elles puissent émouvoir l'imagination, il faut qu'on nous dise à quel édifice

1. Cette disposition se retrouve à Pompéi. L'escalier qui mène au temple de Jupiter, placé au fond du Forum, ressemble tout à fait à celui du temple de Rome dont nous parlons, — 2. Voyez, sur le plan du Forum d'après M. Dutert, le n" 1. Cest l'endroit où je suppose l'observateur placé i)our regarder le Forum.

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elles appartenaient, que nous en sachions le nom, et que nous en connaissions l'histoire.

Après beaucoup de tâtonnements et d'incertitudes, on y est enfin arrivé. Les savants se sont mis à peu près d'accord aujourd'hui pour désigner les divers monuments du Forum. Je me contenterai de donner les textes les plus importants sur lesquels ces désignations s'appuient.

Sous le règne de Domitien, le Sénat, qui savait le maître très friand d'honneurs, eut l'idée de lui élever une statue colossale, comme on avait fait à» Néron. Elle fut placée au milieu du Forum, et Stace, le poète courtisan, en chanta l'érection dans des vers où, bravant toute pudeur et toute vraisemblance, il félicite surtout Domitien de sa douceur, le met fort au-dessus de César, et suppose que les vieux héros républicains viennent lui faire des compliments. Heureusement, au milieu de ces platitudes qui nous répugnent, il a trouvé moyen de nous rendre un service signalé : en décrivant la statue, il énumère les édifices dont elle est entourée , il nous dit leur nom et la place qu'ils occupent, et il le fait avec tant de précision qu'il nous permet de nous reconnaître au milieu de toutes ces ruines. Mais pour profiter des indications qu'il nous donne, il faut d'abord savoir de quel côté la statue était tournée; Stace nous l'apprend avec beaucoup d'exactitude. « Ta tête, dit-il à l'empereur, dépasse les temples les plus hauts. Tu regardes si ton palais se relève plus magnifique après l'incendie qui l'a consumé, et si le feu sacré ne cesse pas de brûler dans l'asile solitaire où l'on doit l'entretenir. » Ce qui veut dire, en d'autre* termes, qu'il est tourné vers le temple de Vesta et le Palatin. Voici maintenant les monuments au milieu desquels il est placé ; on verra qu'il était difficile d'être plus clair et plus précis. « Derrière toi s'élèvent le temple de Vespasien, ton père, et celui de la Concorde ; tu as d'un

côté la basilique de Jules, de l'autre celle d'Emile. En face, tu regardes le monument de celui qui a le premier ouvert le chemirt du ciel à nos princes, » c'est-à-dire le temple élevé à Jules César après son apothéose *.

Ainsi cet édifice, situé en face de la statue de Domitien, et qui est précisément celui sur lequel nous nous sommes placés pour regarder le Forum, c'était le temple de César. Ce monument a une histoire qu'il est curieux de connaître. César avait construit une nouvelle tribune aux harangu'es ; il prétexta sans doute pour le faire que l'ancienne était mal placée, qu'il valait mieux la mettre à l'une des extrémités du Forum qu'au milieu, afin que tout le monde pût voir l'orateur de face. En réalité, il voulait dépayser l'éloquence ; il souhaitait qu'elle perdît ses anciennes habitudes et s'accoutumât au régime qu'il allait établir. Cette tribune nouvelle [rostraJulia) fut le théâtre du drame terrible qui se passa après la mort du grand dictateur. C'est là qu'on apporta son corps le jour des funérailles, qu'Antoine, en le découvrant à propos, et en montrant ses blessures sanglantes, souleva la foule ; c'est là qu'il fut brûlé par la populace, ivre de douleur et de colère, avec les bancs et les sièges qu'on alla prendre dans les édifices voisins. Quelques jours plus tard, on dressa en son honneur, sur ce même emplacement, un autel et une colonne de 20 pieds, où l'on venait lui faire des sacrifices. Quand son parti eut triomphé, et qu'on eut fait officiellement de lui un dieu, l'autel devint un temple

\. Stacc, Silves, i, 1, 22. — On a cru retrouver, au milieu du Forum, assez près de la colonne de Pliocas, (voy., sur le plan de M. Dulcrt, n° 2), les assises de pierre sur lesquelles reposait le colosse de Domiticn. Si cette désignation était vraie, il faudrait croire qu'on renversant la statue, après la mort de l'empereur, on a. gardé le piédestal, ce qui ne paraît guère probable. M. Jordan est plutôt tenté de penser que ces assises de pierre qui sont encore visibles supportaient la célèbre statue de Constantin.

LE FORVM

A LEPOQVE IMPÉRIALE

d après la restauration de M*^ Dubert .

Echelle

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qui fut solennellement consacré par Auguste. Nous n'en avons plus que les substiuctions, et cette plate-forme que nous occupons est peut-être tout ce qui est resté de la tribune de César, d'où Cicéron prononça ses Philippiques *.

A notre gauche, le long de la rue qui monte vers le Capitole, notre attention est attirée par les ruines d'un vaste édifice, le plus beau qu'on ait découvert dans le Forum; il porte encore le nom de César : c'est la basilique Julienne (basilica Julia). Elle fut commencée par le dictateur et achevée par son neveu ; mais à peine était-elle finie, qu'elle fut détruite par un incendie, et qu'il fallut la recommencer. Auguste en profita pour la refaire plus grande et plus belle. 11 en reste aujourd'hui le pavé de marbre, qui est élevé de plusieurs marches au-dessus des rues environnantes et s'étend sur une surface de 4500 mètres. Comme il a conservé la trace des colonnes et des piliers qui portaient les voûtes de l'édifice, il est possible d'en refaire le plan. La basilique se composait d'une salle centrale, qui servait à. rendre la justice. Elle était assez vaste pour contenir quatre tribunaux qui jugeaient ensemble ou séparément^. C'est là qu'ont été plaides les procès civils les plus importants de l'empire, c'est là que Quintilien, que Pline le Jeune et les autres avocats célèbres de ce temps ont obtenu leurs plus beaux succès. Un double rang de portiques entourait cette grande salle. Les portiques étaient alors des

1. On lit, dans un passage des Philippiques (vi, 5.) : adspicite a sinistra illam equestrem statuam... Celte statue, Cicéron le dit un peu plus loin, était devant le temple de Castor. Or, quand on était sur la tribune de César, on avait bien le temple de Castor à sa gauche, ce qui semble prouver que c'est de là que ce discours fut prononcé. — 2. Quintilien (xir, 5, 6) raconte que, quand les quatre tribunaux fonctionnaient séparément, et que la basilique était pleine de bruit, l'orateur Trachalus, qui parlait devant un de ces tribunaux, trouvait moyen d'être entendu et de se faire applaudir des autres.

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