‹ Promenades au bord de la merChapitre 3 sur 5 · partie de roche, et attire après elle sa coquille; en · texte numérisé non relu

partie de roche, et attire après elle sa coquille; en

deux ou trois efforts pareils,elle avance bien de Jalar-

geu r d'un doigt ; mais elle n*use pas souvent de cette

aemi-faculté de marcher, et le plus souvent on la

trouve attachée à d'autres moules ou à un corps

ï^ielconque, pierre ou bois, par différents fils.

Chacun de ces fils est gro^ à peu près comme un

cheveu et long d'un à deux pouces. Réaumur en a

corap^^ plus de cent cinquante employés à tenir

^^^ seule moule à Tancre.

l-«e membre que nous avons appelé bras et jambe ^ fait jusqu'ici que l'office de jambe.* Mais c'est '^ qualité de bras qu'il étire, file et attache ces fils ^X corps qui environnent la moule. Ces fils ^^t formés par \e suintement d'une liqueur que ^^rète la moule et qui se fige ensuite.

iMais l'ennemi peut-être le plus dangereux de la

^^C)ule est un petit coquillage que les savants

appellent trochus. Cette sorte de limaçon s'attache

^ la coquille d'une moule, la perce d'un trou très-

^ond et fait passer par ce trou une trompe de cinq

^ six lignes de longueur avec laquelle il suce la.

ïïloulc, qu'il finit pas absorber tout entière.

Après ranémoae, nous devons chercher V ortie de mer. Si ces deux mollusques ont reçu des naturalistes des noms de plantes, ce n'est pas pour la môme raison. L'ortie n'a rien dans sa configuration qui rappelle l'ortie terrestre; on lui a donné ce nom parce qu'elle cause à la peau par son contact des démangeaisons et des rougeurs. Les gens des côtes exagèrent fort du reste l'effet de ce contact et appellent l'ortie de mer venin^ mot que presque tous prononcent velin. Sur les bords de la Méditerranée, on donne à l'ortie de mer le nom de chapeau de mer, à cause de sa forme. Linné l'appelait méduse. Ici, on l'appelle sagore. Réaumur proposait le nom dégelée de mer. Ce nom^ en effet, exprime si bien la substance dont elle est formée, et sa consistance, qu'il vaut seul une description pour aider à la reconnaître. En effet, vue par-dessus, l'ortie de mér ressemble tout à'fait à une assiette de gelée refroidie dans un moule concave. Au-dessous et au centre, elle a huit pieds finissant en pointe et attachés à leur base comme une rosette. L'ortie de mer est blanche et entourée d'un cordon bleu qui varie, chez les individus, du bleu pâle au plus riche violet en passant par toutes les nuances

intermédiaires. On en trouve qui n'ont pas ce cordon bleu et sont marbrées d*un brun jaune killant , qui dans l'eau a presque l'éclat de l'or. On m'a dit en avoir vu, aux îles d'Hyères, dont tout le corps était couleur de rose.

Au premier abord, la gelée de mer paraît flotter au gré des eaux; mais, avec plus d'attention, ^^ voit qu'elle s'y soutient et y marche par un Mouvement de contraction et de dilatation resjem- '^'aut à celui qu'on ferait avec la main en ^'ouvrant ^^ ©n la fermant successivement. Les filets quelquefois sont tout chargés de sagores, et ce qui prou- ^^''alt, s'il en était besoin, leur mouvement de 'Marche, c'est que les gelées de mer s'y prennent ^*>solunient à la manière des goujons. Beaucoup de P®tîi§ poissons en font leur nourriture, y plongent ^^ï* léte et mangent à même. Quand elles échouent ** le rivage, elles ont perdu très-vite tout mou- ^^ïtlent apparent; elles deviennent bleues, comme ^^^pois bleu dont se servent les lavandières, et ^ fondent au soleil.

bernardin de Saint-Pierre, qui les appelle bonnets ' ^^nands^ d'un des noms qu'on leur donne sur la ^^^^^ pense qu'elles viennent du Nord pendant l'été.

Il est vrai de dire qu'on n'en rencontre guère par ici pendant Thiver. ->

Il est un autre animal dont parle Bernardin de Saint-Pierre; mais je ne Tai jamais vu. Bernardin de Saint-Pierre est né au Havre, et se promenait beaucoup, dans son enfance, su r nos plages de Sainte- Adresse.

t Pour moi, dit-il, qui n'ai aperçu les animaux marins de nos rivages que dans mon enfance, et qui en conserve encore d'intéressants ressouvenirs, je me rappelle avoir vu, vers le milieu du printemps, sur les mêmes plages, dans les parcs de filets que nos pêcheurs y dressent, des espèces de papillons à quatre ailes, vivement colorés, et qui voltigeaient au fond des flaques d'eau. Je ne pus jamais en saisir un seul. Je ne sache pas qu'aucun naturaliste en ait fait mention. »

On connaît les pages pleines de charme et d'éloquence que les beautés de la nature ont inspirées à Bernardin de Saint-Pierre; mais il n'a pas tout à fait l'exactitude de Réaumur, et parfois il mêle quelques rêves à ses souvenirs. — Cependant, le printemps prochain, je chercherai encore le papillon à quatre ailes. Ce n'est pas un homme qu'on

puisse condamner sans un examen approfondi. — Voici encore un coquillage dont il a parlé dans les Harmonies de la nature : c'est le fe^a5, coquille univalve conique, qu'on appelle berlin, berdin, arapède en Provence, œil de bouc sur les côtes du Poitou, etc. '

« Les lépas, dit Bernardin, se collent aux rochers parmi les algues. On les prendrait pour des têtes de clou qui soutiennent des guirlandes d'herbes marines. »

On trouve presque toujours le lépas immobile, et si fortement adhérent aux roches, que, sans un couteau et une certaine adresse donnée par l'habitude, on ne pourrait l'en détacher. C'est en faisant le vide*, au riioyen d'une membrane qu'il retire brusquement, qu'il s'attache ainsi au milieu des varechs. Cependant, il marche; et des savants ont .constaté qu'un de ces animaux avait franchi un intervalle de huit pouces dans l'espace d'i^ne minute. Ils pensent qu'il aurait pu parcourir une distance d'un pied, s'il ne s'était pas reposé si souvent. La coquille du lépas est d'une seule pièce, et fort dure; sa couleur est grise ; elle est nacrée en dedans, et a la figure d'un entonnoir. On mange le lépas;

mais c'est un mets fort dur, et qui est loin de valoir, pour lé goût, le vignot y petit limaçon noir, à coquille contournée, que vous trouvez auprès de lui. Tous deux sont quelquefois appelés bigorneau.

Cette petite masse molle et élastique est une éponge; mais elle n'est pas semblable à celle doQt on se sert pour la toilette. Celles-ci viennent de préférence dans la Méditerranée. Mais, si cdleque nous rencontrons ici n'est pas propre aux mêmes usages, elle est, comme les autres, un polypier, sorte de ruche construite par des insectes mariai qui y font leur domicile. Avant Aristo te, on pen-' sait les éponges des êtres animés. Aristote l'avai ^ nié. Le mouvement de tant de petits êtres animés-? se réfugiant à la fois dans le fond de leurs cellules«< quand on tire l'éponge de l'eau, a dû causer l'erreur relevée par Aristote. On trouve des éponges de toute sorte de formes. Il en est qui ressemblent à une ruche à miel, à un efitonnoir, à un éventail, à un turban, à un bonnet. On ne les a guère, je crois,, classées que d'après leur forme.

Je vous parlais tout à l'heure du ver ennemi deî moules. D'autres vers, non pas pareils, mo^is pareillement armés, ont joué un grand rôle à diverses

époques. Il y a des vers qui rongent les navires et qui percent leurs bordages de tant de trous, qu'ils •es mettent en danger de périr. On assure qu'il n'y ^^ guère plus de cent cinquante ans que l'on connaît C6S dangereux animaux. Les navires les t)nt ramenés des mers des Antilles, où ils sont fort com- '^uns. Ils ne se sont que trop facilement naturalisas dans nos climats. On manda de Brest à M. de ft^aumur, dans le mois de juillet 1728, qu'on ve- ^^it de mettre sur le côté le vaisseau V Hercule^ et 9^ 'on l'avait trouvé foré en tout sens par les vers. En 1731 et 1732, ce ver, appelé taret^ causa de ^^^Hdes alarmes aux Provinces-Unies (la Hollande), ^^K les ravages qu'il fit dans les pilotis qui main- '^nrxent les digues de la Zélande. Cette province ^** lit être entièrement submergée par suite des ^Sâ.ts causés par les tarets. Plusieurs provinces de ^ -Cltats ont leur sol plus bas que le niveau de la ^^* Le taret était un ennemi bien autrement re- ^^ Stable que Louis XIV.

es tarets, que Ton dit d'une espèce différente, ^ fait également de grands ravages dans les pilotis Venise, a mer remonte; les lames viennent, l'une sur

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l'autre, bordées d*écume blanche. Nous n'avons vu qu'une bien petite partie des choses merveilleuses qui vont, dans quelques heures, être cachées sous vingt pieds d'eau, et au-dessus desquelles vont vpguer les navires à pleines voiles. Il nous faut reculer devant les vagues.

Mais que font tous ces hommes et ces femmes armés de bêches et de fourches? Ils viennent pécher des équilles et des lançons cachés dans le sable. Au moment où la mer remonte, ces poissons reviennent aussi à la surface du sable pour être prêts à se remettre à flot. Prenez garde; ôe poisson un peu plus gros que l'équille est un arselin^ une sorte de vive, dont la blessure est dangereuse. La vive ne se cache pas dans le sable, quoiqu'elle soit agile à se cacher dans la vase lorsqu'elle est prise dans les parcs de pêche; mais ses armes sont semblables à celles de l'arselin.

La vive est de la grandeur d'un maquereau. Son ventre est blanc, son dos rayé de jaune et de brun, ses yeux sont d'un vert très-éclatant. Outre des épines aux nageoires, elle a sur le sommet du dos une nageoire noire qu'elle développe quand on la touche, et qui ressemble à une aile de chauve-souris.

Cette nageoire est arïnée d'aiguillons dont la blessure cause une enflure subite accompagnée de grande^ douleurs. L'arselin, beaucoup plus petit, est ^^atà fait blanc. Quelques personnes savent des îères pour faire cesser Tenflure et la douleur caupar la piqûre de la vive et de l'arselin. D'au- ^'^-^s rient des prières et conseillent de mettre sur ' ^' ï> iqûre le foie de l'animal.

Le meilleur moyen est une goutte d'alcali volatil

^u un cataplasme de mie de pain. Lacépède et

^' a vitres naturalistes nient complètement que cette

P ■ <ltlre soit empoisonnée. Ils prétendent>que la forme

canique des aiguillons offense les chairs de façon

suser l'enflure et la douleur très-vive qui l'ac-

ipagne. On parle cependant d'amputations pra-

^*q;uées à Ta suite de semblables blessures. M. Qui-

Q^a.nt, pianiste très-connu, a été piqué àTrouville-

^^ï*-Mer par un arselin.

Toujours est-il que les pécheurs et les poissonbières ne manient la vive qu'avQC de grandes précautions. Autrefois, les règlements de police ordonïiaient aux pécheurs de couper les aiguillons, avant "^ les mettre en vente. Ce règlement, que personne flô Connaît plus, est parfaitement suivi, grâce à la

crainte qu'inspire justement ce poisson, dont la chair est délicate, et dont on mange surtout beaucoup en Hollande, où on V appelle pieterman ^homme de pierre. C'est sans doute à cause de ses aiguillons et de l'éclat singulier de ses yeux que la vive avait reçu des anciens le nom Ae dragon de mer.

Le poisson appelé rascasse dans le Midi, et si célèbre pour la préparation de la' fameuse bouillabaisse, est également un poisson à nageoires épineiises. Les nageoires du dos ont neuf ou douze aiguillons très-forts. Ce poisson est d'un brun rougeâtre, avec quelques taches noires sur le dos. On l'appelle dans les livres, scorpion de mer ^ scorpeno, scorpène, scorpœno, scrofanello.

Pendant longtemps, on a tenu en grande estime, pour certaines maladies, le vin dans leqAl on avait fait mourir une rascasse.

Aujourd'hui, les Marseillais parlent avec enthousiasme de ce poisson, qui, je le dis tout bas, passe pour un peu dur .

La fin du jf)ur approche- et en même temps la mer est assez remontée pour que les barques puis-

sent sans danger franchir la masse de rochers appelée la Tillée. Toutes les petites voiles qui paraissent comme des points noirs à l'horizon se rapprochent rapidement, tous nos pécheurs rentrent à Sainte-Adresse. En voici un qui est seul, aidons-le à remonter son bateau sur le galet.

On entend les cloches du Havre. Le vent vient donc du sud-est. Nous aurons du beau temps demain.

Mais demain il faut partir; des affaires m'appellent à Paris. Demain soir, je dînerai sur le boulevard des Italiens, -mais je ne tarderai pas à revenir au bord de la mer et dans mon jardin.

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